Dengue

Une maladie virale en pleine expansion

La dengue est une infection virale le plus souvent transmise d’une personne à l’autre par l’intermédiaire de moustiques du genre Aedes. Tous les territoires ultramarins français sont concernés et la France hexagonale n’est plus épargnée en raison de la circulation croissante des moustiques vecteurs. La maladie est le plus souvent bénigne, mais des formes sévères imprévisibles surviennent dans environ 1 % des cas, plus souvent chez les jeunes enfants. Pour contrer la maladie, les efforts de recherche portent sur la vaccination, la prédiction des formes graves ou encore la lutte antivectorielle.

Dossier réalisé en collaboration avec André Cabié, coordonnateur médical du centre d’investigation clinique Caraïbe (CIC Inserm 2504), chef de service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Martinique et membre de l’unité Pathogenèse et contrôle des infections chroniques et émergentes (PCCEI, unité 1058 Inserm/Université de Montpellier/Université des Antilles).

En bref

  • La dengue est une maladie infectieuse causée par un arbovirus dont il existe 4 types (sérotypes DEN‑1 à DEN‑4) : une même personne peut développer la maladie quatre fois – une fois avec chaque sérotype du virus – la deuxième infection étant associée au risque le plus élevé de forme grave.
  • Le nombre de cas de dengue dans le monde a explosé en quelques années : il est passé d’environ 500 000 cas en 2000 à 15 millions en 2024, notamment en raison de la dissémination rapide du moustique Aedes qui véhicule le virus dans de nouveaux territoires.
  • Un vaccin est déjà disponible, mais la recherche se poursuit afin d’en développer de nouveaux et de proposer d’autres moyens de prévenir plus efficacement l’infection contre les quatre types de virus de la dengue.

Comprendre la dengue

La dengue est une arbovirose, c’est-à-dire une infection virale transmise d’un humain à l’autre via des moustiques du genre Aedes. Le virus responsable de la maladie appartient à la famille des arbovirus comme les virus du Chikungunya, du Zika ou de la fièvre jaune, transmis par les mêmes moustiques.

Il existe quatre sortes – ou « sérotypes » – de virus de la dengue : DEN‑1, DEN‑2, DEN‑3 et DEN‑4. Chez les personnes qui ont été infectées par l’un d’entre eux, la guérison entraîne une immunité protectrice définitive contre le sérotype en question, mais pas contre les trois autres. Une personne peut donc en théorie connaître quatre infections. La deuxième (par un autre sérotype que la première) est associée à un risque accru de forme grave de la dengue. En revanche, les troisième et quatrième infections sont habituellement peu symptomatiques.

Une explosion de cas dans le monde

Le nombre de cas de dengue a explosé au cours des dernières années : plus de 15 millions de cas et plus de 10 000 décès associés à la maladie ont été notifiés à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2024, contre 6,5 millions de cas en 2023, et 505 430 en 2000. 

L’aire de répartition de la maladie n’a cessé de s’étendre depuis l’Asie du Sud-Est vers l’océan Indien, le Pacifique, les Antilles, l’Amérique latine et l’Afrique. Cette expansion s’explique par la dissémination du moustique Aedes, favorisée par ses capacités d’adaptation, les changements climatiques et le développement des échanges internationaux. Désormais, la maladie est endémique dans de nombreux pays d’Afrique, d’Amérique ou encore dans le pourtour Est de la Méditerranée. Une transmission active du virus de la dengue a été enregistrée dans plus de 90 pays en 2024. Dans les Antilles françaises, elle sévit sur un mode endémo-épidémique, c’est-à-dire que la maladie reste présente et sévit par épidémies.

Un risque de flambée de dengue existe aussi désormais en Europe. La France hexagonale enregistre chaque année des cas importés et un premier cas de transmission autochtone (infection contractée localement) y a été rapporté en 2010. Depuis, de nouveaux cas sont enregistrés chaque année. Un foyer de dengue autochtone, regroupant trois cas, a pour la première été identifié en 2023, en Île-de-France. En 2025, 30 cas autochtones ont été enregistrés, dont 29 répartis dans 11 foyers de transmission (avec jusqu’à 10 cas par foyer) et 1 cas isolé. Il faut y ajouter 2 389 cas de dengue importés, principalement de Guadeloupe et de Martinique où des épidémies étaient en cours, mais aussi de Polynésie française, Thaïlande, Côte d’Ivoire ou d’autres zones du monde encore.

