AccueilDossiersChikungunya / Maladie de « l’homme courbé »Chikungunya / Maladie de « l’homme courbé » Une maladie infectieuse qui gagne du terrain Modifié le : 09/10/2026 Publié le : 11/08/2017 Temps de lecture : 18 minLe chikungunya est une maladie infectieuse provoquée par un virus transmis à l’humain par des moustiques du genre Aedes. Les régions du monde où elle est présente ne cessent de s’étendre avec la dissémination de ces moustiques, dotés de grandes capacité d’adaptation. D’origine africaine, le nom de la maladie signifie « celui qui marche courbé » : en effet, l’infection entraîne non seulement une forte fièvre, mais aussi des douleurs articulaires qui nécessitent le plus souvent d’interrompre ses. Son évolution est généralement favorable en quelques jours, mais des douleurs chroniques peuvent persister plusieurs mois, voire plusieurs années chez certains patients.Dossier réalisé en collaboration avec André Cabié, coordonnateur médical du centre d’investigation clinique Caraïbe (CIC Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale.) 2504), chef de service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Martinique et membre de l’unité Pathogenèse et contrôle des infections chroniques et émergentes (PCCEI, unité 1058 Inserm/Université de Montpellier/Université des Antilles).Table des matièresEn brefComprendre le chikungunyaDes flambées épidémiques régulièresDe plus en plus de cas autochtones en France hexagonale Une transmission vectorielle Des symptômes violents et soudainsUn diagnostic codifiéDes traitements symptomatiquesDes formes chroniques chez de nombreux patientsDes complications possibles surtout chez les nouveau-nés et les plus âgésUne surveillance étroite du virusLa cellule Émergence de l’ANRS-Maladies infectieuses émergentesSe protéger de l’infectionDeux vaccins actuellement disponiblesLes recommandations vaccinales 2026Les enjeux de la rechercheMieux comprendre les formes sévèresDes antiviraux spécifiquesLa recherche vaccinalePoursuivre la lutte anti-vectorielleNos contenus sur le même sujetActualitésCommuniqués de presseÀ découvrir aussiPour aller plus loinEn brefParallèlement, la lutte contre les moustiques vecteurs (lutte antivectorielle) progresse grâce à de nouvelles stratégies expérimentales.Le chikungunya est une arbovirose transmise aux humains par les mêmes moustiques que la dengue, Zika et la fièvre jaune.Environ trois quarts des personnes infectées développent des symptômes invalidants, notamment des douleurs articulaires qui peuvent devenir chroniques et altérer considérablement la qualité de vie.Deux vaccins sont actuellement disponibles : leur efficacité « en vie réelle » est en cours d’étude sur l’île de la Réunion et en Guyane.Comprendre le chikungunyaLe chikungunya est une arbovirose, c’est-à-dire une infection virale transmise d’un humain à l’autre via des moustiques du genre Aedes. Le virus responsable de la maladie appartient à la famille des arbovirus, comme ceux de la dengue, du Zika ou de la fièvre jaune qui sont transmis par les mêmes moustiques.Les régions concernées par la maladie ne cessent de s’étendre, y compris hors des zones tropicales, en raison de la diffusion des moustiques vecteurs. Celle-ci est favorisée par les échanges internationaux, le changement climatique, mais aussi par les capacités d’adaptation de ces insectes qui développent des résistances aux insecticides et dont les œufs résistent à la sécheresse et aux basses températures. Arrivé en France hexagonale en 2004, par la Méditerranée, le moustique Aedes y est désormais présent dans 81 départements où réside près de la moitié de la population.Des flambées épidémiques régulièresDepuis sa première identification en Tanzanie en 1952, le virus chikungunya a entraîné des épidémies dans plus de 60 pays, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique.Il a gagné les Caraïbes en 2013, déclenchant une épidémie dans les territoires ultramarins français d’Amérique et conduisant l’apparition de cas dans différents pays d’Amérique latine jusque-là indemnes de la maladie. À la Réunion aucun cas de chikungunya n’a été détecté entre 2010 et 2024. Mais l’île a connu une importante épidémie en 2025, avec près de 54 550 cas et 43 décès.En 2026, 18 pays