AccueilActualitéScienceLe cholestérol passe à la casserole !Le cholestérol passe à la casserole ! Publié le : 15/01/2026 Temps de lecture : 7 min Actualité, Science« Bon » ou « mauvais » cholestérol, là n’est pas la question : cet élément est indispensable à notre organisme… Mais il peut finir par avoir des conséquences délétères sur notre santé cardiovasculaire si les véhicules qui l’acheminent partout dans notre organisme n’en profitent pas pour nettoyer nos artères des excédents inutiles. Au niveau cellulaire, la mécanique s’enraye lorsque la cellule est empêchée d’estimer la quantité de cholestérol à sa disposition. Comment assurer une bonne transmission de l’information, gage d’une production adaptée de cholestérol ?Cet article est la retranscription de l’émission « Eurêka » diffusée sur l’antenne de RCF Alsace le 18 décembre 2025, en partenariat avec la Délégation régionale Inserm Est. Cet épisode est réécoutable en cliquant ici.C’est un nom qui nous est familier et que certains redoutent à la lecture des résultats d’une prise de sang : le cholestérol. Voilà pourtant une molécule qui nous rend bien des services ! Certes, elle fait partie de la famille des lipides, c’est-à-dire des corps gras, ce qui explique sans doute pourquoi on a tendance à l’associer à quelque chose qu’il conviendrait d’éviter. Mais le cholestérol est essentiel à la composition des membranes qui entourent nos milliards de cellules, il participe à la formation des connexions entre nos neurones (les fameuses synapses), et il permet la sécrétion de substances telles que la vitamine D ou encore certaines de nos hormones… Bref, « avoir du cholestérol » comme on l’entend souvent, c’est tout simplement vital ! D’ailleurs, notre organisme en fabrique lui-même, principalement dans le foie.Alors pourquoi donc entendons-nous parfois parler de « mauvais » cholestérol ? Cette appellation est trompeuse : il n’existe en réalité qu’un seul cholestérol, dont l’impact sur notre organisme peut s’avérer bon… ou mauvais s’il est présent en excès. Mais figurez-vous que ce n’est pas tant notre molécule en tant que telle qu’il faut incriminer, mais le véhicule qui la transporte.Pour être acheminé depuis le foie vers les cellules qui en ont besoin, partout dans notre corps, le cholestérol voyage dans le sang ; certains véhicules qu’il emprunte pour ce faire sont chargés en retour de collecter les molécules de cholestérol « usagées » ou superflues, et de les réacheminer vers le foie, qui les recyclera ou les éliminera. Mais d’autres véhicules n’ont pas cette vertu, aboutissant à une accumulation de cholestérol qui finira par former des plaques abimant et bouchant nos vaisseaux sanguins. En d’autres termes, les premiers véhicules agissent comme un mécanisme de nettoyage des artères en rapatriant les lipides excédentaires vers le foie, tandis que les seconds se contentent de livrer les lipides aux cellules.Par abus de langage, on parle de « bon cholestérol » dans le premier cas et de « mauvais cholestérol » dans le second, alors que ce n’est pas le passager qui change mais bien le comportement du chauffeur, et parmi eux la proportion des nettoyeurs par rapport aux livreurs.Là où le bât blesse, c’est qu’une obstruction des vaisseaux, liée donc à une quantité accumulée de cholestérol dépassant les besoins de nos cellules, n’a rien de bon ; cette situation élève même drastiquement le risque de maladies cardiovasculaires.C’est notamment le cas de l’athérosclérose, pathologie liée au dépôt de lipides sur la paroi interne des artères suite à un déséquilibre entre leur taux en circulation et leur élimination. Ces dépôts constituent alors des plaques, qui s’accumulent silencieusement et peuvent finir par se rompre sous la pression, provoquant la formation d’un caillot sanguin. Celui-ci pourra alors se nicher dans un vaisseau ailleurs dans l’organisme (par exemple au niveau du cœur ou du cerveau), réduisant brutalement le débit sanguin. Lorsque ce phénomène se prolonge, le manque d’oxygène entraîne la mort des cellules concernées, avec des conséquences souvent dramatiques. L’athérosclérose est l’une des principales causes de l’infarctus du myocarde, appelé communément « crise cardiaque », ou encore d’accidents vasculaires cérébraux. Rappelons que les maladies cardiovasculaires constituent en France la première cause de décès chez les femmes et la deuxième chez les hommes.Améliorer la prévention et développer des traitements spécifiquesDu fait des maladies qu’elle est susceptible d’entraîner, l’athérosclérose constitue un enjeu de santé publique crucial. Pour autant, même si l’apparition de ces plaques semble corrélée à un taux trop élevé de cholestérol, on ne connaît pas exactement les causes de leur développement. Diagnostiquer la présence de ces lésions nécessite des investigations poussées et invasives. Pour le moment, nous n’avons pas identifié de marqueur biologique qui permettrait de déterminer – par exemple à partir d’une prise de sang – la présence de plaques, et donc d’évaluer le risque de survenue d’un accident.Pour améliorer la prévention et développer des traitements plus spécifiques, la recherche poursuit ses efforts pour mieux comprendre chaque étape de ce scénario, qu’il s’agisse de la formation des plaques, de leur fragilisation, puis de leur rupture. Et si, pour y voir plus clair, on ne se focalisait pas sur la manière dont le cholestérol circule dans le sang, mais à l’intérieur-même de la