Cas importé, cas autochtone, quelle différence ?

Un cas importé de dengue correspond à un diagnostic d’infection réalisé dans une région où la maladie n’est pas endémique, chez une personne qui a séjourné dans une zone de circulation connue du virus au cours des 15 jours précédant le début des symptômes. Cette personne a par exemple été infectée à l’étranger ou dans un territoire français ultramarin, puis elle est revenue en France hexagonale alors qu’elle était porteuse du virus.

Un cas autochtone correspond quant à lui à un diagnostic d’infection chez une personne qui n’a pas quitté l’hexagone au cours des dernières semaines et a donc été infectée localement.

Une transmission vectorielle

La transmission de la dengue est dite vectorielle : le virus est véhiculé d’un humain à l’autre par un moustique contaminé, en l’occurrence un moustique femelle du genre Aedes aegypti ou Aedes albopictus.

Aedes aegypti est présent dans les régions tropicales ou subtropicales. Il vit en milieu urbain et se reproduit préférentiellement dans des petits gites d’eau stagnante créées ou entretenues par l’activité humaine. Il a un pic d’activité tôt le matin et le soir avant le crépuscule. La femelle pique de multiples personnes au cours de sa vie qui dure entre deux et quatre semaines. 

Aedes albopictus est le fameux moustique tigre à rayures noires et blanches. Il s’est propagé en Amérique du Nord et en Europe en grande partie via le commerce international, notamment celui de pneus usagés qui constituent un excellent gîte larvaire. Cette espèce a une très grande faculté d’adaptation, tolère des températures inférieures à 0° et peut hiberner. Il a été détecté pour la première fois en France hexagonale en 2004, dans les Alpes-Maritimes. Depuis, sa présence s’est largement étendue : 81 départements hexagonaux comptaient au moins une commune colonisée par les moustiques tigres au 1er janvier 2025. 

Le moustique se contamine en piquant une personne infectée. Le virus prélevé lors de la piqûre se multiplie dans l’intestin de l’insecte, puis se propage jusqu’à ses glandes salivaires après une incubation d’une dizaine de 10 jours. Ce même moustique pourra ensuite transmettre le virus à toute personne nouvellement piquée, et ce pendant tout le reste de sa vie. Les personnes infectées peuvent quant à elles transmettre le virus de la dengue à un moustique 4 à 5 jours après la piqûre qui les a contaminées et au maximum 12 jours après l’apparition des premiers symptômes de l’infection. 

Une maladie à risque de complications

La dengue est le plus souvent bénigne. La plupart des personnes infectées n’ont aucun symptôme ou des symptômes légers. Les formes symptomatiques se manifestent par une forte fièvre (40°C), accompagnée d’au moins deux des symptômes suivants : 

  • céphalées sévères
  • douleurs rétro-orbitaires (derrière les yeux), musculaires, articulaires
  • nausées, vomissements
  • adénopathie (augmentation des ganglions lymphatiques)
  • éruption cutanée

Ces symptômes apparaissent 4 à 10 jours après la piqûre d’un moustique infecté et perdurent en général de 2 à 7 jours. Des analyses biologiques permettent de confirmer la présence du virus à partir d’une prise de sang, en recherchant son matériel génétique (par RT-PCR) ou la présence d’anticorps qui le reconnaissent (sérologie).

En l’absence de complications, le traitement de la dengue est symptomatique et consiste à lutter contre la fièvre et les douleurs. La plupart des patients sont traités à domicile avec des antalgiques. En raison du risque de saignement, les anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’ibuprofène et l’aspirine (qui augment ce risque) sont à éviter. La guérison s’accompagne d’une convalescence d’une quinzaine de jour. Une fatigue prolongée peut être ressentie au-delà, parfois pendant plusieurs semaines.

