Nutrition et santé

 

Avec la collaboration du Pr Serge Hercberg, professeur de nutrition à la Faculté de médecine de Paris 13, directeur de l’unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (UREN - UMR 557 Inserm/Inra/Cnam), directeur de l’unité de surveillance et d’épidémiologie nutritionnelle (USEN -InVS/ISTNA-CNAM), directeur du Centre de recherche en nutrition humaine (CRNH) Ile-de-France (GIS) et du Pr Jean-Michel Oppert, chef de service au Centre de recherche et de médecine de l’obésité(Hôpital de la Pitié-Salpetrière, Paris), chercheur à l’unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (UREN - UMR 557 Inserm/Inra/Cnam) - Octobre 2013.

Les liens entre nutrition et santé sont de mieux en mieux connus. Le risque de développer de nombreuses maladies - cancer, maladies cardiovasculaires, obésité ou encore de diabète de type 2 - peut être réduit en suivant les recommandations nutritionnelles nationales. Fondées sur de multiples études scientifiques, ces recommandations évolueront avec l’acquisition de nouvelles connaissances.

La santé passe par l’assiette et l’activité physique

L’alimentation et l’activité physique sont impliquées dans l’apparition et le développement de la plupart des maladies chroniques les plus fréquentes aujourd’hui. De nombreux travaux ont par exemple montré l’impact de la nutrition sur la survenue de certains cancers, des maladies cardiovasculaires, de l’obésité, de l’ostéoporose, ou encore de troubles métaboliques comme le diabète de type 2 ou l’hypercholestérolémie. La recherche s’est dans un premier temps focalisée sur ces problèmes de santé publique. Mais elle s’élargit aujourd’hui à d’autres domaines : des travaux suggèrent en effet l’existence de liens entre la nutrition et certaines maladies inflammatoires auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde ou les maladies intestinales chroniques inflammatoires (MICI), ou encore les allergies, la dépression, les troubles du sommeil, le déclin cognitif et la dégénérescence oculaire (DMLA, cataracte)…

Par ailleurs, une alimentation suffisante, équilibrée et diversifiée est nécessaire à la croissance, au maintien de l’immunité, à la fertilité (les études épidémiologiques retrouvent une relation dose-effet entre l’indice de masse corporelle et l’hypofertilité masculine) ou encore à un vieillissement réussi (performances cognitives, entretien de la masse musculaire, lutte contre les infections…).

Enfin, si des aliments, des nutriments et des comportements augmentent le risque de développer certaines pathologies, d’autres vont au contraire avoir une action préventive.

Bien manger, tout un programme

Le Programme national nutrition santé (PNNS) propose depuis 2001 des recommandations nutritionnelles pour prévenir l’apparition de certaines pathologies et promouvoir la santé publique. Elles sont fondées sur la consommation des différents types d’aliments et sur la pratique régulière d’une activité physique d’intensité modérée.

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Plan National Nutrition santé - Recommandations et repères. Interview de Sylvie Calvet, Diététicienne à l'hôpital Lariboisière, Paris.

Les recommandations clés sont les suivantes :

