Grippe

Dossier réalisé en collaboration avec Bernadette Murgue, Institut de microbiologie et des maladies infectieuses (Aviesan) - Janvier 2012.

Un virus très instable

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C'est quoi un virus ?

La grippe est due à une infection par les virus influenza, de type A, B ou C. Les virus actuellement en circulation et pathogènes pour l’homme appartiennent aux groupes A et B.
Pour les virus de type A, il existe une classification en sous-types déterminés par les protéines présentes à leur surface : hémagglutinine (H1 à H15) et neuraminidase (N1 à N9).

Les virus de la grippe se modifient en permanence et entraînent l’apparition incessante de nouvelles souches classées selon leur origine géographique et leur année d’isolement. Chacune d’entre elles échappe ainsi à la réponse immunitaire pré-existante de l’hôte et peut infecter une personne déjà touchée précédemment par un autre variant.

Exceptionnellement, un virus de grippe A peut émerger du réservoir animal et infecter l’homme, c’est ce qui s’est produit avec le virus H5N1 (grippe aviaire) et plus récemment avec le virus A(H1N1)2009.

 

Virus de la grippe - La grippe saisonnière produit fièvre, fatigue et courbature. Voilà pour la partie visible, symptomatique, de la maladie. Son virus Influenza A/H5N1 pénètre nos cellules et en modifie le fonctionnement. Cette image par microscopie confocale montre des cellules humaines infectées par la grippe. L'activité des facteurs nucléolaires, centre de synthèse des ribosomes dans le noyau de chaque cellule, est modifiée par l'attaque virale. Représentation tridimensionnelle en isosurface réalisée au Centre Commun de Quantimétrie, UCBL1, Lyon.

Virus de la grippe : virus H5N1

Au cours des XXe et XXIe siècles, 4 sous-types de grippe A ont provoqué des épidémies massives chez l’homme :

  • 1918 A(H1N1) grippe espagnole (près de 20 millions de morts)
  • 1957 A (H2N2), grippe asiatique partie de Chine (environ 2 millions de morts)
  • 1968 A (H3N2), grippe de Hong Kong (un million de morts donc 40 000 en France)
  • 2001 A (H1N2)
  • A(H1N1)2009
     

Souche A(H1N1)2009 : un réassortiment inédit de virus
Dès mars 2009, une nouvelle souche de virus grippal A(H1N1)2009 se propage dans le monde entier. Cette grippe apparue au Mexique est causée par un virus A(H1N1) issu d’un réassortiment inédit entre des virus d’origine porcine, aviaire et humaine, ce qui explique la forte susceptibilité de la population à ce nouveau variant. En France métropolitaine, entre 13 et 24 % de la population a été infectée contre habituellement 3 à 8 % pour la grippe saisonnière. Bien que le virus n’ait pas présenté de dangerosité particulière, les personnes de moins de 65 ans ont représenté 75 % des décès contre 10 % en cas de grippe saisonnière. Quelques groupes à risque ont été identifiés : des sujets jeunes, sains et sans facteur de risque ainsi que les femmes enceintes et les personnes obèses. Dès la saison 2010-2011, l’épidémie grippale est revenue à un niveau normal avec un virus A(H1N1)2009 devenu saisonnier.
Source : InVS

Des épidémies saisonnières importantes

2,5 millions de Français touchés chaque année

La grippe saisonnière - Fotolia

La grippe saisonnière

La grippe saisonnière touche chaque année de 3 à 8 % de la population française. En moyenne, 2,5 millions de personnes sont concernées chaque année. L’épidémie survient entre les mois de novembre et d’avril, débute le plus fréquemment fin décembre - début janvier et dure environ 9 semaines. Entre 25 % et 50 % des consultations concernent des jeunes de moins de 15 ans. Les plus de 65 ans représentent 5 à 11 % des cas mais paient le plus lourd tribut, avec la quasi-totalité (90 %) des 1 500 à 2 000 décès annuels liés à la grippe.

La grippe se caractérise par une forte fièvre accompagnée d’une toux, de céphalées, de douleurs musculaires et articulaires et d’un malaise général. La plupart des sujets guérissent spontanément en une semaine mais la grippe peut se compliquer et entraîner une hospitalisation ou un décès. Les enfants de moins de deux ans sont les plus à risque d’une forme sévère ainsi que les adultes de 65 ans ou plus et les personnes présentant certaines maladies chroniques ou un affaiblissement du système immunitaire. Les complications les plus fréquentes sont les pneumonies, les exacerbations de bronchite chronique ou de mucoviscidose, la décompensation de l’asthme.

