AccueilActualitéPortraitsMarie-Cécile Ploy : Face aux bactéries résistantesMarie-Cécile Ploy : Face aux bactéries résistantes Publié le : 15/09/2025 Temps de lecture : 3 min PortraitsEn juin 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait son dernier rapport sur la résistance aux antimicrobiens, dont les antibiotiques. Il la qualifiait de grave menace qui pouvait frapper n’importe qui, n’importe où dans le monde. Un danger sur lequel travaille la recherche française depuis plusieurs années, notamment l’Inserm, et dont la chercheuse Marie-Cécile Ploy est l’un des fers de lance.Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°65Marie-Cécile Ploy, microbiologiste, directrice du laboratoire Reseinfit à Limoges ©Inserm/François GuénetEn quoi l’antibiorésistance est-elle un enjeu mondial et critique ?Marie-Cécile Ploy : L’antibiorésistance est une vraie problématique à appréhender avec l’approche « Une seule santé », ou One health en anglais, car elle touche l’être humain, l’animal et l’environnement. Les bactéries ne connaissent en effet pas de frontières géographiques et peu de frontières d’espèces. Il existe une dimension sociétale forte, liée notamment au changement climatique et aux conflits, qui entraînent des mouvements de population et des blessures impliquant des bactéries multirésistantes. Cet aspect global est important. Nous pouvons tous être touchés par la résistance aux antimicrobiens, souvent sans nous en rendre compte. C’est un sujet difficile à faire comprendre au grand public et que des témoignages de patients ou de familles peuvent rendre plus concret. Cette approche, assez récente et reconnue par l’OMS, est actuellement réfléchie pour la France au sein de réseaux comme Promise, copiloté par l’Inserm dans le cadre du programme prioritaire de recherche Antibiorésistance.Concernant les enjeux, la prise de conscience a nettement progressé ces dernières années. Au niveau mondial, on reconnaît désormais la nécessité de travailler tous ensemble, en cessant de compartimenter la santé humaine, animale et environnementale. Cependant, ce dialogue est complexe et prend du temps. Les défis persistent : l’augmentation de la population et de la pauvreté (les plus pauvres étant les plus touchés) ainsi que la mondialisation (voyages, production accrue…) contribuent à la circulation des bactéries. Il faut une communication efficace entre tous les domaines de compétences pour essayer de juguler la problématique.Quelles sont les pistes explorées pour lutter contre l’antibiorésistance ?M.-C. P. : Sur le plan de la prévention, les règles d’hygiène de base sont cruciales – notamment le lavage des mains et l’utilisation de solutions hydroalcooliques – surtout en milieu hospitalier. La vaccination a aussi un rôle à jouer. Par exemple, celle contre le pneumocoque a fait reculer la résistance aux antibiotiques de ce type de bactéries, moins souvent administrés. De même, la vaccination contre la grippe limite les formes graves et donc le risque de surinfection bactérienne qui serait soignée par des antibiotiques susceptibles de créer des souches résistantes.Enfin, en matière de prévention, un meilleur accès à l’eau potable et aux sanitaires est fondamental au niveau mondial. Un rapport des Nations unies a révélé que 56 % des eaux usées dans le monde ne sont pas traitées, favorisant la prolifération bactérienne.Et en matière thérapeutique ?M.-C. P. : De ce point de vue, la recherche de nouveaux antibiotiques est un axe majeur. En France, le réseau AntibioDeal, intégré au réseau Promise, vise à structurer cette recherche. Ce chemin est long et difficile. Un obstacle majeur est le modèle économique inadapté pour les nouvelles molécules : leur faible retour sur investissement – leur prescription doit rester limitée pour préserver leur efficacité – n’encourage pas leur développement. D’autres pistes innovantes sont explorées, telles que la phagothérapie – des virus inoffensifs pour l’être humain mais mortels pour les bactéries – ou encore les anticorps monoclonaux.Quel est votre rôle spécifique dans ce combat ?M.-C. P. : Je suis microbiologiste clinique et dirige le laboratoire Resinfit à Limoges. Je travaille sur l’antibiorésistance depuis ma thèse, soutenue il y a plus de 30 ans. Mes axes de recherche personnels sont plus fondamentaux. Je me concentre sur la transmission de gènes entre bactéries et écosystèmes (humain/environnement). J’étudie comment les bactéries acquièrent des gènes de résistance et le rôle de l’environnement dans la dissémination de l’antibiorésistance. Je coordonne pour l’Inserm une action conjointe européenne qui réunit 30 pays, appelée EU-Jamrai 2. Cette initiative vise à lutter plus efficacement contre l’antibiorésistance en aidant les pays à implémenter leurs plans d’action de santé publique contre ce fléau. Je codirige enfin le réseau Promise pour l’Inserm. L’objectif est de monter des projets de recherche plus ambitieux en mutualisant les forces.Marie-Cécile Ploy, microbiologiste, directrice du laboratoire Resinfit – Antiinfectieux : supports moléculaires des résistances et innovations thérapeutiques (unité 1092 Inserm/Université de Limoges/CHU Limoges), à Limoges.Propos recueillis par P. N.À lire aussi Antibiorésistance : un programme prioritaire de recherche piloté par l’InsermActualité, Institut Bataille de microbes : C’est quoi la phagothérapie ? ⚔🛡C’est quoi Résistance aux antibiotiquesLes antibiotiques ont permis de faire considérablement reculer la mortalité associée aux maladies infectieuses…