L’évolution vers une forme plus sévère de la dengue est rare (environ 1 % des cas) et imprévisible. En Asie, ces formes s’observent le plus souvent chez des enfants de moins de 15 ans. Elles se caractérisent par au moins l’un des événements suivants : une fuite de plasma en dehors de la circulation sanguine qui peut mener à une mauvaise irrigation des organes, un épanchement liquidien c’est-à-dire une accumulation anormale de liquide dans une cavité de l’organisme (plèvre, péritoine, péricarde…), une détresse respiratoire, des hémorragies sévères ou encore l’atteinte grave d’un organe (foie, système nerveux central, cœur…). Les signes d’alerte sont : 

  • des douleurs abdominales
  • des vomissements persistants
  • des signes d’épanchements liquidiens
  • des saignements muqueux
  • une léthargie ou une agitation

Ces signes surviennent de 3 à 7 jours après les premiers symptômes, conjointement à une baisse de la fièvre (en dessous de 38°C). La vigilance clinique doit donc être maximale autour du 4e jour de la maladie. L’apparition de ces signes d’alerte nécessite une prise en charge immédiate par des professionnels expérimentés : une hospitalisation est nécessaire. Elle peut permettre de ramener le taux de mortalité, proche de 20 % en l’absence de traitement, à moins de 1 %.

Des formes graves plus fréquentes en cas de deuxième infection

Les formes graves de la dengue avec fuite plasmatique en dehors de la circulation sanguine sont le plus souvent observées au cours d’une deuxième infection. Cela s’expliquerait par le phénomène de « facilitation immunologique » : une première infection entraîne la production d’anticorps dirigés contre le virus en cause. Ces anticorps assurent une protection à vie contre ce sérotype particulier. Mais lors d’une seconde infection par un autre sérotype, ils ne sont pas capables de neutraliser le nouveau virus et facilitent au contraire sa multiplication, déclenchant une réaction inflammatoire intense avec une augmentation de la perméabilité vasculaire et un risque accru d’hémorragie. Ainsi, non seulement une infection par un sérotype donné du virus de la dengue ne protège pas contre les trois autres, mais une réinfection par un autre sérotype peut être associée à une forme hémorragique de la maladie. 

Un risque épidémique sous surveillance

Un dispositif de surveillance épidémiologique de la dengue est assuré par Santé Publique France. Il est adapté aux situations épidémiques et au risque de transmission vectorielle en dans les territoires français ultramarins et dans l’hexagone. Le risque épidémique associé à la dengue est notamment très élevé dans les Antilles françaises, entraînant des mesures spécifiques de surveillance des populations de moustiques, associées à une sensibilisation des populations pour qu’elles se protègent contre leurs piqûres et participent à l’élimination de leurs gîtes potentiels de reproduction. 

En France hexagonale, la surveillance de la dengue repose sur le signalement obligatoire de tout cas de dengue validé biologiquement en laboratoire d’analyses, importé ou autochtone. Chaque cas doit être immédiatement déclaré à l’agence régionale de santé (ARS) de la région concernée. Santé publique France et la Direction générale de la santé sont informés sans délai des cas autochtones biologiquement confirmés et des actions de lutte antivectorielle sont alors menées dans la zone de transmission pour éliminer les gites larvaires potentiels. Ces actions sont accompagnées d’une communication aux professionnels de santé, au public, aux voyageurs et aux collectivités territoriales concernées pour améliorer la prévention et la lutte antivectorielle. Cette surveillance est renforcée pendant la période d’activité d’Aedes albopictus (chaque année du 1er mai au 30 novembre), dans les départements où il est implanté. L’objectif est de permettre une intervention rapide des services de lutte antivectorielle afin de prévenir un cycle de transmission local.

Prévenir la maladie, c’est lutter contre les piqûres et les moustiques

La prévention de la dengue repose sur : 

  • la protection individuelle contre les piqûres de moustique
  • le contrôle des populations de moustiques (lutte antivectorielle)
  • la vaccination

Au niveau individuel, des barrières physiques et chimiques permettent de se protéger des piqûres : vêtements longs, répulsifs cutanés, diffuseurs électriques... Afin de prévenir l’introduction de la maladie dans de nouveaux territoires, les personnes qui résident dans les départements hexagonaux d’implantation du moustique Aedes doivent se protéger si elles rentrent d’une région où le virus circule.

Pour en savoir plus, consultez les recommandations pour la protection personnelle antivectorielle et les recommandations sanitaires aux voyageurs du Haut Conseil de la santé publique, actualisées en 2026.