 

Un poids socioéconomique élevé

Au niveau mondial, les épidémies annuelles de grippe sont responsables d’environ trois à cinq millions de cas graves, et 250 000 à 500 000 décès. La plupart d’entre eux surviennent chez les personnes âgées de 65 ans ou plus. La grippe entraîne chaque année des conséquences économiques importantes. En France, en période épidémique, près de 70 % des adultes grippés ayant un emploi ont en moyenne 4,8 jours d’arrêt de travail provoquant un absentéisme évalué à 2 millions de journées de travail pour les épidémies faibles et jusqu’à 12 millions pour les épidémies intenses, qui peuvent désorganiser la vie économique et sociale.
Source : GROG (Groupes Régionaux d'Observation de la Grippe)

La grippe, sous surveillance mondiale

Publication du bulletin épidémiologique du réseau Sentinelles, carte de la grippe, semaine 200935. Le réseau Sentinelles est un réseau de 1300 médecins généralistes libéraux, bénévoles et volontaires répartis sur le territoire métropolitain français. Ce réseau, créé en novembre 1984 par le Professeur Alain-Jacques Valleron, est animé par l'Unité Mixte de Recherche en Santé UMR S 707 Inserm -Université Pierre et Marie Curie dirigée par le Professeur Guy Thomas. L'activité du réseau Sentinelles, plateforme nationale de recherche et de veille en médecine générale, développe trois axes principaux de travail. La surveillance continue avec dix indicateurs de santé : grippe, diarrhée aiguë (gastro-entérite), oreillons, varicelle, zona, urétrite masculine, maladie de lyme, crise d'asthme, tentatives de suicide et recours à l'hospitalisation ; la recherche scientifique et le système d'information. Faculté de médecine Pierre et Marie Curie, site Saint Antoine, Paris.

UMR S 707 "Réseau Sentinelles" - Publication du bulletin épidémiologique du réseau Sentinelles, carte de la grippe.

L'extrême variabilité des virus de la grippe et leur capacité de diffusion ont conduit les autorités sanitaires nationales et internationales à mettre en place depuis 1952 une surveillance "rapprochée" virologique, épidémiologique et clinique.

L'OMS dispose de 4 grands centres mondiaux de la grippe à Atlanta, Londres, Melbourne et Tokyo, qui collectent les informations en provenance de 134 centres nationaux répartis dans 104 pays. Chaque année, plus de 175 000 échantillons sont prélevés auprès de malades partout dans le monde et près de 2 000 virus sont étudiés par ces centres.

En France, il existe deux centres nationaux de référence de la grippe (CNRG) : à l'Institut Pasteur de Paris et à la faculté de médecine de Lyon. Ces CNRG collaborent avec le réseau Sentinelles de l’Inserm et les groupes régionaux d'observation de la grippe (GROG) constitués de plus de 600 médecins vigies (généralistes, pédiatres, unités militaires), de pharmaciens et de laboratoires spécialisés (CHU et CNR).
L’Institut de veille sanitaire (InVS) coordonne la surveillance de la grippe en France. Il s’appuie sur les deux réseaux GROG et Sentinelles ainsi que sur les signalements des services d’urgence, de réanimation ou encore un réseau de médecins hospitaliers.

 

Depuis janvier 2012, le suivi des épidémies de grippe en France passe aussi par le site internet GrippeNet : mis en place par le réseau Sentinelles (unité mixte de recherche Inserm – Université Pierre et Marie Curie) et l’Institut de Veille Sanitaire ce dispositif permet le recueil de données épidémiologiques sur les syndromes grippaux directement auprès de la population française. Ces données complètent celles émanant des systèmes de surveillance traditionnels. Elles permettent notamment d’obtenir des informations relatives aux personnes qui ne consultent pas de services de santé lorsqu’elles sont atteintes par un syndrome grippal. Les informations recueillies via GrippeNet sont utilisées à des fins de recherche, pour mieux comprendre la diffusion des épidémies de grippe, étudier les facteurs de risque liés à la maladie, ou encore connaître le comportement de la population vis-à-vis de la maladie.