de l’hémisphère sud ont connu des flambées de maladie à virus chikungunya, principalement en Amérique du Sud avec 32 529 cas et neuf décès associés. Le Brésil a enregistré le nombre de cas le plus élevé et plusieurs pays en ont signalé pour la première fois : Guyane, Colombie, Cuba, le Guatemala, le Guyana, Maurice, le Pérou et Sainte-Lucie.En Asie et en Afrique de l’Ouest, la maladie est peu active avec respectivement 16 et 213 cas seulement en 2025.De plus en plus de cas autochtones en France hexagonale Chaque année, Santé publique France recense les cas de chikungunya importés dans l’hexagone (2 398 cas en 2025, essentiellement en provenance de La Réunion où une épidémie était en cours), ainsi que les cas dits « autochtones ».Ces derniers surviennent quand un moustique Aedes albopictus – le moustique tigre –, présent en France hexagonale, pique une personne infectée et transmet la maladie à un individu qui n’a pas quitté le territoire. Ce risque est limité à la période d’activité du moustique, entre début mai et fin novembre en France hexagonale.Deux premiers cas autochtones de chikungunya ont été décrits en 2010, dans la commune de Fréjus. Quoique variable d’une année sur l’autre, leur nombre n’a depuis cessé de croître. En 2025, 809 cas autochtones de chikungunya ont été dénombrés en France hexagonale, dont 790 cas concentrés en 79 foyers infectieux (avec jusqu’à 144 cas par foyer) et 19 cas isolés dont le lieu de contamination n’a pu être déterminé.Une transmission vectorielle La transmission du chikungunya est dite vectorielle : le virus est véhiculé d’un humain à l’autre par un moustique contaminé. L’insecte s’infecte en piquant une personne porteuse du virus. Ce dernier se multiplie ensuite dans l’organisme du moustique pendant environ cinq jours et gagne ses glandes salivaires. L’insecte peut alors transmettre le virus à un nouvel individu en le piquant : il libère le virus contenu dans sa salive au moment de la piqûre. Une personne infectée peut transmettre le virus à des moustiques dès que le virus est présent dans son sang, environ 1 à 2 jours avant le début des symptômes et jusqu’à 7 jours après. Le virus peut théoriquement aussi se transmettre par transfusion sanguine ou à la suite d’une exposition accidentelle à du sang d’une personne infectée (par exemple par piqûre avec une aiguille contaminée). Le moustique tigre – film d’animation pédagogique – 5 min 24 – IRD (2014) Des symptômes violents et soudainsÀ la suite d’une piqûre par un moustique infecté par le virus chikungunya, une période d’incubation de 3 à 7 jours précède l’apparition éventuelle de symptômes. L’infection est symptomatique dans environ 75 % des cas.La phase aiguë de la maladie s’étend sur environ 5 à 10 jours (période virémique) : elle est caractérisée par :une forte fièvre d’apparition brutaledes douleurs articulaires intenses qui touchent principalement les extrémités (poignets, chevilles, phalanges)des douleurs musculairesune grande fatigueD’autres signes peuvent être retrouvés, notamment une éruption cutanée, des céphalées, des nausées, et des vomissements.L’évolution est habituellement rapide, avec une disparition de la fièvre en 2 à 7 jours, des signes cutanés en 2 à 3 jours et des signes articulaires en quelques semaines. La mortalité liée au chikungunya demeure faible (0,01 à 0,1 %) et ce risque est associé à l’âge (en particulier après 75 ans) et/ou l’existence de pathologies chroniques. Chez les personnes âgées la présentation de la maladie (ses symptômes) est souvent atypique et peu spécifique.Une première infection naturelle par le chikungunya confère une immunité protectrice qui peut persister entre 19 et 40 ans selon les études. Depuis l’épidémie de 2013 dans les Caraïbes, environ 50 à 60 % de la population de la Guadeloupe et de la Martinique présenteraient ainsi des anticorps (Protéine du système immunitaire, capable de reconnaître une autre molécule afin de faciliter son élimination.) neutralisants dirigés contre le virus et seraient protégées d’une future infection.Un diagnostic codifiéEn cas de suspicion clinique, et en dehors d’un contexte épidémique, le diagnostic doit être confirmé par des analyses biologiques à partir d’un prélèvement sanguin.Un diagnostic