L’arthrose est une maladie articulaire conduisant à la destruction du cartilage. Les traitements ont longtemps été uniquement symptomatiques, mais la recherche a permis de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques : elles conduisent au développement de traitements ciblés visant à enrayer la progression de la maladie. Un certain nombre d’entre eux sont actuellement en cours d’évaluation.

  • 10 millions de Français sont concernés dont 65 % des plus de 65 ans
  • En cause : le vieillissement, l'hérédité, des anomalies du métabolisme, certaines maladies
  • Vers des traitements ciblés visant à réparer ou remplacer le cartilage endommagé
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Dossier réalisé en collaboration avec Marie-Christophe Boissier, chef du service de Rhumatologie à l’hôpital Avicenne (AP-HP, Bobigny), directrice de l’unité Physiopathologie, Cibles, et Thérapies de la Polyarthrite Rhumatoïde (unité Inserm 1125, Bobigny)

Loupe comprendre Comprendre l'arthrose

L'arthrose est la maladie articulaire la plus répandue. Elle se caractérise par une destruction du cartilage qui s’étend à toutes les structures de l'articulation, notamment à l’os et au tissu synovial.

Le cartilage tapisse les extrémités osseuses d’une articulation, leur permettant de glisser l’une sur l’autre. Dans l’arthrose, il perd en épaisseur, se fissure et finit par disparaître. Cela entraîne des douleurs et un handicap majeur avec une perte de mobilité. Actuellement, les mécanismes de cette dégradation sont mal connus et font l’objet d’une recherche active.

Plusieurs facteurs de risque identifiés

La destruction du cartilage est un processus pathologique lié à :

  • l’âge : l’arthrose concerne 3% des moins de 45 ans, 65 % des plus de 65 ans et 80 % des plus de 80 ans
  • des désordres métaboliques générés par un diabète ou l’obésité
  • un excès de pression : une surcharge pondérale, le port fréquent de charges lourdes, une activité physique trop intense ou la pratique mal contrôlée de certains sports augmentent les contraintes mécaniques, contribuant à abîmer le cartilage
  • certaines maladies de l’articulation comme la chondrocalcinose (dépôts de calcium dans le cartilage), l’ostéonécrose ou la polyarthrite rhumatoïde
  • la fragilité naturelle du cartilage et certaines anomalies anatomiques ou séquelles de traumatisme (fracture articulaire, entorse négligée, luxation, ablation du ménisque)
  • l'hérédité est un facteur de risque dans certains cas, notamment pour l’arthrose des mains

La radiographie comme outil de diagnostic et de suivi

Le diagnostic de la maladie repose sur un examen clinique et des radiographies de l'articulation. Ces dernières permettent d’observer le pincement de l’interligne articulaire qui joint les os. Il est souvent utile d’en réaliser régulièrement (tous les ans ou tous les 2 ans), pour observer la sévérité mais surtout la vitesse d’évolution de la maladie et décider d’un éventuel traitement chirurgical.

Toutes les articulations peuvent être concernées

La fréquence de la maladie varie en fonction de la localisation :

  • l'arthrose de la colonne vertébrale est la plus fréquente dans la tranche d'âge 65-75 ans (70 à 75% des personnes) mais reste le plus souvent silencieuse.
  • l'arthrose des doigts est la deuxième localisation la plus fréquente (60%) et se traduit par des déformations irréversibles.
  • les arthroses du genou et de la hanche concernent respectivement 30% et 10% des personnes de 65 à 75 ans : elles sont plus invalidantes car touchent de grosses articulations qui portent le poids du corps

Toutes les autres articulations peuvent être concernées mais l'épaule, le coude, le poignet, la cheville sont plus rarement atteints.

Une évolution imprévisible

Dans l’arthrose, les lésions du cartilage ne régressent pas, mais leur progression n’est pas linéaire. L’évolution peut être très rapide et rendre nécessaire la pose d’une prothèse en moins de 5 ans (par exemple dans le cas de l’arthrose de la hanche). La maladie peut également évoluer lentement, sur plusieurs années, sans induire de handicap majeur.

