Nos aliments sont-ils pollués par les emballages ?

L’objectif du projet FoodContact est simple, et pourtant titanesque : identifier les molécules polluantes des emballages et la manière dont elles contaminent les aliments à leur contact, tout en mesurant les conséquences pour la santé à long terme.

Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°67

Pots de yaourts, barquettes de viande, canettes, bouteilles en plastiques… sont autant d’emballages alimentaires qui contiennent des substances potentiellement toxiques telles que les phtalates, les PFAS, les retardateurs de flammes bromés et les bisphénols. Plusieurs études ont déjà démontré la migration de ces polluants vers les aliments contenus à l’intérieur. Mais ce qu’on ignore encore, ce sont les effets pour la santé de l’accumulation de plusieurs de ces contaminants (le fameux « effet cocktail »), et surtout, leur potentielle interaction avec l’aliment en lui-même, en fonction de sa teneur en graisses, en sucres, en additifs… « Nous aimerions déterminer les liens entre cette contamination et les maladies métaboliques comme l’hypertension et le diabète de type 2, ou encore l’obésité, les pathologies de la thyroïde, et les cancers », explique Mathilde Touvier, directrice de recherche Inserm et cheffe d’orchestre du projet FoodContact.

Pour cela, le projet s’appuie sur les données colossales issues de la cohorte NutriNet-Santé qui n’inclut pas moins de 181 000 volontaires. Ces derniers ont la possibilité de scanner le code-barre de chaque aliment consommé. L’équipe de recherche obtient ainsi, grâce à la base de données alimentaires publique Open Food Facts, les informations sur l’aliment en lui-même, mais aussi sur la nature de son emballage. Pour savoir si, par exemple, un soda était contenu dans une canette, une bouteille en verre ou en plastique.

12 000 substances

Les volontaires répondent aussi à des questionnaires sur les ustensiles utilisés, car les polluants comme les PFAS se retrouvent dans le revêtement de certaines poêles. Le fait de chauffer son plat au micro-ondes directement dans son emballage plastique favorise également la migration des substances toxiques vers la nourriture. À partir de toutes ces données, les chercheurs réalisent des modélisations mathématiques pour savoir quels contaminants et quelles doses ont été ingérés par chaque participant. Finalement, ce sont plus de 12 000 substances qui entrent dans la composition des matériaux au contact des aliments. Les scientifiques vont ensuite identifier quels contaminants et mélanges sont les plus associés au risque de maladies.

Le deuxième volet de l’étude consiste à doser l’exposition à ces polluants dans le sang des volontaires, et à observer les perturbations hormonales, métaboliques, et du microbiote intestinal. Des études toxicologiques et physiologiques de pointe permettront de mimer les expositions observées en vie réelle et de tester leurs impacts sur des modèles in vitro et in vivo. « Nous souhaitons comprendre les causes moléculaires et cellulaires de ces troubles afin d’établir un véritable lien de cause à effet entre l’ingestion de polluants et l’impact sur la santé », reprend la chercheuse.

Avec un ultime objectif en tête : faire évoluer la réglementation des substances autorisées dans les emballages alimentaires, et pourquoi pas créer un Toxi-Pack Score à l’image du Nutri-Score, pour alerter sur les emballages les plus à risque. En attendant, les consommateurs peuvent se tourner vers des contenants en verre et des ustensiles en inox, réputés inertes.

Mathilde Touvier dirige l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle au Centre de recherche en épidémiologie et statistiques (unité 1153 Inserm/Cnam/INRAE/Sorbonne Paris Nord).

Le projet FoodContact est financé par le programme Impact Santé, et développé en partenariat avec Open Food Facts, Université Paris-Cité, Muséum national d’histoire naturelle, Laboratoire national de métrologie et d’essais, INRAE et Food Packaging Forum.

Autrice : L. A.

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