Zika

Une maladie infectieuse potentiellement grave

Le Zika est une maladie infectieuse, provoquée par un virus transmis à l’humain par des moustiques du genre Aedes. Bien que souvent asymptomatique, l’infection peut entraîner des complications neurologiques graves, en particulier des malformations cérébrales de l’enfant à naître en cas de transmission materno-fœtale, ou un syndrome de Guillain-Barré (maladie auto-immune du système nerveux périphérique) chez l’adulte. Si la maladie se fait discrète depuis l’épidémie de 2016, sa surveillance épidémiologique et la recherche vaccinale se poursuivent pour prévenir une possible résurgence. Actuellement, il n’existe en effet ni vaccin, ni traitement spécifique pour lutter contre le virus Zika.

Dossier réalisé en collaboration avec André Cabié, coordonnateur médical du centre d’investigation clinique Caraïbe (CIC Inserm 2504), chef de service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Martinique et membre de l’unité Pathogenèse et contrôle des infections chroniques et émergentes (PCCEI, unité 1058 Inserm/Université de Montpellier/Université des Antilles).

En bref

  • L’infection à virus Zika est une arbovirose, maladie virale transmise par des moustiques Aedes présents dans les départements et régions d’outre-mer ainsi que dans 81 départements de l’hexagone. Elle peut aussi être transmise par voie sexuelle.
  • Une épidémie mondiale a sévi en 2015–2016, avec des centaines de cas importés en France hexagonale. Depuis, le virus circule peu dans le monde et seulement 18 cas importés ont été comptabilisés dans l’hexagone en 2025.
  • Le développement de vaccins se heurte actuellement à la faible circulation du virus, défavorable à l’évaluation de l’efficacité des produits mis au point. Pourtant, disposer d’un vaccin est indispensable pour protéger la population des complications neurologiques en cas de nouvelle épidémie.

Comprendre le Zika

L’infection à virus Zika est due à un arbovirus, famille de virus à laquelle appartiennent également ceux de la dengue et du chikungunya, tous trois principalement transmis aux humains par l’intermédiaire de moustiques femelles du genre Aedes.

Depuis sa première identification en Ouganda en 1947, le virus Zika s’est dispersé à travers le monde en raison des déplacements humains et de l’adaptation du moustique Aedes à de nouveaux territoires, favorisée par le changement climatique. La pathogénicité du virus pourrait en outre avoir évolué au fil du temps, avec une augmentation des cas associés à des complications graves au fur et à mesure des épidémies successives.

En 2013 et 2014, une épidémie de Zika s’est propagée dans les îles du Pacifique avant de gagner la Polynésie française où 55 000 cas se sont déclarés. Une autre épidémie mondiale majeure est survenue en 2015–2016, notamment en Amérique du Sud et dans les Caraïbes, au cours de laquelle le virus Zika a touché des millions de personnes. Plusieurs centaines de cas importés avaient été notifiés en France hexagonale, en provenance de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane où sévissait l’épidémie.

Depuis 2017, on n’observe plus de circulation active du virus Zika dans les territoires français ultramarins. Toutefois, il continue à circuler à bas bruit dans les pays endémiques d’Amérique latine, d’Afrique et de la zone Asie-Pacifique. En 2025, 18 cas « importés » ont été enregistrés en France hexagonale, chez des personnes qui avaient récemment séjourné en Thaïlande, en Indonésie, en Côte d’Ivoire, au Brésil ou en République démocratique populaire du Laos. Un premier cas « autochtone », c’est-à-dire survenu chez une personne qui n’a pas séjourné dans une zone de circulation connue du virus dans les 15 jours précédant le début des symptômes (qui a donc été contaminée localement), a été observé en 2019, en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Au total, trois cas autochtones ont été déclarés cette année-là, mais zéro depuis. Ces cas restent donc exceptionnels malgré la progression de l’implantation du moustique tigre (Aedes albopictus) en France. Ce dernier est désormais installé dans 81 départements, où résident environ 49 % de la population hexagonale.

