Cellules familiales – C’est quoi le microchimérisme ?

Vous saviez probablement déjà que votre organisme abrite des milliards de microorganismes qui lui sont bénéfiques, le fameux microbiote. Mais saviez-vous qu’il contient aussi des cellules humaines qui ne sont pas les vôtres ? C’est votre mère qui vous les a transmises. Mais ce ne sont pas forcément les siennes…

Nous partageons bien plus qu’on ne l’imagine avec notre famille ! En cherchant bien, on trouve chez chacun d’entre nous des cellules qui ne portent pas notre patrimoine génétique personnel mais celui de notre mère, voire de notre grand-mère et/ou de nos frères et sœurs jumeaux ou aînés, ou de nos oncles et tantes, même s’ils ne sont finalement pas nés ! Nous sommes donc tous des êtres chimériques – composés de cellules de plusieurs personnes – ou plus exactement « microchimériques » car ces cellules étrangères ne représentent qu’environ 0,1 % de toutes celles qui nous composent.

Ce phénomène surprenant est lié à un transfert bidirectionnel de cellules entre le fœtus et sa mère au cours de la grossesse : des cellules maternelles passent dans l’organisme de l’enfant à naître et réciproquement. Une fois transmises, certaines de ces cellules s’installent durablement, pour plusieurs décennies ou peut-être même toute la vie. Dès lors, une femme qui a déjà été enceinte possède des cellules issues de chacun des fœtus qu’elle a portés (même si la grossesse s’est interrompue), en plus des cellules qu’elle a elle-même reçues de sa propre mère. Des cellules d’origines variées qu’elle peut transmettre tout autant que les siennes à ses enfants.

Schéma représentant une femme un bébé et une petite fille. Le corps de la femme (mère) contients quelques cellules issues des deux enfants, celui du bébé des cellules de sa mère et de sa soeur, celui de la petite fille des cellules de sa mère.

Pendant la grossesse, ce phénomène participe à la mise en place d’une tolérance immunitaire réciproque : les cellules fœtales transfuges interviennent dans l’éducation du système immunitaire maternel et inversement, pour qu’ils apprennent à ne pas s’attaquer l’un l’autre. De façon similaire, le microchimérisme peut faciliter des greffes d’organe au sein d’une famille lorsque le donneur et le receveur ne sont a priori pas « compatibles ».

Plus fort encore, les cellules microchimériques pourraient aider à réparer des tissus abîmés de l’organisme dans lequel elles se sont établies. Comme des cellules souches, des signaux émis dans l’organisme peuvent les mobiliser, les conduire à migrer vers une lésion, à s’y multiplier et à contribuer à réparer les dégâts. Ce comportement a été étudié dans la cicatrisation de lésions de la peau, mais il pourrait aussi intervenir dans la réparation de dommages cérébraux, par exemple après un AVC.

Revers de la médaille, les cellules microchimériques peuvent favoriser le dérèglement du système immunitaire et jouer un rôle dans le développement de maladies auto-immunes comme la polyarthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques. Tout dépend de leur quantité et de leurs caractéristiques génétiques. Cela explique pourquoi ces maladies touchent plus particulièrement les femmes : le plus souvent, leur organisme contient davantage de cellules microchimériques que celui des hommes – non seulement celles issues de leur mère, mais éventuellement d’autres encore, d’origine fœtale.

Les recherches menées sur ces cellules transfuges devraient dès lors ouvrir différentes pistes thérapeutiques ingénieuses. Apprendre à mobiliser et contrôler leurs propriétés réparatrices permettrait de développer des nouvelles formes de thérapies cellulaires, tandis que savoir neutraliser leurs effets délétères sur le système immunitaire pourraient conduire à des avancées dans la prise en charge de certaines maladies auto-immunes.

Pour en savoir plus et découvrir les travaux de recherche de :

  • Nathalie Lambert sur le rôle du microchimérisme dans les maladies auto-immunes,
  • Sélim Aractingi sur le pouvoir réparateur des cellules fœtales établies dans le corps des mères,

regardez Microchimérisme : des cellules étrangères sont en nous !, une vidéo du Blob l’extra-média :

Et pour aller plus loin, découvrez Les cellules buissonnières, un livre de la journaliste scientifique Lise Barnéoud paru en 2023 aux éditions Premier parallèle (voir aussi l’article paru à l’occasion de sa sortie dans le magazine de l’Inserm n°59)


Nathalie Lambert est directrice de recherche Inserm dans l’unité Arthrites microchimérisme et inflammations (Arthemis, unité 1097 Inserm/Aix-Marseille Université) à Marseille. Sélim Aractingi est coresponsable de l’équipe Biologie cutanée à l’Institut Cochin (unité 1016 Inserm/CNRS/Université Paris-Cité) à Paris.

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