Le seul moyen de lutter collectivement contre la transmission du virus, que ce soit dans le cadre d’une épidémie ou en amont, est la lutte anti-vectorielle. Elle passe en premier lieu par la suppression des eaux stagnantes qui permettent la reproduction du moustique autour de son domicile (soucoupes des pots de fleurs, vases, gouttières mal entretenues, pneus usagés et déchets divers contenant de l’eau stagnante...). Des traitements insecticides chimiques ou biologiques peuvent être effectués contre les moustiques adultes, mais seulement par des professionnels autorisés par le préfet.

Un vaccin qui protège à 95 % des formes sévères

Depuis avril 2025, la vaccination contre la dengue par le vaccin Qdenga est recommandée aux Antilles, en Guyane, à Mayotte et à La Réunion chez les enfants et adolescents âgés de 6 à 16 ans en cas d’infection antérieure à la dengue, ainsi que chez les 17–60 ans (avec ou sans antécédent de dengue) qui présentent des comorbidités. Qdenga est un vaccin vivant atténué (composé de particules virales vivantes, mais modifiées pour les rendre inoffensives) qui protège contre les quatre sérotypes du virus de la dengue (vaccin tétravalent). Son utilisation repose sur l’administration de deux doses espacées de trois mois. Cette vaccination doit être réalisée entre deux épidémies et au moins six mois après les symptômes en cas d’infection. Son efficacité varie selon les sérotypes (69 % de protection contre DEN‑1 ; 90,8 % contre DEN‑2 ; 51,4 % contre DEN‑3 et 50 % contre DEN‑4) et le fait d’avoir déjà été infecté ou non (protection de 74 ‚8 % pour les personnes qui ont déjà été infectées et de 67 % chez celles ne l’ont jamais été). L’efficacité globale de ce vaccin sur les formes sévères de dengue atteint 95 %. 

Un autre vaccin, Dengvaxia, avait été commercialisé en 2015. Il ne pouvait être administré qu’aux personnes qui avaient déjà contacté la dengue et n’est plus disponible en France depuis 2024.

Les enjeux de la recherche

Plusieurs axes de recherche sont poursuivis pour prévenir la dengue, prévoir les formes graves de la maladie, et lutter contre les épidémies. 

Mieux comprendre les formes sévères

Face à l’évolution épidémiologique des arboviroses, de grandes études de cohorte sont nécessaires pour être en mesure de mieux comprendre les formes sévères de ces maladies et d’identifier des facteurs prédictifs. Mise en place en 2010, la cohorte Carbo (Cohorte hospitalière de patients suspects/confirmés d’arboviroses, en France hexagonale et en outre-mer) inclut des centaines de patients adultes, enfants et nouveau-nés, recrutés lors d’un passage à l’hôpital pour des symptômes évocateurs d’une arbovirose, confirmée par les analyses biologiques. Des prélèvements de fluides corporels ainsi que des analyses moléculaires et génétiques sont réalisés chez ces personnes qui présentent des antécédents médicaux et des fonds génétiques variés. Ces données permettent d’établir des associations entre certains biomarqueurs et la survenue d’une ou plusieurs complications spécifiques de chacune des arboviroses, notamment la forme hémorragique de la dengue. Au total, huit centres des territoires français ultramarins et de France hexagonale participent à ce projet, permettant le recrutement de volontaires sur une grande partie de l’aire de répartition géographique des arbovirus.

Le consortium LSDengue s’appuie sur les données de cette cohorte pour décrire les déterminants de la dengue sévère, et notamment le rôle des facteurs liés à l’hôte et au virus tout au long de l’évolution clinique de la maladie. L’objectif de ce projet (piloté par l’ANRS-MIE et financé par France 2030) est de définir des biomarqueurs utilisables en clinique. Coordonné par André Cabié, il s’articule autour d’équipes médicales et scientifiques françaises de la Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion, Polynésie française, Nouvelle-Calédonie et France hexagonale.