précoce peut être obtenu dans la semaine qui suit le début des symptômes par une recherche du matériel génétique du virus (amplification du génome viral par RT-PCR). Des anticorps spécifiques de type IgM peuvent être identifiées à partir du cinquième jour après l’apparition des signes cliniques et persistent en moyenne 2 à 3 mois. Des anticorps de type IgG apparaissent quelques jours après les IgM et persistent toute la vie. Ainsi, les recommandations pour établir le diagnostic sont : Jusqu’à 5 jours après le début des symptômes : recherche du matériel génétique du virus par RT-PCREntre les 5e et 7e jours : une RT-PCR et une sérologie à la recherche des IgMAprès le 7e jour : une sérologie qui permettra de détecter les IgM et les IgG, avec un second prélèvement de confirmation au plus tôt 10 jours après le premierDes traitements symptomatiquesIl n’existe pas de médicaments antiviraux spécifiques contre le virus chikungunya. La stratégie thérapeutique vise à maintenir une bonne hydratation du patient ainsi qu’à contrôler sa fièvre et ses douleurs.La prise en charge repose ainsi sur la prescription d’un médicament antipyrétique et antalgique (paracétamol) au cours des premiers jours, puis sur celle d’anti-inflammatoires pour lutter contre les inflammations articulaires et périarticulaires. Une corticothérapie peut être nécessaire dans les formes sévères, mais elle est déconseillée à la phase aiguë de la maladie. En plus du repos, les patients doivent s’hydrater régulièrement.Des formes chroniques chez de nombreux patientsOn parle de phase aiguë du chikungunya jusqu’au 21e jour après le début des symptômes, de phase post-aiguë jusqu’à 90 jours, puis d’une phase chronique au-delà du troisième mois révolu.Plus de la moitié des patients (51 %) développent une forme chronique du chikungunya qui peut se prolonger plusieurs mois, voire plusieurs années après l’infection. Leur qualité de vie est alors très détériorée, notamment en raison de douleurs articulaires persistantes, qui peuvent aussi survenir par poussées. Les causes de chronicisation du chikungunya ne sont pas bien connues. Il pourrait s’agir de séquelles liées aux dégâts causés par le virus, ou encore de la persistance de substances virales, associée à une inflammation chronique dans les articulations. Toutefois, certains facteurs de risque ont été mis en évidence :l’âge, car la chronicisation de la maladie s’observe en particulier chez les plus de 40 ansdes antécédents de maladies articulairesune fièvre élevée pendant plus de sept jours au moment de l’infectionCette situation nécessite une prise en charge pluridisciplinaire qui associe des traitements médicamenteux et de la kinésithérapie. La kinésithérapie favorise en effet la récupération fonctionnelle. Elle pourrait en outre potentialiser l’effet des anti-inflammatoires et limiter la durée de leur administration.Près de la moitié des personnes concernées par ces formes chroniques présentent par ailleurs des symptômes dépressifs et un tiers a des difficultés de concentration. Plus de la moitié déclare également une reprise plus lente des activités quotidiennes et un tiers a un retour à l’emploi plus tardif. Des complications possibles surtout chez les nouveau-nés et les plus âgésChez la femme enceinte, l’infection par le chikungunya n’augmente pas le risque de fausse-couche, de mort fœtale in utero ou de malformation chez l’enfant à naître. Mais le virus peut être transmis de la mère à l’enfant pendant l’accouchement. Lorsque l’accouchement survient le jour qui précède ou dans les 5 jours qui suivent les premiers signes cliniques de la maladie chez la mère, un nouveau-né sur deux est infecté. Or en cas d’infection néonatale, une forme sévère survient dans un cas sur deux : le nouveau-né peut développer des pathologies cardiaques ou neurologiques graves. Le taux de mortalité s’élève alors à 50 % et le risque de séquelles est important. C’est pourquoi les femmes enceintes doivent renforcer leur protection contre les piqûres de moustiques lors du dernier trimestre de grossesse pour éviter toute contamination. Par ailleurs, de cas rares d’encéphalites (Inflammation du cerveau, d’origine infectieuse, bactérienne, virale ou encore parasitaire.) ont été observés chez des