  • Les fruits et légumes : au moins 5 portions par jour. Une portion équivaut par exemple à une tomate de taille moyenne, une poignée de haricots verts, un bol de soupe, une pomme, deux abricots, quatre ou cinq fraises… Crus, cuits, natures, préparés, frais, surgelés ou en conserve, peu importe. L’idéal est d’alterner entre fruits et légumes, d’en diversifier les variétés.
  • Les produits laitiers : 3 par jour (3 ou 4 pour les enfants ou les adolescents). Attention aux faux amis : même si la crème fraîche et le beurre sont fabriqués à partir du lait, ils ne sont pas considérés comme des produits laitiers mais comme des matières grasses. Quant aux desserts lactés (crèmes desserts, flans…), ils contiennent souvent trop peu de lait pour appartenir à la catégorie des produits laitiers.
  • Les féculents : à chaque repas et selon l’appétit. Entre dans ce groupe d’aliments : le pain, les céréales (riz, blé, orge, avoine, seigle…) et les légumineuses (lentilles, fèves, pois chiches, haricots secs…). Les céréales complètes et les produits qui en contiennent sont particulièrement intéressants pour la santé.
  • Viande, poisson, œuf : 1 à 2 fois par jour. Il est recommandé de consommer du poisson ou d’autres produits de la pêche au moins deux fois par semaine. Attention, les enfants n’ont pas les mêmes besoins qu’un adulte : la portion conseillée de viande, poisson ou œuf d’un enfant de 3 ans est d’environ 50 g (soit un demi-steak haché, par exemple).
  • Matières grasses : à limiter. Il convient en particulier de limiter la consommation d’aliments qui contiennent des graisses saturées (viennoiseries, pâtisseries, charcuteries, chips, beurre, sauces..).
  • Produits sucrés : à limiter. Si la confiture sur les tartines du petit-déjeuner et quelques biscuits pour un goûter, en quantité raisonnable, sont compatibles avec un bon état nutritionnel, il faut limiter la consommation de sodas, de pâtisseries, de confiseries…
  • Sel : à limiter. Attention au sel « caché » dans les plats préparés, les charcuteries, les biscuits apéritifs… Concernant le sel « ajouté », mieux vaut privilégier le sel iodé.
  • Eau : à volonté pendant et entre les repas. La consommation de boissons alcoolisées ne doit pas dépasser deux verres de vin de 10cl par jour pour les femmes et 3 pour les hommes.
  • Activité physique : au moins l’équivalent de 30 minutes de marche rapide par jour pour les adultes (au moins 1 heure pour les enfants et les adolescents). Il faut éviter toute forme de sédentarisation au domicile par exemple celles induites la télévision ou les jeux vidéo.

Ces recommandations sont complétées par les « apports nutritionnels conseillés » (ANC), publiés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES). L’Agence indique, par population (enfants, adultes, personnes âgées, femmes enceintes…), les niveaux optimaux de consommation énergétique (calories) et nutritionnelle (par nutriments). Globalement, l’apport conseillé est en moyenne de 2 400 à 2 600 calories par jour pour un homme adulte et de 1 800 à 2 200 pour une femme en fonction de sa taille, de son poids, son niveau d’activité physique. Les apports en glucides doivent couvrir environ 55 % des apports nutritionnels quotidiens, les apports lipidiques 30 à 35 %, les apports protéiques couvrant le reste, soit 10 à 15 %. L’Agence émet également des recommandations sur la consommation de nutriments comme le sel, le calcium, le fer ou encore certaines vitamines. Des données chiffrées qui peuvent vite faire tourner les consommateurs à la névrose… Il est plus simple de retenir que ces « doses » sont facilement atteignables en respectant les consignes du PNNS et en diversifiant le plus possible les aliments que l’on consomme.

Ces régimes amaigrissants qui font grossir
Un des inconvénients majeurs des régimes amaigrissants semble être… la prise de poids ! Une expertise scientifique de l’ANSES montre que la restriction calorique et les déséquilibres alimentaires entrainés par au moins quinze régimes populaires et très diffusés auprès du grand public, sont associés à une reprise de poids. En cause : des modifications du métabolisme énergétique et la diminution de la masse corporelle métaboliquement active (masse maigre). En outre, l’expertise pointe du doigt des risques pour la santé osseuse, le système cardiovasculaire et les reins, ainsi que la possibilité de perturbations psychologiques de type anorexie/boulimie en cas de régime très strict. L’Agence rappelle en conséquence qu’un régime amaigrissant n’est pas anodin et doit faire l'objet d'une prise en charge par un spécialiste en nutrition.