Trois voies de transmission

La transmission vectorielle (via un moustique), la plus fréquente

Le virus Zika est le plus souvent transmis à l’humain lors de piqûres de moustiques femelles du genre Aedes aegypti ou Aedes albopictus, eux-mêmes infectés parce qu’ils ont précédemment piqué une personne porteuse du virus. Aspiré en même temps que le sang lors de la piqûre, le virus se multiplie chez le moustique sans que cela ne l’affecte et gagne ses glandes salivaires. Lors d’une piqûre suivante, le moustique injecte de la salive et déverse le virus dans le sang d’une nouvelle personne.

Une personne infectée commence à être contagieuse pour d’autres moustiques un à deux jours avant l’apparition de symptômes, une période pendant laquelle la personne est dite « virémique », qui correspond à une circulation active du virus dans son sang. Elle reste contagieuse jusqu’à sept jours environ après les premiers symptômes.

La transmission sexuelle

Le virus Zika se transmet également par voie sexuelle lors de rapports non protégés. Cela a en particulier été documenté chez des hommes infectés, susceptibles de transmettre le virus à leur(s) partenaire(s) pendant plusieurs semaines après le début de l’infection. Mais la transmission sexuelle du virus par une femme est également possible.

La transmission materno-fœtale

Une femme enceinte infectée peut transmettre le virus Zika à son futur enfant, dès le premier trimestre de grossesse. Cette transmission, observée dans 20 à 30 % des cas environ, peut engendrer de graves anomalies du développement cérébral du fœtus, alors même que l’infection peut être asymptomatique chez sa mère et qu’elle ignore son statut de malade. Une femme enceinte doit donc se protéger strictement contre les piqûres de moustiques dans les zones où circule le virus Zika.

À noter : Le virus Zika peut aussi être transmis dans un contexte médical, par transfusion sanguine ou en cas de greffe. 

Une surveillance étroite

Des dispositifs de surveillance de la circulation du virus Zika existent non seulement dans les départements d’outre-mer mais aussi dans l’hexagone.

En France hexagonale, à la Réunion et à Mayotte, tous cas d’infection à virus Zika confirmé biologiquement, qu’il soit importé ou autochtone, conduit le médecin ou le laboratoire d’analyse à effectuer un signalement à l’Agence régionale de santé (ARS). Cette démarche est obligatoire et doit être effectuée dans les plus brefs délais. La surveillance est particulièrement active dans les départements d’implantation d’Aedes albopictus du 1er mai au 30 novembre, période d’activité du moustique. Chaque signalement déclenche une enquête et l’intervention d’une équipe de lutte contre les moustiques (« lutte antivectorielle ») pour réduire le risque de transmission locale. Elle s’accompagne d’une communication auprès des professionnels de santé, du public, et des collectivités territoriales concernées.

En revanche, il n’y a pas de déclaration obligatoire dans les départements français d’Amérique (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Saint-Martin) car le virus y a déjà circulé activement.

Symptômes et complications

On estime que plus de la moitié des personnes infectées par le virus du Zika (50 à 60 % des cas) ne présentent aucun symptôme. Si des symptômes apparaissent, ils se manifestent généralement 5 jours environ après la piqûre du moustique vecteur (ce délai peut se prolonger jusqu’à 12 jours). Il s’agit classiquement :

  • d’une éruption cutanée (petits boutons rouges) éventuellement accompagnée de démangeaisons,
  • d’une fièvre modérée (qui peut être absente),
  • d’une conjonctivite,
  • d’une fatigue,
  • de douleurs musculaires et articulaires,
  • de maux de tête et de douleurs rétro-orbitaires (derrière les yeux).

Ces symptômes ressemblent à ceux de la dengue ou du chikungunya, véhiculées par le même moustique. Dans la plupart des cas, ils sont modérés et ne nécessitent pas d’hospitalisation. Ils persistent quelques jours et disparaissent spontanément. Les personnes infectées développent une immunité qui les protège à long terme contre le virus.

Rarement, l’infection peut toutefois entraîner des complications neurologiques et auto-immunes sévères, en particulier le syndrome de Guillain-Barré, une maladie du système nerveux périphérique qui entraine des paralysies (environ 24 cas pour 100 000 personnes infectées par le Zika). Ces complications graves nécessitent une hospitalisation prolongée.