Deux états se succèdent à un rythme imprévisible :

  • des phases chroniques, au cours desquelles la gêne quotidienne est variable et la douleur modérée
  • des crises douloureuses aiguës accompagnées d’une inflammation de l'articulation, au cours desquelles la douleur est vive, survenant dès le matin et parfois la nuit

Durant la phase chronique, il est recommandé de conserver une activité physique régulière. En revanche, il faut mettre l’articulation au repos lors des crises douloureuses. C’est en effet au cours de cette phase qu’intervient la destruction du cartilage.

Des traitements uniquement symptomatiques

Il n’existe à ce jour que des traitements symptomatiques de l’arthrose, visant à soulager la douleur. Les médicaments utilisés doivent toujours être associés à des mesures non médicamenteuses.

Parmi les antalgiques prescrit pour lutter contre la douleur, le chef de file est le paracétamol. Mais d’autres molécules sont disponibles et adaptées à différents paliers de douleur. En cas de poussée inflammatoire, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) administrés par voie orale ou sous forme de gel ou pommade sont utiles. Pour passer un cap, le médecin peut recourir à une infiltration de corticoïdes, consistant à injecter ces anti-inflammatoires puissants directement dans l'articulation. On limite en général le nombre d’injections à trois par an pour une même articulation. Des traitements de fond existent, mais leur effet est extrêmement modeste, voire nul. De nouvelles molécules sont en développement, ciblant notamment des facteurs de croissance des nerfs impliqués dans la douleur.

D’autres approches thérapeutiques visent à obtenir une antalgie de six mois. L'injection d'acide hyaluronique, encore appelée viscosupplémentation, consiste à injecter un produit visqueux de composition proche du liquide synovial physiologique. Le lavage articulaire s'applique à l'articulation du genou et permet de la débarrasser des débris cartilagineux à l’aide de sérum physiologique (sous anesthésie locale). L’efficacité de ces techniques est toute relative et parfois controversée dans la littérature scientifique.

Certaines mesures non médicamenteuses sont indispensables pour limiter la progression de la maladie et doivent être personnalisées en fonction des pathologies associées et de la localisation de l’arthrose. Il est recommandé de :

  • perdre du poids en cas d’excès
  • pratiquer une activité physique régulière et d’intensité modérée en dehors des poussées inflammatoires, par exemple de la marche à raison de 3 fois une heure par semaine
  • éviter de porter des charges lourdes
  • adapter son environnement à son état de santé, par exemple s’aider de rampes dans la baignoire ou mettre les ustensiles à portée de mains dans la cuisine
  • se munir d’une canne lors des poussées
  • porter des semelles orthopédiques en cas d’arthrose du genou (gonarthrose)

La place de la prothèse

La prothèse est articulation artificielle qui remplace l’articulation malade. Sa mise en place nécessite une intervention chirurgicale : l’arthroplastie. Elle est indiquée pour la hanche ou le genou en cas de handicap sévère. Si elle permet le plus souvent d’améliorer nettement la qualité de vie, son efficacité est néanmoins limitée à une quinzaine d’années en moyenne.

Pictogramme microscope Les enjeux de la recherche

L’arthrose a longtemps été présentée comme une usure du cartilage alors qu’il s’agit bien d’un syndrome destructeur et inflammatoire, associé à différents facteurs de risque. Les scientifiques ne parlent plus d’arthrose en général mais des arthroses : arthrose liée à l’âge, arthrose liée à une obésité, arthrose liée à une maladie de l’articulation... Ces situations sont associées à des mécanismes pathologiques distincts, faisant intervenir différents signaux moléculaires entre les tissus de l’articulation : l’os, le cartilage et le tissu synovial. La compréhension de ces mécanismes permettra au cours des prochaines années de disposer de biomarqueurs prédictifs de l’évolution de la maladie au moment du diagnostic et de nouvelles cibles thérapeutiques. L’objectif est d’individualiser la prise en charge et les traitements en fonction des différents profils de patients.