cellule ? Car là encore, le véhicule qu’il emprunte pourrait bien avoir sa part de responsabilité… notre cholestérol est décidément adepte du taxi !A Strasbourg, sur le campus de l’hôpital civil, Philippe Boucher s’intéresse de longue date à l’athérosclérose et aux maladies cardiovasculaires qui en découlent. Chercheur au sein de l’unité Immuno-Rhumathologie moléculaire, affiliée à l’Inserm et à l’Université de Strasbourg, Philippe Boucher s’attèle à comprendre comment et pourquoi le cholestérol s’accumule pour former les lésions que nous avons évoquées, et ce indépendamment de sa nature. Oublions donc l’opposition entre « bon » et « mauvais » cholestérol, ce qui est passé au crible ici c’est la façon dont il circule à l’intérieur de la cellule, et notamment des cellules de la paroi vasculaire.Des cellules mal informéesEt figurez-vous qu’il est là encore de question de véhicules : plutôt que de circuler de manière libre et anarchique, le cholestérol se niche à l’intérieur des lysosomes, ces composants intracellulaires qui font office d’usines de recyclage pour les débris dont les cellules n’ont plus besoin. Or ce sont ces mêmes lysosomes qui activent des signaux visant à informer la cellule de la quantité de cholestérol à sa disposition. Ce paramètre va entrer en compte dans le processus de division cellulaire, cette façon qu’ont les cellules de se multiplier en se divisant, afin de continuellement régénérer l’organisme. Pour Philippe Boucher, c’est donc là que tout se joue : si on indique à la cellule qu’elle manque de cholestérol, elle va en récupérer auprès du foie ou en fabriquer inutilement. Le cholestérol va être stocké, s’accumuler et c’est là que nos indésirables plaques trouvent leur origine puisque cette production s’ajoute au cholestérol existant mais dont la cellule n’a pas connaissance.Or, ce leurre selon lequel la cellule ne peut pas estimer la quantité de cholestérol à sa disposition est lié au fait que le trafic des « taxis » à cholestérol est interrompu ; autrement dit, comprendre ce qui régule la circulation des lysosomes est capital.Dans le cadre d’un projet soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche, Philippe Boucher et ses collègues ont décortiqué les voies de signalisation complexes qui sont à l’œuvre dans la circulation des lysosomes. Ce faisant, ils ont notamment identifié deux protéines qui jouent un rôle-clé en la matière, et dont le déséquilibre semble provoquer l’interruption du trafic intracellulaire du cholestérol via les lysosomes, privant la cellule de cet indicateur. La découverte de ce mécanisme innovant – et son explication bien plus étayée – sera publiée tout prochainement dans une revue scientifique. D’ailleurs, comme nous avons souvent à cœur de le rappeler, la recherche est internationale et collective ; ces travaux se font ainsi en collaboration avec des collègues outre-Rhin et outre-Atlantique, notamment à Dallas au Texas où Philippe Boucher avait d’ailleurs exercé au début de sa carrière.Comprendre les mécanismes conduisant à cette interruption a donné envie à Philippe Boucher d’aller plus loin : comment booster le trafic intracellulaire pour contrebalancer cette situation ? En lien avec des collègues chimistes, il travaille à identifier des molécules qui pourraient jouer ce rôle… Mais la route est encore longue avant d’aboutir à une solution thérapeutique pour les patients : notre chercheur le prend avec philosophie, bien conscient que les espoirs placés en ces molécules pourraient être balayés dès la prochaine expérience. Pas de quoi entamer sa motivation : il faut se donner le temps !L’alimentation comme facteur-cléLa recherche progresse chaque jour, mais si pour l’heure votre taux de cholestérol est trop élevé, la solution reste de réduire quelques habitudes délétères, comme la sédentarité, un régime alimentaire riche en graisses saturées ou encore une consommation d’alcool excessive. On le voit bien, l’alimentation est un facteur essentiel dans la production de cholestérol… Or la période des fêtes que nous nous apprêtons à entamer va souvent de paire avec de longues heures passées à table, sans effort physique particulier mais avec de copieux repas dans l’assiette.Pourtant, les conseils « détox » pour lendemain de fête sont légion sur internet et dans les magazines. Mais peut-on vraiment compter sur des aliments soi-disant miracles pour nous décrasser, ou sur des astuces en tout genre pour remettre les compteurs à zéro ? L’idée de renforcer le processus naturel de détoxication mené par l’organisme en consommant des aliments présentés comme « détox » ne repose sur aucune donnée scientifique. Par ailleurs, chaque type de toxine suit un circuit de dégradation et d’élimination bien particulier dans l’organisme et, a priori, aucun remède ne peut prétendre « nettoyer l’organisme » de façon globale.Cela va peut-être vous décevoir, mais prendre une tisane, un jus de citron, jeûner pendant quelques jours ou suer dans un sauna ne permettra pas de faire table rase des festins de fin d’année. Certains régimes détox très restrictifs à base de choux par exemple, risquent même de fatiguer votre organisme, d’entrainer des carences et d’altérer ses capacités naturelles de détoxication…Alors bien sûr, déculpabilisons et faisons nous plaisir en cette période festive, mais n’oublions pas de reprendre les bons réflexes dès la nouvelle année arrivée : c’est votre santé cardiovasculaire qui vous remerciera !