jeunes enfants infectés par le virus chikungunya.Des complications peuvent également survenir chez les personnes qui présentent des pathologies chroniques cardiaques, mais également rénales ou respiratoires. La forte fièvre et/ou les douleurs associées au chikungunya risquent en effet d’aggraver ces pathologies : on parle de « décompensation ». Une hospitalisation peut alors être nécessaire. De fait, les complications du chikungunya sont plus fréquentes chez les personnes âgées, avec une sévérité accrue chez les plus de 75 ans. La maladie accroît en outre le risque de chute chez les personnes âgées. Enfin, des problèmes neurologiques ont également été constatés, surtout chez des adultes. L’infection multiplierait par huit à dix le risque de développer un syndrome de Guillain–Barré, caractérisé par une inflammation aiguë et une paralysie musculaire qui affecte parfois des muscles respiratoires et nécessite alors la mise en œuvre d’une assistance respiratoire. Virus du Chikungunya à la surface d’une cellule © Inserm / Thérèse CoudercUne surveillance étroite du virusUn plan anti-dissémination du chikungunya existe en France hexagonale et dans les territoires ultramarins depuis 2006. Il inclut une surveillance entomologique (des moustiques) et une surveillance épidémiologique (des cas d’infections) assurée par Santé publique France. Cette surveillance repose sur : la déclaration obligatoire des cas confirmés de chikungunya auprès de l’Agence régionale de santé (ARS) de la région concernée.la surveillance renforcée des cas importés en France hexagonale, en particulier dans les départements où le moustique vecteur est présent : toute suspicion de cas importé (qui se déclare chez des personnes de retour depuis moins de 15 jours d’une zone de circulation du virus) doit être signalé à l’ARS, avec un diagnostic accéléré dont la confirmation déclenche des mesures spécifiques de lutte anti-vectorielle autour du cas. Dans les départements d’outre-mer, la surveillance est assurée par les Agences régionales de santé et les Cellules interrégionales d’épidémiologie (Cire).La cellule Émergence de l’ANRS-Maladies infectieuses émergentesL’ANRS Maladies infectieuses émergentes accompagne les pouvoirs publics dans la préparation des réponses aux menaces infectieuses. Elle s’est dotée d’une cellule Émergence, un dispositif composé de trois niveaux de réponse selon la gravité d’une flambée épidémique. Lors de l’épidémie de chikungunya de 2025 à la Réunion, le niveau 1 a été activé.Niveau 1 : veille scientifique renforcée, définition de priorités de recherche à visée préventive en lien avec les communautés scientifiques, les groupes d’experts et les associations et, enfin, production d’information à destination des décideurs publics.Niveau 2 : Déblocage de financements d’urgence afin de mettre en place des actions de recherche dans le cadre des priorités de recherche établies au niveau 1. Coordination avec les réponses européennes et internationales.Niveau 3 : En cas de crise nécessitant une coordination renforcée de niveau national, mise en place de dispositifs spécifiques de réponse concertés avec l’ensemble des acteurs de la recherche française.Se protéger de l’infectionLa prévention du chikungunya repose sur : la protection individuelle contre les piqûres de moustiquele contrôle des populations de moustiques (lutte antivectorielle)la vaccinationAu niveau individuel, des barrières mécaniques et chimiques permettent de se protéger des piqûres de moustiques de jour comme de nuit, en particulier en début et en fin de journée (périodes d’activité maximale du moustique) : répulsifs, vêtements couvrants, moustiquaires, et vêtements imprégnés d’insecticides en cas de risques importants.Pour en savoir plus, consultez les dernières recommandations pour la protection personnelle antivectorielle et les recommandations sanitaires aux voyageurs du Haut Conseil de la santé publique.Au niveau collectif, la lutte antivectorielle consiste à combattre les moustiques vecteurs par l’épandage d’insecticides et l’élimination des gîtes larvaires potentiels. Elle est en partie réalisée par des professionnels autorisés qui installent notamment pièges pondoirs (seau noir contenant de l’eau, un support de ponte et un