Lutter contre l’inflammation et stimuler la production de cartilage ou d’os

Une stratégie en amont consiste à s’opposer à la dégénérescence du cartilage, en déterminant les mécanismes moléculaires précoces qui influent sur sa dégradation.

L‘inflammation locale semble impliquée dans la dégradation du cartilage. A ce titre, plusieurs molécules anti-inflammatoires sont en cours de développement. Plusieurs anticorps monoclonaux ciblant l’interleukine 1 ou encore TNF-alpha ont montré des résultats décevants, mais d’autres molécules sont en cours d'évaluation comme le tocilizumab qui cible l’interleukine 6. 

D’autres molécules sont destinées à stimuler la production de cartilage, comme la sprifermine (FGF18), un facteur de croissance qui active la fabrication de la matrice cartilagineuse par les chondrocytes (cellules qui produisent le cartilage). Il s’agit d’une molécule recombinante injectée dans l’articulation destinée à obtenir  la restauration ou la stabilisation du cartilage. Son évaluation est en cours. 

Des molécules ayant un effet ciblé sur l’os sont également testées, comme l’acide zoledronique ou encore le ranelate de strontium. Déjà commercialisés pour traiter l’ostéoporose, ces médicaments sont en cours d’évaluation pour le traitement de l’arthrose du genou.

Récemment, les chercheurs ont également identifié plusieurs molécules jouant un rôle important dans l’homéostasie du cartilage : HIF-α (pour hypoxia-inducible factors-α), TGF-β (pour transforming growth factor-β) et le zinc. Néanmoins il est encore trop tôt pour dire si ces découvertes déboucheront sur de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Remplacer le cartilage altéré

L’autre objectif des chercheurs est de réparer les lésions cartilagineuses, voire de remplacer le cartilage grâce à des greffes de cellules injectées directement dans l’articulation. On parle de thérapie cellulaire.

Des équipes travaillent sur les cellules souches adipocytaires. Ces cellules indifférenciées prélevées dans les tissus graisseux peuvent devenir des chondrocytes sous l’influence de l’environnement articulaire et grâce à différents facteurs de croissance. Elles secrètent en outre des facteurs de croissance et de stimulation des cellules souches endogènes du cartilage. Le projet européen ADIPOA, coordonné par le centre hospitalier universitaire de Montpellier, teste cette voie de recherche pour traiter les patients atteints d’arthrose débutante. Les cellules sont injectées dans l'articulation des patients comme une simple « bio-infiltration ». Des essais cliniques de phase 1 et 2 sont en cours dans dix centres européens, avec des premiers résultats encourageants concernant la douleur.

Squelette et mouvement - Interview – 4 min 04 – vidéo extraite de la série POM Bio à croquer (2013)

D'autres essais visent à fabriquer un cartilage semi-artificiel à partir de chondrocytes autologues associés à un biomatériau. Il s'agit de concevoir un échafaudage dans un matériau compatible avec l'organisme, autour duquel les chondrocytes greffés peuvent se multiplier et produire une nouvelle matrice cartilagineuse. Les résultats chez l’animal, après traumatisme d’un cartilage sain, sont très prometteurs. Malheureusement, dès lors que l’environnement est très enflammé avec une coopération de l’os et du tissu synovial dans la maladie, la prise de greffe est plus difficile.

Les progrès sont par ailleurs très importants en ce qui concerne les implants. Une start-up s’appuyant sur les travaux d’une équipe Inserm, Artios Nanomed, travaille par exemple sur un nouvel implant en trois dimensions qui devrait permettre de reconstituer intégralement une articulation abimée. Il est composé de deux couches : une membrane nanofibreuse à base de collagène ou de polymères dotée de nanoréservoirs de facteurs de croissance osseux pour favoriser la réparation de l’os, et une seconde couche d’hydrogel renfermant de l’acide hyaluronique et des cellules souches dérivées de la moelle osseuse du patient pour la régénération du cartilage. Un essai clinique est prévu pour tester cette innovation chez des patients présentant des lésions au niveau du genou.

Pour en savoir plus sur ces approches en cours de développement, consulter notre dossier Réparer le cartilage