Bataille de microbes : C’est quoi la phagothérapie ? ⚔🛡

Les ennemis de mes ennemis sont mes amis : c’est sur cet adage que repose la phagothérapie, une stratégie de lutte contre les infections bactériennes, jetée aux oubliettes avec la découverte des antibiotiques, mais qui pourrait bien revenir sur le front avec la montée de l’antibiorésistance…

La phagothérapie est une forme de lutte biologique. Elle se fonde sur la destruction de bactéries pathogènes par des virus mortels pour ces dernières, mais incapables de nous infecter. Ces virus spécifiques des bactéries s’appellent des bactériophages – mais on peut aussi dire « phages » tout court. On en trouve en abondance, partout. Il en existe une infinité, chacun étant capable d’infecter et de détruire une seule espèce de bactéries, voire uniquement certaines bactéries d’une espèce particulière. Et avec eux, pas de risque incontournable de résistance : si une bactérie mute et devient insensible à un phage donné, il en existe forcément un autre capable de la tuer.

Dans la pratique, la phagothérapie est une approche hautement individualisée : les bactéries à l’origine de l’infection dont souffre un patient sont prélevées, mises en culture et placées au contact d’un mélange de phages. Ceux qui sont capables d’infecter les bactéries du patient vont s’y multiplier jusqu’à provoquer leur rupture (« lyse ») et donc leur mort. Libérés dans le milieu de culture, les phages néoformés infectent alors les bactéries toujours vivantes et le cycle recommence. Lorsque toutes les bactéries sont mortes, le milieu de culture contient un grand nombre de phages, qui sont purifiés et administrés au patient. Le même cycle d’infection/destruction se déroule alors jusqu’à la disparition de toutes les bactéries ciblées et la guérison de l’infection. Et puisqu’il n’y a plus aucune bactérie à infecter dans l’organisme du patient, les phages disparaissent.

Schéma scientifique. Un phage infecte une bactérie. Il s'y multiplie jusqu'à provoquer la rupture de la bactérie. Les phages qui sont alors relargués infectent les bactéries alentours.

La phagothérapie n’est pas une approche nouvelle : elle a été utilisée avec un certain succès à partir des années 1920… et jusqu’à l’avènement des antibiotiques, tellement plus pratiques. Mais aujourd’hui, alors que le recours inconsidéré à ces médicaments a conduit à l’émergence de bactéries multirésistantes, on recommence à s’intéresser aux phages.

Petit problème, la médecine ne se pratique plus comme il y a un siècle ! En particulier, pour administrer un traitement à un patient, il faut désormais que son efficacité et sa sécurité aient été démontrées au cours d’essais cliniques contrôlés. Or, conduire de tels essais autour d’une approche qui ne fonctionne que lorsqu’elle est individualisée, dans laquelle chaque patient doit recevoir un traitement « sur mesure », n’est pas une mince affaire. Par ailleurs, les phages ne sont pas des produits pharmaceutiques comme les autres : un gros travail reste à accomplir pour qu’on puisse disposer de stocks, obtenus selon des méthodes standardisées, dont la qualité soit conforme à celle attendue pour une utilisation clinique.

La recherche s’organise pour résoudre ces problèmes. Ainsi, grâce au programme prioritaire de recherche Antibiorésistance, piloté par l’Inserm, des chercheurs lyonnais viennent d’obtenir un important financement pour créer une vaste banque de phages thérapeutiques, qui pourront être utilisés dans le cadre de futurs essais cliniques (projet PHAG-ONE).

D’autres initiatives en cours visent à faciliter la sélection de phages actifs contre une bactérie donnée. Ainsi, une équipe montpelliéraine a développé un système qui permet d’évaluer l’efficacité de phages ou de combinaisons phage(s)/antibiotique(s) pour combattre une infection.

🔬 Découvrir ces travaux

📖 Et pour en savoir plus sur la phagothérapie, lisez Cent ans après, le retour de la phagothérapie, une chronique sur l’histoire et l’actualité de cette approche parue dans la revue médecine/sciences

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Interprétation de test de détection colorimétrique de carbapénèmase. Laboratoire de recherche 914 Inserm "Résistances Emergentes aux antibiotiques", CHU hôpital du Kremlin Bicêtre (Val-de-Marne).
Low-temperature electron micrograph of a cluster of E. coli bacteria, magnified 10,000 times. Each individual bacterium is oblong shaped © Photo by Eric Erbe, digital colorization by Christopher Pooley, both of USDA, ARS, EMU. - This image was released by the Agricultural Research Service, the research agency of the United States Department of Agriculture, with the ID K11077-1