larvicide) et éliminent les points d’eau stagnante propices à la dissémination des larves de moustiques. Chacun est par ailleurs invité à contribuer à cette lutte en éliminant chez soi ses propres sources d’eaux stagnantes : vases, soucoupes, pneus usagés, gouttières mal vidées, déchets divers contenant de l’eau stagnante, mais aussi creux d’arbres et plantes susceptibles de former une rétention d’eau comme les bambous.Deux vaccins actuellement disponiblesCommercialisé depuis 2024, Ixchiq est un vaccin vivant atténué (composé d’un virus modifié pour être affaibli) administré en une seule dose par voie intramusculaire, au départ recommandé aux personnes non immunodéprimées âgées d’au moins 18 ans, à l’exception des femmes enceintes. Dans le cadre des essais cliniques, il a induit un taux élevé d’anticorps neutralisants chez 98,9 % des participants, avec un pic au 28e jour post-vaccination et qui s’est maintenu stable pendant toute la durée de l’étude (180 jours). Cependant, ce vaccin entraîne des effets secondaires fréquents, similaires aux symptômes du chikungunya. En mars 2025, pour faire face à l’épidémie de chikungunya à La Réunion, la Haute Autorité de santé avait préconisé son utilisation chez les personnes à risque de formes graves qui n’avaient jamais eu de diagnostic d’infection par le virus auparavant. Désormais, Ixchiq n’est plus recommandé au-delà de 65 ans en raison d’un risque d’évènements indésirables graves qui est alors apparu. Il reste contre-indiqué chez les personnes immunodéprimées et femmes enceintes.Un autre vaccin Vimkunya est commercialisé depuis 2025. C’est un vaccin à pseudo-particules virales (composé de protéines du virus dénué de son matériel génétique), également administré en une seule dose intramusculaire, indiqué chez les 12 ans et plus. Lors des essais cliniques, il a induit la production d’anticorps neutralisants contre le chikungunya chez 98 % des volontaires, deux semaines après la vaccination. Il a été bien toléré par les adultes comme les adolescents.Les recommandations vaccinales 2026Pour les personnes qui vivent en Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion, en Martinique, à Mayotte, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, le calendrier vaccinal 2026 recommande la vaccination par Vimkunya des personnes :de 65 ans et plus, avec ou sans comorbidités (Maladie associée à une pathologie principale.),de 12 à 64 ans avec comorbidités (Maladies associées à une pathologie principale.) (cancer, diabète, maladies cardiovasculaires, auto-immunes, hématologiques, hépatiques chroniques, rénales chroniques)Pour les voyageurs, la vaccination est recommandée en cas de séjours en zone où une épidémie est avérée, en cas de séjour de plus d’un mois ou d’expatriation dans une zone endémique, ou encore en cas de séjours répétés dans une zone où le virus a circulé activement dans les 12 mois précédents. La vaccination par Vimkunya est recommandée aux personnes de 65 ans et plus, en particulier celles qui présentent des comorbidités (HTA, diabète, maladies cardiovasculaires, respiratoires ou neurovasculaires, éthylisme chronique), ainsi qu’aux 12–65 ans qui présentent des comorbidités. La vaccination est également recommandée aux 12 à 65 ans sans comorbidité ni immunodépression, et peut alors être réalisée avec Vimkunya ou avec Ixchiq.Pour en savoir sur les recommandations vaccinales contre le chikungunyaLes enjeux de la rechercheLes dernières épidémies qui ont sévi à la Réunion et aux Antilles ont déclenché la mise en œuvre de plusieurs projets de recherche qui ont d’ores et déjà permis de mieux comprendre le cours de la maladie, son retentissement à long terme chez certains patients ou encore les risques de transmission de la mère à l’enfant.Mieux comprendre les formes sévèresFace à l’évolution épidémiologique des arboviroses, il est devenu nécessaire de mettre en place de grandes études de cohorte, pour mieux comprendre les formes sévères de ces maladies et découvrir des facteurs prédictifs. C’est précisément l’objet de la cohorte Carbo (Cohorte hospitalière de patients suspects/confirmés d’arboviroses, en France hexagonale et en outre-mer), lancée en 2010. Elle inclut des adultes, des enfants et des nouveau-nés admis dans