Un vaccin contre la grippe révisé chaque année

Vaccin contre la grippe - Copyright fotolia

Vaccin contre la grippe

Les modifications permanentes des virus rendent indispensable l’actualisation annuelle du vaccin. Sa composition est fixée chaque année en février, à partir des recommandations de l'OMS qui tient compte des observations de son réseau mondial de surveillance de la grippe. Il comprend chaque année les particules virales inactivées des trois souches les plus récentes en circulation.

Quand se faire vacciner ?

Dans l’hémisphère nord, l’épidémie de grippe survient en général entre novembre et avril. Le vaccin procure une immunité deux à trois semaines après l’injection. Il est donc utile de se faire vacciner dès le mois d’octobre, dès que le vaccin est disponible. La durée de la couverture vaccinale est d’un an maximum chez les personnes âgées ou immunodéprimées. Pour les personnes de moins de 60 ans, la vaccination est également conseillée tous les ans en raison de la variabilité des souches circulantes d’une année sur l’autre.

Qui doit se faire vacciner ?

La vaccination est recommandée et remboursée pour les personnes à risque mais peut être effectuée pour tous les individus à partir de l'âge de 6 mois. L’objectif de santé publique est une couverture vaccinale d’au moins 75 % dans tous les groupes à risque et particulièrement les personnes de plus de 65 ans.
Consulter la liste complète des recommandations de vaccination

Des mesures d’hygiène fondamentales

Le virus se transmet facilement d’une personne à l’autre par des gouttelettes projetées dans l’air par les malades lorsqu’ils toussent ou éternuent. Le virus se trouve également sur les mains des personnes infectées et sur les surfaces qu'elles touchent (poignées de porte, linge de toilette, jouets, etc.). Les lieux confinés et très fréquentés (métro, bus, collectivités scolaires…) sont propices à la transmission.
Photo Fotolia

Limiter la transmission

Des mesures d'hygiène fondamentales contre la grippe - Fotolia

Des mesures d'hygiène fondamentales contre la grippe

Des mesures d’hygiène simples permettent de limiter la transmission : limiter, voire éviter, les contacts entre les personnes grippées et l’entourage, se couvrir la bouche ou le nez à chaque toux ou éternuement, se moucher dans des mouchoirs en papier à usage unique jetés dans une poubelle recouverte d’un couvercle, se laver les mains régulièrement.

Un traitement symptomatique

Les patients guérissent le plus souvent spontanément. Le traitement est donc avant tout dirigé contre les symptômes : hydratation correcte, médicaments contre la fièvre, contre les douleurs, contre la toux…Un traitement antiviral spécifique peut cependant être utile dans certains cas, s'il est prescrit au tout début de la maladie. Il s’agit des inhibiteurs de la neuraminidase (oseltamivir, zanamivir). Ils diminuent la durée et l’intensité des symptômes. Les antibiotiques ne sont en aucun cas indiqués en cas de grippe puisqu’ils éliminent les bactéries et non les virus.

Une recherche multidisciplinaire dopée par l’épidémie 2009

L’ensemble des projets de recherche couvrent principalement les aspects clinique et épidémiologique de l’infection. Dans le cadre de l’alerte pandémique liée au virus A(H1N1)2009, près de 25 nouveaux projets de recherche ont été lancés en France.

Cas graves et groupes à risque

Lors de l’épidémie 2009, un registre portant sur la grippe dans les services de réanimation a permis d’obtenir une description des cas graves. Ce registre a notamment permis de montrer que les personnes obèses représentaient près de 30 % de ces cas mais aussi que, dans 20 % des cas, les patients ne présentent aucun facteur de risque. Une autre population à risque a été largement étudiée, il s’agit des femmes enceintes avec une cohorte de 315 personnes pour évaluer l’impact du virus A(H1N1)2009. Les résultats ont confirmé la sensibilité accrue de ces femmes au virus, notamment au cours du troisième trimestre de grossesse. Ils ont permis de montrer que les formes sévères sont plus fréquentes chez les femmes enceintes présentant des pathologies associées et que l’administration d’un antiviral de façon précoce diminue les complications.

