Jean-Paul Gaudillière : De la santé publique internationale à la santé globale

22 juin 2017

Jean-Paul Gaudillière, responsable du Centre de recherche médecine sciences santé mentale et société (CERMES 3, Villejuif), cherche à comprendre comment la santé s’est globalisée. Il a obtenu un financement du Conseil européen de recherche (ERC Advanced Grant) pour étudier cette transformation historique.

Comment est né votre projet de recherche ?

Jean-Paul Gaudillière

Ingénieur agronome et biochimiste de formation, je me suis reconverti à l'histoire des sciences et de la médecine par goût personnel. J'ai longtemps travaillé sur l'évolution de la biologie et ses interactions avec la clinique et la recherche médicale durant les décennies d'après-guerre. Puis je me suis intéressé à la question du médicament et des pratiques des industriels de la pharmacie sur la même période. Pour ce travail sur l'industrie pharmaceutique, nous avions développé un réseau européen soutenu par l'European Science Foundation. A la fin du projet, une des possibilités de perpétuer les collaborations était de se focaliser sur la place prise par les thérapies médicamenteuses dans les dispositifs de la santé publique internationale, devenue ensuite la santé globale. J'ai donc proposé le projet Globhealth au Conseil européen de recherche qui a accepté de le financer en 2013.

Qu'y a-t-il derrière cette expression de "santé globale" ?

Le constat d'une transition majeure survenue entre la fin des années 1980 et le début des années 2000 : Les acteurs des politiques sanitaires, les cibles d'intervention et les outils ont changé. On est passé de politiques d'éradication des maladies infectieuses, menées par les Etats et l'OMS, à un régime privilégiant les régulations économiques, les partenariats public/privé, la gestion des risques et des maladies chroniques.

Comment aborder un tel sujet ?

Nous avons choisi d'explorer cinq enjeux fondamentaux: l'émergence de nouveaux acteurs (la Banque Mondiale, devenue le principal investisseur en santé publique, la fondation Bill Gates, etc...) ; le fait que, dans les pays du Sud, les maladies infectieuses ne cèdent pas la place aux maladies chroniques comme dans les pays développés : les deux sévissent désormais de concert ; l'impact du recours accru aux médicaments ; la place croissante prise par l'évaluation de la performance dans les stratégies sanitaires ; et enfin la généralisation du paradigme du risque et de l'évaluation des risques.

Le sujet reste très vaste...

Pour le limiter, nous analysons ces enjeux à travers quatre "entrées" correspondant à autant de processus de globalisation : D'une part la réémergence de la tuberculose à partir des années 1990, à laquelle on répond de manière standardisée dans le monde entier. Il y a aussi l'intégration des médecines traditionnelles d'Asie (Chine et Inde), où l'on voit au contraire émerger une série de nouveaux marchés localisés. Et enfin l’essor de la santé mentale et l’introduction de la génétique clinique. Pour tous ces sujets, nous nous concentrons sur l'Afrique de l'Est et l'Asie.

Comment est composée votre équipe?

L'équipe rassemble des historiens et des anthropologues. Cela permet de combler un "trou" chronologique, les historiens s'intéressant surtout à la période d'avant la globalisation et les anthropologues travaillant dans le présent. D'autre part ils ne scrutent pas les mêmes échelles : les historiens étudient plutôt les organisations internationales, alors que les anthropologues enquêtent au niveau local (tel hôpital dans tel pays d'Afrique, par exemple). Entre l'analyse des archives et l'enquête de terrain, les méthodes se complètent.

Le financement de ce projet s'achèvera en 2019 : comment voyez-vous la suite?

Personnellement, je ne relancerai plus de grand projet avant la fin de ma carrière: il y a déjà beaucoup de résultats à exploiter. Mais un des intérêts du financement de l’ERC est d'avoir permis la constitution d’un réseau de jeunes chercheurs qui vont continuer à travailler sur la santé globale, une thématique encore peu développée en Europe continentale, contrairement aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne.

En savoir plus Jean-Paul Gaudillière et ses travaux

Jean-Paul Gaudillière dirige le Centre de recherche médecine sciences santé mentale et société (unité 988 Inserm/CNRS/EHESS, Villejuif) et le projet Globhealth : "De l'international au global : savoirs, maladies et gouvernement de la santé après la Seconde Guerre mondiale". Il est en outre membre du Comité Histoire de l’Inserm.

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