huit hôpitaux de départements et régions d’outre-mer et de France métropolitaine, avec au moins deux symptômes suggérant une arbovirose (fièvre, céphalées, arthralgies, éruptions, myalgies, douleurs abdominales, hémorragie, thrombopénie (Diminution du nombre de plaquettes sanguines pouvant entraîner soit une hémorragie, soit une thrombose.)) ou avec un diagnostic d’arbovirose déjà confirmé. L’inclusion a lieu dans les 7 jours après le début des symptômes et jusqu’au 21e jour pour les formes graves. Cette cohorte permet d’analyser les associations entre les données démographiques, cliniques, biologiques, virologiques, immunologiques, génétiques, et le risque de survenue d’une ou plusieurs complications spécifiques de chacune des arboviroses, en particulier la forme chronique pour le chikungunya.Des antiviraux spécifiquesLes données collectées grâce aux cohortes de patients permettent de mieux comprendre les mécanismes de l’infection par le virus chikungunya et d’identifier des cibles thérapeutiques, en particulier des protéines (virales ou de l’hôte) essentielles à la réplication et la survie du virus.Plusieurs antiviraux potentiels sont actuellement à l’étude. Au moins deux, la 3‑méthyltoxoflavine et l’itraconazole, ont été identifiés comme inhibiteurs de la réplication du virus chikungunya.Des anticorps monoclonaux qui neutralisent le chikungunya sont également en développement. L’un d’eux, l’anticorps monoclonal humain EVT894, cible la protéine d’enveloppe E2 du virus. Il a montré de bons résultats chez l’animal et a fait l’objet d’un essai de phase 1 chez l’humain qui a permis de vérifier qu’il est bien toléré. Son développement se poursuit. Avec une durée de vie dans l’organisme de 4 à 8 mois, cet anticorps pourrait être utilisé à la fois en prévention et en thérapeutique en cas d’épidémie déclarée, pour prévenir l’évolution vers des formes sévères ou une chronicisation de la maladie.La recherche vaccinaleLa soudaineté et la brièveté des épidémies de chikungunya ne permettent pas de mener des essais cliniques pour tester l’efficacité des vaccins en vie réelle avant leur commercialisation. Mais deux études ont pu être lancées à la Réunion, suite à l’épidémie de 2025 pendant laquelle de nombreuses personnes ont reçu le vaccin Ixchiq.L’étude Chik-Re-Vac, coordonnée par le CHU de La Réunion, vise à évaluer l’efficacité du vaccin Ixchiq, sa sécurité et ses effets secondaires éventuels. Il s’agit d’une étude de pharmacovigilance et d’efficacité vaccinale en conditions réelles. Toute personne éligible à la vaccination peut être incluse à plusieurs conditions : être âgée de 18 à 64 ans, présenter au moins une comorbidité, ne pas avoir eu le chikungunya auparavant. Plusieurs modalités d’inclusion sont proposées : Les personnes déjà vaccinées sont suivies pour évaluer l’efficacité réelle du vaccin même plusieurs semaines ou mois après l’injection. Les personnes vaccinées au moment de leur inclusion sont suivies à raison d’un contrôle hebdomadaire après l’injection pour surveiller les symptômes post-vaccinaux. Les personnes qui refusent ou repoussent la vaccination sont incluses dans un groupe comparateur, avec un suivi médical identique à celui du groupe des personnes vaccinées. Cette étude a été poursuivie en 2026 en Guyane avec le vaccin Vimkunya.La seconde étude également portée par le CHU de La Réunion, Vaxcceptachik, s’intéresse aux motivations, freins et opinions de la population concernant la vaccination contre le chikungunya.Un projet du réseau I‑Reivac, coordonné par l’ANRS-MIE, portera quant à lui sur la femme enceinte, en lien avec le risque de forme grave chez le nourrisson en cas de transmission de l’infection au moment de l’accouchement. Actuellement, la vaccination par Vimkunya n’est pas recommandée de façon systématique chez les femmes enceintes. Ce projet aura pour objectif d’évaluer l’impact de la vaccination au début du troisième trimestre de grossesse afin de savoir s’il est pertinent de vacciner toutes les femmes enceintes en cas d’épidémie. Les données d’immunogénicité (Capacité à induire une réaction immunitaire.) (la capacité du vaccin à induire des anticorps protecteurs) seront étudiées chez la mère et son enfant à la naissance.D’autres vaccins