Un programme national fondé sur des preuves scientifiques

Les recommandations nutritionnelles reposent essentiellement sur des études épidémiologiques et cliniques, couplées à des données mécanistiques issues de la recherche fondamentale. Il s’agit notamment d’études dites prospectives, qui permettent d’explorer les liens entre l’exposition à un aliment et le risque de développer une maladie. Grâce à ce type d’étude, il est possible de définir des seuils de consommation en deçà desquels le risque de développer une maladie est significativement plus faible. Par exemple, dans le cas du cancer, le Fond mondial de recherche contre le cancer a analysé plus de 7 000 études épidémiologiques sur les relations entre alimentation et cancer pour en extraire des informations validées. Un groupe d’experts a ensuite analysé ces relations, évalué leur caractère causale, déterminé des niveaux de preuve et élaboré des recommandations nutritionnelles en cas de niveaux de preuve élevés.

L’atteinte des objectifs sous la contrainte des disparités socio-économiques

Plusieurs études menées entre 2001 et 2008 sur des échantillons représentatifs de la population ont permis d’évaluer les habitudes alimentaires et d’activité physique des Français, et de suivre leur évolution pendant cette période. Les résultats montrent que les Français connaissent de mieux en mieux certaines consignes du PNNS. Toutefois, il apparaît aussi que les niveaux de connaissance et l’application des recommandations nutritionnelles progressent avec de fortes disparités socio-économiques.

L’Etude nationale nutrition santé (ENNS) coordonnée par l’Institut de veille sanitaire (InVS) auprès de 3 880 adultes et enfants a montré que seulement 42 % des adultes et moins de 20 % des enfants consommaient au moins cinq fruits et légumes par jour en 2006. Par ailleurs, 57 % des hommes et 77 % des femmes avaient des apports en calcium inférieurs aux ANC. Autre observation, les apports en glucides représentaient à peine de 45 % des apports énergétiques totaux chez les adultes contre les 55 % recommandés, avec une insuffisance d’apports en fibres.

Le Baromètre santé nutrition 2008, étude menée par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) et réalisée auprès de 4 714 personnes de 12 à 75 ans, a quant à lui montré que le prix des fruits et légumes était un frein à leur consommation pour plus de 42 % des Français en 2008 (contre à peine 15 % en 2002), ou encore que le niveau de connaissance sur les aliments était corrélé au niveau de diplôme et/ou de revenus. A l’époque, seulement 10 % des adultes connaissaient la recommandation sur la consommation des féculents (à chaque repas) et à peine un quart connaissait les recommandations pour les produits laitiers (3 par jour).

Plus récemment, les premiers résultats de l’étude NutriNet-Santé montrent que certains messages commencent à être mieux connus : 85 % des participants à cette enquête connaissent parfaitement les repères de consommation pour les fruits et légumes et pour le poisson. Mais ils ne sont que 39 % à connaitre celui concernant les produits laitiers et seulement 22 % à savoir qu’il faut consommer des féculents à chaque repas. Cette étude met également en évidence un gradient Nord-Sud dans la consommation de fruits et légumes, une France du beurre et une France de l’huile (notamment de l’huile d’olive). Les régions du Nord et de l’Est de la France sont caractérisées par des apports alimentaires moins favorables, en raison des traditions régionales de consommation et de facteurs socio-économiques. Concernant le gradient socio-économique, la consommation de fruits et légumes est 40 % plus élevée chez les cadres supérieurs par rapport aux ouvriers et employés.

Les liens entre nutrition et santé plus que jamais d’actualité pour la recherche

De nombreuses équipes de recherche, notamment à l’Inserm, travaillent sur les liens entre nutrition et santé au travers d’études épidémiologiques, cliniques et biologiques. Les domaines étudiés sont notamment ceux de l’obésité et de la santé cardiovasculaire, du cancer, du système digestif, de la flore intestinale, du tissu adipeux mais également ceux de l’allergie ou de la toxicologie.

Préparation de prélèvement de tissus adipeux de patient

Préparation de prélèvement de tissus adipeux de patient

La recherche fondamentale permet d’étudier l’impact de certains nutriments au niveau cellulaire et moléculaire, sur des fonctions physiologiques ou encore, de façon plus récente, sur la composition de la flore intestinale. La recherche clinique permet de suivre des personnes malades et d’étudier l’impact de la consommation de certains nutriments ou de l’activité physique. L’objectif est de mieux comprendre le développement des pathologies chroniques liées à la nutrition et d’innover dans la prévention comme dans les prises en charge thérapeutiques. Par exemple, des études indiquent qu’un apport suffisant d’acides gras oméga 3 paraît bénéfique chez les patients atteints de dépression.