Un autre projet financé par l’ANRS-MIE, Arbogen, vise à découvrir des déterminants génétiques de la dengue sévère grâce une analyse poussée de 1 500 génomes du virus, prélevés dans divers territoires français ultramarins et hexagonaux. Des éléments suggèrent que certaines mutations virales pourraient jouer un rôle important dans la sévérité de la maladie. Si c’est bien le cas, l’équipe évaluera l’impact potentiel de ces mutations sur les méthodes de contrôle de la maladie (diagnostic, vaccins, traitements).

Des collaborations françaises et internationales

Placée sous l’égide de l’ANRS-MIE, Arbo-France est un réseau français multidisciplinaire et multi-institutionnel de veille, de surveillance et de recherche sur les arboviroses. Le réseau est constitué de plusieurs groupes de travail qui travaillent notamment sur les mesures à mettre en œuvre en cas d’épidémie d’arbovirose en étudiant différents scénarios, l’impact de la vaccination contre le virus de la dengue dans les territoires ultramarins, ou encore la détection d’arbovirus dans les eaux usées comme outil de surveillance épidémiologique de la dengue.

À l’international, le réseau STRIVE a vocation à mener des essais cliniques pour lutter contre les maladies infectieuses. Il réunit neuf centres internationaux de coordination, dont l’ANRS MIE en France, couvrant une quarantaine de pays. Le groupe de travail sur les arboviroses prépare un essai clinique dédié à évaluer l’efficacité de la corticothérapie en cas de forme sévère. Des sites en Martinique et Réunion participeront à cet essai.

Des traitements antiviraux spécifiques

Actuellement, il n’existe aucun médicament prophylactique ou curatif efficace contre la dengue, mais plusieurs antiviraux spécifiques de la dengue sont en cours de développement. Il s’agit de petites molécules qui ciblent des protéines de l’enveloppe virale (NS1, NS3 et NS5) ou des facteurs de l’hôte tels que les récepteurs cellulaires utilisés par le virus pour les infecter, ainsi que les mécanismes impliqués dans la réplication virale. Le zanamivir fait l’objet d’essais de phase 2 dans le traitement du syndrome de perméabilité vasculaire chez les patients atteints de dengue sévère. Le niclosamide, évalué en phase 1, présente une forte capacité à inhiber la réplication virale et à moduler les voies de signalisation des cellules hôtes. Le JNJ-1802 inhibe quant à lui, la réplication des 4 sérotypes de la dengue en bloquant l’interaction entre des protéines virales essentielles à la réplication du virus. Il fait actuellement l’objet d’un essai clinique de phase 2.

Des anticorps monoclonaux thérapeutiques sont également en cours de développement, pour cibler des protéines virales et bloquer la réplication du virus. L’objectif est d’obtenir des anticorps dits neutralisants qui n’augmentent pas le risque de « facilitation » de l’infection. Celle-ci survient lorsque les anticorps produits lors d’une première infection aggravent la maladie lors d’une infection par un autre sérotype de la dengue, au lieu de protéger contre la réinfection.

La recherche vaccinale 

Le vaccin contre la dengue actuellement disponible, Qdenga, montre une efficacité inégale selon les différents sérotypes du virus et la maladie peut se déclencher chez des personnes vaccinées. La recherche se poursuit donc pour développer un vaccin plus protecteur contre les quatre sérotypes du virus de la dengue, nécessaire pour enrayer l’épidémie mondiale.

Un vaccin tétravalent vivant atténué à dose unique (composé de formes affaiblies de virus vivants modifiés pour être non pathogènes) est développé par le National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID). Il a démontré son efficacité contre les sérotypes 1 et 2 (DEN‑1 et DEN‑2), avec une protection de 73 % chez les personnes qui n’ont jamais été exposées à la dengue et 89 % chez celles précédemment exposées. La protection contre les sérotypes 3 et 4 n’a pas pu être étudiée car ces virus ne circulaient pas lors des essais cliniques de phase 3 menés au Brésil.

Plus d’une dizaine d’autres projets sont en cours à des phases précoces de développement et reposent sur d’autres approches vaccinales : vaccins inactivés, recombinants, à ARN messagers... 