sont en cours de développement à un stade précoce, notamment des vaccins à ARN (Molécule issue de la transcription d’un gène.) messagers (fondés sur l’administration d’ARN codant une ou plusieurs protéines virales susceptibles d’induire une réponse immunitaire (Mécanisme de défense de l’organisme.)). L’un d’eux repose sur l’expression de protéines d’enveloppe virales E2-E1 du chikungunya.Poursuivre la lutte anti-vectorielleLa lutte anti-vectorielle, très active dans le but de réduire la transmission de la dengue dans les zones endémiques, réduit également le risque de transmission du chikungunya. Outre le recours aux insecticides et la réduction des gîtes larvaires, de nouvelles approches de lutte anti-vectorielle sont expérimentées.En particulier, l’infection des moustiques Aedes par la bactérie Wolbachia réduit la durée de vie des insectes et freine la transmission du chikungunya. Un programme, World Mosquito, est en cours pour tester cette stratégie dans une douzaine de pays : Australie, Brésil, Colombie, Indonésie, Sri Lanka, Inde, Vietnam, Kiribati, Fidji, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie, Mexique. Des moustiques infectés sont relâchés dans des zones endémiques et transmettent la bactérie aux moustiques sauvages. Au Brésil, cette approche a entraîné une réduction de 56 % de l’incidence (Nombre de cas nouveaux d’une maladie, apparus durant une période de temps donnée.) du chikungunya dans les zones où les moustiques porteurs de Wolbachia ont été relâchés.À la Réunion, une autre approche consiste à relâcher des mâles stériles. C’est le but du projet OpTIS, coordonné par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) en partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Des mâles sont stérilisés par irradiation puis relâchés. En s’accouplant avec des femelles sauvages, ils produisent là encore des œufs non viables. Des essais menés dans deux communes de la Réunion en 2021 ont induit une chute de plus de 90 % de la densité de moustiques dans l’une d’elles. Il s’agit maintenant de démontrer l’efficacité de cette approche à large échelle dans une zone urbaine. Pour cela des lâchers réguliers sont prévus sur une zone de 200 hectares à Saint-Joseph dans le sud de l’île jusqu’en 2027, à raison de 1 000 mâles stériles par hectare et par semaine.L’intelligence artificielle facilite ce travail. Couplée à de la vidéo, elle permet de réaliser des analyses des données spatiales, de distinguer les espèces présentes, de compter les populations... L’outil Arbocarto, déjà utilisé depuis plusieurs années par le service de lutte antivectorielle de l’Agence régionale de santé de La Réunion sert à modéliser les zones à forte densité de moustiques à partir de données environnementales et épidémiologiques, afin de prioriser les interventions, là où le risque d’épidémie est le plus élevé. Chikungunya – Interview – 4 min – vidéo extraite de la série Ils font avancer la recherche, Institut Pasteur/Sup’Biotech (2013) Nos contenus sur le même sujetActualités23 octobre 2025 – Traquer les virus émergents3 juillet 2023 – Arbovirus : faire face à la menace en métropole25 juin 2018 – Dengue et chikungunya : des cellules minoritaires à la clé du contrôle de l’infection2 juin 2016 – Chikungunya : identification des facteurs cellulaires clés pour la réplication du virus15 septembre 2014 – Des troubles psychomoteurs en cas d’exposition au chikungunya au moment de la naissanceCommuniqués de presse29 mai 2025 – Chikungunya : sept questions sur la suspension de la recommandation du vaccin pour les plus de 65 ans 25 septembre 2019 – Une protéine essentielle à la réplication du virus chikungunya identifiée6 mai 2013 – Chikungunya : découverte d’un facteur cellulaire humain impliqué dans la réplication du virusÀ découvrir aussiDengue – dossier d’informationZika – dossier d’informationDes virus émergents et des épidémies – exposition numériqueC’est quoi les zoonoses ?Pour aller plus loinChikungunya – dossier de Santé publique FranceChikungunya – dossier de l’ANRS-MIEChikungunya – dossier de l’Organisation mondiale de la santéChikungunya – dossier du ministère de la SantéChikungunya – fiche info de l’Institut PasteurPortail de signalement du moustique tigre (Aedes albopictus)