Vacciner avant l’arrivée du cancer ?

Le projet de recherche Darvac, auquel plusieurs équipes Inserm participent, ambitionne de développer des vaccins contre des cancers qui ne sont pourtant pas provoqués par des virus. Le principe repose sur des protéines fantômes qui activent la réponse immunitaire.

Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°69

Pour vaincre la bataille contre le cancer, il faut l’engager le plus tôt possible. Dès le stade précoce, voire avant. C’est sur ce constat que repose le projet Darvac. « L’objectif est de développer des vaccins afin de booster le système immunitaire des patients avant que le cancer se déclenche », résume Jérôme Galon, immunologiste au Centre de recherche des Cordeliers, à Paris, qui coordonne le projet.

Comment activer une réaction immunitaire et empêcher le développement du cancer ? La réponse se trouve du côté obscur du génome, dans ce que l’on appelle le dark genome ou génome fantôme. « Il s’agit d’ARN issus de ce qu’on appelait avant “ADN poubelle”, car on pensait qu’il ne servait à rien et que les ARN ne codaient aucune protéine, explique Jérôme Galon. Mais on découvre peu à peu que certaines sont issues de ce génome et ont des fonctions importantes, notamment pour réguler l’expression des gènes. »

Activer le système immunitaire

L’idée du projet est venue de l’analyse de la réaction immunitaire sur plusieurs patients à risque de développer des cancers. D’abord chez de gros fumeurs, en observant leurs poumons. Et dans un deuxième temps chez des personnes présentant des polypes intestinaux, potentiel signe précurseur de cancer colorectal. « Entre les patients dont les lésions précancéreuses n’évoluaient pas en cancer et ceux chez lesquels ces lésions n’étaient pas bien maîtrisées, on a observé une différence dans l’activation du système immunitaire », détaille Jérôme Galon. En d’autres termes, on assiste soit à une activation immunitaire, soit à un échappement immunitaire, et cela se décide au stade précancéreux. Or les analyses ont montré que certaines protéines fantômes influencent ce jeu de bascule, comme le rapporte l’immunologiste : « Nous avons observé que certaines de ces protéines étaient surexprimées chez ceux qui n’ont pas développé de cancer, suggérant qu’elles sont liées à une forte capacité de réponse immunitaire. »

La première étape du projet Darvac, qui a débuté officiellement en mars 2025, consiste à vérifier ce lien. Puis les équipes de recherche devront identifier les protéines les plus efficaces pour activer le système immunitaire. Les meilleures candidates seront ensuite testées en vaccin sur des modèles murins, en particulier des souris humanisées, qui disposent de la même base immunitaire que les humains.

Vers des essais sur l’humain

« Si tous les résultats sont concluants, nous pourrions lancer les essais chez l’humain avant la fin du projet, dans quatre ans », espère le directeur de recherche de l’Inserm. Les premières démonstrations porteront sur les cancers colorectaux et du poumon, sur lesquels les équipes ont déjà travaillé. Mais ce type de vaccin pourrait, à terme, être efficace pour les mélanomes, les cancers de la prostate, du rein, du sein… Bref, tous les cancers non viraux !


Jérôme Galon, chercheur Inserm, dirige le laboratoire d’immunologie intégrative du cancer au Centre de recherche des Cordeliers (unité 1138 Inserm/Université Paris Cité/Sorbonne Université). Le projet Darvac est financé par le programme Impact Santé.


Auteur : B. S.

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