Un risque de malformation fœtale 

Si l’infection est contractée par une femme enceinte, le virus Zika peut être transmis au fœtus et entraîner des anomalies du développement cérébral, notamment des microcéphalies (cerveaux de taille anormalement petite) associées des troubles mentaux et/ou cognitifs. En cas d’infection au cours du premier ou second trimestre de grossesse, le risque de microcéphalie est de 1 à 13 %.

D’autres symptômes ont été décrits chez ces enfants : une disproportion faciale, des plis de peau dus à un excès de tissu cutané (cutis gyrata), un mauvais contrôle de l’activité musculaire (hypertonie ou contractions involontaires), ou encore de l’irritabilité. Des anomalies sont décelables à l’imagerie cérébrale. Chez certains enfants, les systèmes génito-urinaire, cardiaque et digestif peuvent également être atteints.

Un diagnostic moléculaire

En cas de symptômes évocateurs d’une infection par le virus Zika, il est nécessaire de consulter un médecin. Les symptômes peuvent apparaitre jusqu’à 12 jours après le départ d’une zone de circulation du virus.

Le diagnostic de l’infection repose sur des tests sanguins ou urinaires qui recherchent la présence du virus (détection de son matériel génétique par RT-PCR), ou celle d’anticorps spécifiques qui le reconnaissent (sérologie).

Compte-tenu du risque de complications possibles chez le fœtus, les femmes enceintes doivent consulter non seulement en cas de signes évocateurs, mais aussi en cas de rapports sexuels non protégés avec une personne qui a séjourné dans une zone de transmission du virus. En cas d’infection avérée par le virus Zika, elles peuvent être suivies par un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal pour un suivi étroit du développement fœtal.

Un traitement symptomatique

Il n’existe pas d’antiviral spécifique pour soigner le Zika. Le traitement est uniquement symptomatique et repose sur la prise d’antalgiques, notamment du paracétamol. Une prise en charge en milieu hospitalier peut être nécessaire en cas de complications, en particulier lorsque surviennent des complications neurologiques.

Dans les départements où les moustiques Aedes sont présents et actifs, il est nécessaire de se protéger des moustiques pendant sept jours après l’apparition des symptômes, afin d’éviter de transmettre le virus à un moustique. Le virus pouvant se transmettre par voie sexuelle, les rapports doivent être protégés dès le début des symptômes en cas d’infection et jusqu’à six mois après le retour d’un séjour en zone de circulation du virus Zika.

Prévenir l’infection

Il n’existe pas encore de vaccin contre le virus Zika. La seule façon de prévenir l’infection est de se protéger des piqûres de moustiques de jour comme de nuit, en particulier en début et en fin de journée qui sont les périodes d’activité maximale de l’insecte. Il est recommandé d’utiliser des moyens physiques et chimiques : répulsifs, vêtements couvrants, moustiquaires, et vêtements imprégnés d’insecticides en cas de risques importants.

Pendant une grossesse, il est recommandé de reporter les séjours dans des zones de transmission du virus Zika et avoir des rapports sexuels protégés lorsque le ou la partenaire a été exposé au virus.

La prévention passe également par la lutte antivectorielle destinée à limiter la prolifération des moustiques. Pour cela, tous les gîtes potentiels de développement des larves de moustiques (les eaux stagnantes) doivent être éliminés : pots de fleurs, gouttières, pneus usagés... Il est recommandé de vider les rétentions d’eau qui peuvent se former autour de son lieu d’habitation, notamment après chaque pluie. À l’échelle des territoires, la lutte antivectorielle est réalisée par des opérateurs publics de démoustication qui aspergent les gîtes de moustiques d’insecticides.

Les enjeux de la recherche

Mettre au point un vaccin

La recherche vaccinale contre le virus Zika a été lancée suite à la pandémie de 2015, notamment en raison du risque grave pour les fœtus en cas d’infection des femmes enceintes et du risque de complications neurologiques chez l’adulte. Plus d’une dizaine d’essais cliniques précoces, de phase 1 et de phase 2, avec des vaccins de différents types ont été lancés.