Pour en savoir plus sur les principaux candidats vaccins en cours de développement, consulter Le vaccin contre la dengue, un défi scientifique majeur et un enjeu de santé publique (revue médecine/sciences vol. 40, n°10, octobre 2024)

La lutte anti-vectorielle se muscle

Le recours aux insecticides, contre lesquels les moustiques développent des résistances, et les efforts de réduction des gîtes larvaires, montrent leurs limites et ne permettent pas de freiner l’expansion et la densité des populations de moustiques Aedes. De nouvelles approches sont donc expérimentées.

En particulier, l’infection des moustiques Aedes par la bactérie Wolbachia a permis de réduire très significativement la transmission de la dengue au cours des expérimentations déjà conduites : cette stratégie représente l’une des avancées les plus prometteuses en matière de prévention de cette maladie. Lorsqu’elle infecte le moustique, cette bactérie réduit sa durée de vie et empêche la réplication du virus de la dengue dans son organisme. Deux approches peuvent être utilisées :

La première (stratégie de remplacement), consiste à remplacer les populations sauvages de moustiques Aedes par d’autres infectés par Wolbachia incapables de transmettre la maladie. Des moustiques mâles et femelles porteurs de Wolbachia sont relâchés et se reproduisent avec la population sauvage, transmettant la bactérie qui envahit progressivement toute la population. Un programme, World Mosquito, est en cours pour tester cette stratégie dans une douzaine de pays : Australie, Brésil, Colombie, Indonésie, Sri Lanka, Inde, Vietnam, Kiribati, Fidji, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie, Mexique. Il a permis de réduire la transmission de la dengue de plus de 75 % dans les zones testées. En Nouvelle-Calédonie notamment,le nombre de cas de dengue s’est effondrée et la bactérie Wolbachia s’est durablement installée dans la population de moustiques sauvages.

Dans la seconde approche (stratégie de suppression) la bactérie Wolbachia est utilisée pour réduire la taille des populations de moustiques Aedes. Seuls des mâles sont infectés et relâchés. Ils se reproduisent avec des femelles sauvages et les œufs produits n’éclosent pas. Or, les femelles ne s’accouplent qu’une fois, de sorte que les populations de moustiques peuvent décroître rapidement. Cette approche nécessite toutefois des lâchers réguliers. C’est la stratégie poursuivie par la start-up SymbioTIC à La Réunion. Elle produit des œufs de moustiques mâles stérilisants à grande échelle et envisage prochainement une expérimentation locale.

Une autre option consiste à lâcher des moustiques mâles stériles. C’est le but du projet OpTIS, coordonné par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) en partenariat avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Des mâles sont stérilisés par irradiation puis relâchés. En s’accouplant avec des femelles sauvages, ils produisent là encore des œufs non viables. Des essais menés dans deux communes de la Réunion en 2021 ont induit une chute de plus de 90 % de la densité de moustiques dans l’une d’elles. Il s’agit maintenant de démontrer l’efficacité de cette approche à large échelle dans une zone urbaine. Pour cela des lâchers réguliers sont prévus sur une zone de 200 hectares à Saint-Joseph dans le sud de l’île jusqu’en 2027, à raison de 1 000 mâles stériles par hectare et par semaine. 

Modifier génétiquement des moustiques pour rendre les mâles stériles est aussi envisagé. Une expérimentation a lieu au Brésil avec l’insertion de mâles mutants dans l’environnement. En se reproduisant, ils transmettent aux larves une maladie grave qui entraîne une mort prématurée. Cependant, il n’est pas possible d’utiliser des moustiques génétiquement modifiés en France et en Europe où les OGM sont interdits par la loi.

L’intelligence artificielle facilite ce travail. Couplée à de la vidéo, elle permet de réaliser des analyses des données spatiales, de distinguer les espèces présentes, de compter les populations... L’outil Arbocarto, déjà utilisé depuis plusieurs années par le service de lutte antivectorielle de l’Agence régionale de santé de La Réunion sert à modéliser les zones à forte densité de moustiques à partir de données environnementales et épidémiologiques, afin de prioriser les interventions, là où le risque d’épidémie est le plus élevé.

À découvrir aussi

Pour aller plus loin

  • Dengue – dossier de l’Organisation mondiale de la santé
  • Dengue – dossier de l’ANRS-MIE
  • Dengue – dossier du ministère de la Santé
  • Dengue – dossier de Santé publique France
  • Dengue – fiche de l’Institut Pasteur