Enfin, des études de cohortes permettent de suivre sur le long terme les comportements alimentaires et l’activité physique d’une population, puis de les corréler à l’état de santé. Ces études nécessitent de suivre un très grand nombre de personnes pour disposer d’une puissance statistique suffisante. Elles nécessitent de prendre en compte de très nombreux facteurs pouvant influer sur la survenue de maladies (antécédents de santé, milieu socio-économique, lieu de vie…). La plus grande étude nationale nutritionnelle en cours est NutriNet-Santé (cf encadré).

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Xavier Leverve, directeur scientifique du secteur " Nutrition humaine et sécurité des aliments " INRA, Paris

D’autres études en sciences humaines et sociales permettent d’analyser les déterminants des comportements alimentaires et d’identifier les freins à une alimentation et une activité physique favorables à la santé. Qu’est ce qui détermine les choix des consommateurs quand ils font leurs courses ? Quel est l’impact des messages de prévention nutritionnelle ? Des travaux menés en 2011 (Etude ABENA) ont par exemple montré des fréquences très faibles de consommation d’aliments favorables à la santé en population précaire. Dans cette même population, une forte prévalence de l’obésité, chez les femmes en particulier, couplées à diverses carences nutritionnelles a également été mise en évidence.

Une autre étude conduite dans le cadre du projet Epipref, en collaboration avec le Centre des sciences du goût et de l’alimentation (CSGA, INRA, Dijon), a mis en évidence une forte attirance pour le salé, le sucré et le gras associée aux profils alimentaires défavorables à la santé et à l’obésité.

Autant de données qui fournissent des éléments de décision pour orienter les politiques publiques dans le domaine de la nutrition de santé publique.

NutriNet-Santé cuisine la toile
NutriNet-Santé rassemble à ce jour près de 250 000 internautes adultes volontaires. Parmi eux, environ la moitié répondent très régulièrement à des questionnaires en ligne, sur leur mode de vie, leurs comportements, leurs consommations alimentaires, leur activité physique... L’objectif est de les suivre pendant plusieurs années et de déterminer les facteurs nutritionnels, les comportements et les facteurs d’environnement qui ont une influence sur la santé pour conforter et/ou affiner les recommandations nutritionnelles et orienter les politiques publiques de prévention. Environ 15 000 d’entre eux acceptent également de donner des échantillons d’urine et de sang pour constituer une banque biologique. Elle servira ultérieurement à identifier des biomarqueurs spécifiques de déséquilibres nutritionnels ou prédictifs de certaines maladies. NutriNet-Santé fait appel en permanence à de nouveaux volontaires pour rejoindre la cohorte des « nutrinautes ».

Un élan international

Des études épidémiologiques de grande ampleur sont en cours ou en projet dans d’autres pays d’Europe ou en Amérique du Nord. L’objectif est, à terme, de rassembler toutes les données pour recouper les résultats et les affiner. Par ailleurs, des programmes européens visent à harmoniser les méthodes d’investigation en recherche nutritionnelle, afin de pouvoir mettre en place de grands essais d’intervention dans différents pays d’Europe. On cherche par exemple à harmoniser les méthodes permettant de mesurer les différents aspects de la consommation alimentaire ou de la composition corporelle.

METACARDIS, un programme de recherche qui vient de débuter, subventionné par la Commission Européenne et coordonné par l’Institut cardiométabolisme et nutrition (ICAN), regroupe six pays européens. Ce projet qui se déroulera sur cinq ans vise à mieux comprendre l’impact des changements de la flore intestinale sur l’apparition et la progression des maladies cardio-métaboliques et des pathologies associées.

Pour aller plus loin

Dossiers d’information

Actualités

Rapport d'Expertises collectives

Inégalités sociales de santé en lien avec l’alimentation et l’activité physique (2014)
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