Romuald Lepers concilie sport et recherches

Sportif accompli depuis toujours, Romuald Lepers est aussi chercheur dans un laboratoire Inserm à Dijon où il étudie les effets de l’activité physique sur le corps et le cerveau. Il s’intéresse en particulier aux athlètes seniors, qui représentent selon lui des modèles du bien-vieillir.

Romuald Lepers est chercheur… et sujet d’étude ! En effet, il n’hésite pas à s’appuyer sur son expérience personnelle de grand sportif pour conduire ses travaux de recherche. Lui qui vient de décrocher un record du monde dans nouvelle discipline qui associe course à pied et fitness – l’hyrox –, s’intéresse à l’impact de l’activité physique et sportive sur le fonctionnement de l’organisme, y compris chez le sujet âgé.

Photo de Romulad Lepers dans son bureau. Il porte un polo avec le logo de son labo (Inserm Caps). L'affiche promotionnelle d'un Ironman est accrochée sur le mur derrière lui.
Romuald Lepers est directeur adjoint de l’unité de recherche Cognition, action et plasticité sensorimotrice (Caps – unité 1093 Inserm/Université Bourgogne Europe), à Dijon.

Ingénieur de formation, il s’est rapidement intéressé à ce sujet : sa thèse portait déjà sur les modifications de l’équilibre et de la posture après un exercice prolongé. Il a ensuite rejoint l’Université Bourgogne Europe et le laboratoire Inserm Cognition, action et plasticité sensorimotrice pour démarrer des travaux sur la plasticité de la fonction motrice. Aujourd’hui, Romuald Lepers codirige le laboratoire et ces travaux sont toujours en cours : il s’attache à mieux comprendre comment le cerveau et les muscles s’adaptent à un effort physique et quels mécanismes entraînent des limitations physiques chez les pratiquants débutants ou les sportifs entraînés. « Mon but est d’améliorer la compréhension du dialogue muscle-cerveau chez les jeunes et les personnes âgées, pour développer des méthodes novatrices de compensation et de réentraînement, par exemple en cas de problèmes moteurs ou encore chez les seniors », explique-t-il. Il a notamment travaillé sur un appareil de stimulation musculaire électrique (électromyostimulateur) « intelligent », pour restaurer ou améliorer la force musculaire. Il a aussi mis au point des programmes personnalisés d’exercice fondés sur des contractions musculaires en excentrique, c’est-à-dire par allongement du muscle (en savoir plus sur ces travaux).

Mental et performance physique

Mais le chercheur n’oublie pas le lien avec le mental. Il étudie en particulier les conséquences de la fatigue cognitive sur la fonction motrice. « Nous demandons à des participants de réaliser des tâches prolongées et/ou rébarbatives et nous en observons l’impact sur des performances physiques, comme la précision ou l’endurance. » Un projet a par exemple porté sur l’effet de l’utilisation continue d’un smartphone pendant 45 minutes. Il a permis de prouver que l’effet négatif de la fatigue mentale sur les performances motrices est dû à un ressenti plus important de l’effort, plutôt qu’à une véritable altération de la fonction neuromusculaire.

Enfin, Romuald Lepers collabore avec des chercheurs étrangers sur la thématique de « l’athlète master » comme modèle du bien-vieillir. Ces sportifs âgés de plus de 40 ans, et parfois bien plus, présentent en effet des capacités cardio-respiratoires et musculaires très supérieures à celles des personnes peu actives du même âge. Leurs fonctions cognitives sont également mieux préservées : capacité d’anticipation, de prédiction, attention. « L’activité physique régulière retarde les effets du vieillissement : identifier les déterminants biologiques de ce processus permettrait de mieux comprendre comment vieillir en meilleure santé », explique-t-il. Il l’a constaté en analysant la physiologie de plusieurs recordmen du monde de marathon de plus de 60 ans et souhaite maintenant créer des grandes cohortes pour confirmer ses observations et découvrir ces fameux déterminants.

Histoire personnelle

Romuald Lepers s’appuie également sur son expérience. « Je m’inspire de ma pratique et je regarde comment j’évolue », confie ce sportif de longue date qui cumule les trophées dans plusieurs disciplines, l’hyrox, mais aussi le triathlon et le swimrun (combinant course à pied et nage en eau libre). « Le sport est ma routine de vie avec environ dix heures d’entrainement par semaine depuis des années. Il faut dire que mon environnement s’y prête : je profite des installations du campus dijonnais et de nos plateformes qui disposent d’équipements sportifs variés pour faire de l’exercice à midi ou le soir ! » Récemment, il s’est arrêté trois mois pour étudier les conséquences du « désentraînement » sur son organisme à l’aide de mesures physiologiques et de biopsies. « La perte de mes capacités cardiorespiratoires n’a été que de 15 %, ce qui est faible. Et à la reprise, j’ai retrouvé assez rapidement le même niveau de performance. Le corps garderait-il une sorte de mémoire de l’exercice ? ». Romuald Lepers est donc un chercheur ambassadeur de la cause du sport pour la santé. Jusqu’à l’an dernier, il était même président de l’Association des chercheurs en activités physiques et sportives (Acaps) qui compte environ 500 membres.

Romuald Lepers est directeur adjoint de l’unité de recherche Cognition, action et plasticité sensorimotrice (Caps – unité 1093 Inserm/Université Bourgogne Europe), à Dijon. Pour en savoir plus sur ses travaux (et sa performance mondiale en hyrox, catégorie doubles men 55–59 ans).

Autrice : A. R.

À lire aussi