Certains candidats vaccins, dit « inactivés », sont composés de particules du virus Zika associées à des fragments d’autres pathogènes pour induire une meilleure immunité. Leur efficacité nécessite plusieurs rappels. D’autres, dits « vivants atténués », reposent sur l’utilisation du virus Zika actif mais rendu inoffensif. Ils ont le désavantage de pouvoir induire des symptômes viraux et ne sont pas recommandés chez les personnes immunodéprimées. Des vaccins à ADN ou à ARN, qui reposent sur l’injection d’une séquence d’ADN ou d’ARN codant une protéine virale susceptible d’induire une immunité sont également développés.

Le développement des vaccins contre le virus Zika se heurte cependant à plusieurs défis. Le premier est le manque de modèle animal fiable pour évaluer leur sécurité et leur efficacité à prévenir la transmission materno-fœtale et à protéger les fœtus. Par ailleurs, l’absence de circulation active du virus dans le monde complexifie la conduite d’essais cliniques chez l’humain. Afin d’y remédier, des essais d’infection contrôlée – autrement dit l’infection volontaire de personnes en bonne santé – peuvent être envisagés pour tester l’efficacité des vaccins. Un essai de ce type a été mené aux États-Unis en 2021.

Des anticorps pour prévenir la maladie et/ou ses complications

D’autres projets portent sur le développement d’anticorps qui se lient spécifiquement au virus Zika pour le neutraliser. En cas d’épidémie, ils pourraient être administrés pour prévenir l’infection, en particulier chez les femmes enceintes ou qui souhaitent débuter une grossesse. Ces anticorps neutralisants pourraient également être utilisés en traitement, pour réduire le risque de complications neurologiques. L’objectif est de développer des anticorps monoclonaux dotés d’une durée de vie de plusieurs mois dans l’organisme, afin de pouvoir les administrer une seule fois (par injection intramusculaire) en cas de désir de grossesse ou dès le début de celle-ci. Deux de ces anticorps monoclonaux (Tyzivumab et dMAb-ZK190) sont en cours de développement précoce (essai de phase 1).

De nouvelles stratégies de lutte antivectorielle

Outre le recours aux insecticides et la réduction des gîtes larvaires, de nouvelles approches de lutte antivectorielle sont expérimentées pour réduire le risque de transmission du virus Zika en cas d’épidémie.

L’infection des moustiques Aedes par la bactérie Wolbachia diminue la durée de vie des insectes et freine la transmission virale. Un programme World Mosquito est en cours pour tester cette stratégie dans une douzaine de pays : Australie, Brésil, Colombie, Indonésie, Sri Lanka, Inde, Vietnam, Kiribati, Fidji, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie, Mexique. Des moustiques infectés sont relâchés dans des zones endémiques et transmettent la bactérie aux moustiques sauvages. Une réduction de 37 % du risque de transmission du virus Zika a été observée, mais seulement dans certaines zones de relargage de moustiques « wolbachia ». Toutefois ces données sont difficiles à interpréter compte tenu de la faible circulation du virus Zika depuis 2016. 

À la Réunion, une autre approche consiste à relâcher des mâles stériles. C’est le projet Optis coordonné par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) en partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Des mâles sont stérilisés par irradiation puis relâchés. En s’accouplant avec des femelles sauvages, ils produisent des œufs non viables. Des essais fructueux ont été conduits dans deux communes de la Réunion en 2021, avec à la clé une chute de plus de 90 % de la densité de moustiques dans l’une d’elles. Il s’agit maintenant de démontrer l’efficacité de cette approche à large échelle dans une zone urbaine (200 hectares à Saint Joseph dans le sud de l’île). Pour cela des lâchers réguliers sont prévus jusqu’en 2027, à raison de 1 000 mâles stériles par hectare et par semaine. 

L’intelligence artificielle facilite ce travail. Couplée à de la vidéo, elle permet de repérer les zones à forte densité de moustiques, distinguer les espèces présentes, compter les populations... L’outil Arbocarto utilisé depuis plusieurs années par le service de lutte antivectorielle de l’Agence régionale de santé de La Réunion sert à modéliser les zones à forte densité de moustiques à partir de données environnementales et épidémiologiques, afin de prioriser les interventions, là où le risque d’épidémie est le plus élevé.

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Actualités

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Pour aller plus loin

  • Maladie à virus Zika – dossier de l’Organisation mondiale de la Santé
  • Zika – dossier Santé publique France
  • Zika – dossier du ministère de la Santé
  • Zika – dossier de l’Institut Pasteur