Vaccination au sein de populations immunodéprimées

Plusieurs études ont également porté sur des populations vulnérables et notamment les personnes infectées par le VIH et dont le système immunitaire est altéré. L’une d’elles a par exemple montré que le vaccin avec adjuvant induit une meilleure réponse immunitaire que la version sans adjuvant dans cette population. D’autres études ont également montré que le vaccin ne procure pas une bonne protection chez les transplantés rénaux, les patients atteints de mucoviscidose ou encore les receveurs de cellules souches hématopoïétiques.

Enfin, une étude toujours en cours est destinée au suivi à long terme des séquelles après un épisode sévère d’infection par le virus A(H1N1)2009.

Pourquoi les Français n’ont-ils pas adhéré à la campagne de vaccination 2009 ?
Dès le lancement de la campagne de vaccination contre le virus A(H1N1)2009, une équipe de l’Inserm a étudié les déterminants de vaccination chez 882 femmes enceintes (1). Près de 63 % d’entre elles n’ont pas été vaccinées alors que le vaccin était recommandé chez ces personnes à risque. Les auteurs ont constaté que l’origine géographique et le statut socioéconomique influaient sur la vaccination. Cette étude a permis de montrer que des mesures d’incitation ciblées seront nécessaires si un tel événement venait à se reproduire.
En novembre 2009, l’Inserm a interrogé sur Internet 2 253 individus âgés de 18 à 64 ans pour mieux comprendre les comportements de protection contre la grippe A(H1N1)2009 (2). Les résultats ont montré que seulement 17 % d’entre eux se sont fait vacciner ou avaient l’intention de le faire. Les auteurs ont identifié plusieurs facteurs contribuant à la vaccination (âge de plus de 35 ans, enfant au sein du foyer ou encore vaccination contre la grippe saisonnière au cours des dernières années) mais le critère le plus déterminant est le rôle des médecins généralistes, pourtant écartés du dispositif lors de l’épidémie. Près de 60 % des personnes ayant reçu une recommandation de leur médecin en faveur de la vaccination se déclaraient prêtes à le faire alors qu’elles n’étaient que 11 % en l’absence de recommandation.
(1) Freund et coll. COFLUPREG Inserm Study Group Collaboration(s). Determinants of Non-Vaccination against Pandemic 2009 H1N1 Influenza in Pregnant Women: A Prospective Cohort Study. PLoS One 6, 6 (2011) e20900.
(2)Low acceptability of A/H1N1 pandemic vaccination in French adult population: did public health policy fuel public dissonance? PLoS One 2010 Apr 16;5(4):e10199.

Facteurs de risque d’infection en population générale

Des suivis de cohortes se poursuivent actuellement. Le programme COPANFLU devrait être riche d’enseignements. Il s’agit d’une étude en population générale permettant d’évaluer des déterminants individuels et collectifs du risque d’infection par A(H1N1)2009, par exemple le taux d’anticorps résiduels, le mode de vie ou encore le statut socioéconomique. Il comprend trois volets, l’un en France métropolitaine, un deuxième à la Réunion désormais achevé et un troisième dans plusieurs pays en voie de développement (Laos, Sénégal, Bolivie et Mali). Le volet Réunion (1) a déjà montré que parmi les personnes infectées lors de l’épidémie A(H1N1)2009, deux tiers n’ont pas développé de symptômes, que les moins de 20 ans étaient les plus touchés et qu’un certain taux d’anticorps au moment de l’épidémie protégeait de l’infection.
D’autres travaux visent à modéliser la transmission virale. L’un d’eux (2) a permis d’évaluer le risque d’épidémie dans une école primaire (6-12 ans) en relevant le nombre et la nature des contacts entre les individus. Les auteurs ont rapporté plus de 75 000 contacts entre 242 personnes en deux jours ! Autant de sources de contamination à prendre en compte pour développer des campagnes de prévention en cas d’épidémie.
Références:
(1) Dellagi et coll. Pandemic influenza due to pH1N1/2009 virus: estimation of infection burden in Reunion Island through a prospective serosurvey, austral winter 2009. PLoS One 2011;6(9):e25738.
(2) Stehlé et coll. High-resolution measurements of face-to-face contact patterns in a primary school. PLoS One 2011;6(8):e23176. Epub 2011 Aug 16.

Pour en savoir plus

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