Allergies : les patients confirment le bénéfice de la désensibilisation sublinguale

Une enquête menée par une équipe de l’Inserm met en évidence l’important bénéfice de l’immunothérapie allergénique sublinguale sur les symptômes et la qualité de vie de plus de 9 000 personnes traitées contre une allergie respiratoire. Ces résultats constituent autant d’arguments en faveur du maintien du remboursement de ce traitement, réduit en France depuis 2018 dans l’attente de nouvelles données d’efficacité.

Les allergies respiratoires, qu’il s’agisse de rhinite, de rhino-conjonctivite ou d’asthme, impactent les activités quotidiennes, professionnelles ou scolaires et altèrent parfois fortement la qualité de vie. Si des médicaments permettent de soulager leurs symptômes, l’immunothérapie allergénique est le seul traitement capable de prévenir l’aggravation des allergies : l’approche consiste à exposer quotidiennement le patient à des doses croissantes de la source des allergènes responsables des symptômes : acariens, graminées, bouleau, chat, moisissures. Ce protocole, qui s’étire sur un minimum de trois ans, permet de rétablir progressivement la tolérance à l’allergène en « rééduquant » le système immunitaire. Initialement proposée sous forme d’injections sous-cutanées, l’immunothérapie allergénique est aujourd’hui disponible sous forme sublinguale – en comprimés ou en gouttes. À l’Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique de Montpellier, l’équipe de Pascal Demoly mène, avec Davide Caimmi, des études cliniques pour évaluer le bénéfice perçu par les médecins qui prescrivent ce traitement, mais aussi celui ressenti par les patients traités. Les données recueillies auprès de ces derniers sont sans équivoque : plus de 8 patients sur 10 (enfants et adultes confondus) rapportent une amélioration significative de leur état dès la première année de traitement.

Réaffirmer l’efficacité de la désensibilisation

« Cette étude, nommée ERAPP, a pour point de départ une décision administrative de la Haute Autorité de santé (HAS) prise en 2018, explique Davide Caimmi. L’agence a suspendu le remboursement de l’immunothérapie sous-cutanée et réduit celui des formes orales tout en demandant aux laboratoires pharmaceutiques et aux médecins de prouver l’intérêt du maintien de leur remboursement. » Les résultats des études cliniques randomisées sur le sujet sont en effet très hétérogènes en raison de la diversité des allergènes ciblés, de la formulation du traitement administré, de l’âge des patients traités, ou du type de pathologie allergique respiratoire ciblée. « Néanmoins, l’efficacité de l’immunothérapie allergénique contre certains allergènes était déjà bien décrite, souligne le chercheur. Parallèlement aux nouvelles études cliniques mises en route par les laboratoires pharmaceutiques, nous avons voulu répondre à l’exigence de la HAS avec des données complémentaires, obtenues à partir d’études menées en vie réelle, qui reflètent l’efficacité perçue par les patients et leur satisfaction. »

La participation à ERAPP, une étude soutenue par la Société française d’allergologie, était proposée aux personnes traitées via un fascicule glissé dans le conditionnement de leur médicament. Il les invitait à noter leur qualité de vie, leur sommeil et leurs symptômes au travers de plusieurs questionnaires disponibles en ligne. « Au total, près de 9 500 patients âgés de 5 ans et plus ont participé, dont 4 794 avaient débuté leur traitement depuis moins de 6 mois. Neuf sur 10 souffraient de rhinite allergique et environ un quart étaient asthmatiques. » Après un an de traitement, 84 % des participants se sont dits satisfaits de l’effet globale du traitement qui se traduisait notamment par une amélioration des symptômes de la rhinite, du contrôle de l’asthme ou de la qualité du sommeil. Le bénéfice observé était rapide : dès le sixième mois, plus de 78 % des patients ressentaient une amélioration et 40 % déclaraient ne plus avoir de symptômes, alors que la durée totale du traitement est d’au moins trois ans. « Et la satisfaction vis-à-vis du traitement a plus que doublé au cours de l’année », ajoute Davide Caimmi. Par ailleurs, les patients qui souffraient des formes d’allergie les plus sévères étaient ceux qui semblaient répondre le mieux au traitement.

Apparaît toutefois un bémol : « L’observance thérapeutique, c’est-à-dire la capacité à prendre correctement le médicament, a tendance à baisser avec le temps, comme avec tout traitement chronique. Paradoxalement, les patients les plus soulagés sont souvent ceux qui sont les moins observants. » Cela n’aurait cependant rien de surprenant : « Une fois la saison des pollens terminée et les symptômes disparus, beaucoup de patients pensent l’efficacité atteinte et arrêtent le traitement. » Une difficulté qu’il reste donc à résoudre avec les patients puisque la désensibilisation doit durer trois ans ou trois saisons polliniques pour être pleinement réussie et avoir un effet qui persistera après son arrêt.

« Cette étude, centrée sur le patient, confirme l’intérêt de l’immunothérapie sublinguale pour traiter les symptômes, mais aussi pour agir sur ce qui est appelé la trajectoire de l’atopie. Ce concept décrit l’évolution naturelle des maladies allergiques ou atopiques : elles débutent par une dermatite atopique ou un eczéma, puis évoluent vers une rhinite allergique, vers l’asthme, voire d’autres manifestations. » L’immunothérapie est aujourd’hui le seul moyen connu pour freiner ou arrêter cette progression vers des formes plus graves, voire pour guérir l’allergie.

De nouvelles données en faveur du remboursement

Le chercheur souhaite compléter ces travaux par de nouvelles analyses, notamment en s’appuyant sur des données déjà recueillies qui évaluent l’amélioration des symptômes sur 25 besoins et attentes des patients. Il souhaite évaluer si la sévérité de certains de ces symptômes joue un rôle déterminant sur le vécu global déclaré. Il voudrait aussi regarder si la satisfaction des patients est la même quelle que soit la nature de l’allergie, ou encore étudier les relations existantes entre le déclaratif des patients et les données objectives de prescription, de consultation ou d’hospitalisation en lien avec la maladie allergique.

Davide Caimmi estime néanmoins que les résultats d’ores et déjà obtenus soutiennent le bénéfice clinique de l’immunothérapie sublinguale et donc le maintien de son remboursement adapté. Ces données seront en outre prochainement complétées par celles d’une seconde étude qu’il a conduite en parallèle auprès des médecins (étude Choice) non seulement en France, mais dans 28 pays différents. Afin d’accompagner ces prescripteurs, il a par ailleurs piloté, avec d’autres spécialistes, la rédaction de recommandations françaises sur l’immunothérapie allergénique, publiées en 2021 et actuellement en cours de mise à jour.

Désensibilisation : pourquoi est-ce si important et si long ?

La désensibilisation allergénique n’a rien à voir avec le recours à des médicaments comme les antihistaminiques qui agissent temporairement sur les symptômes allergiques. C’est la seule approche capable de rééduquer durablement le système immunitaire, non seulement afin de diminuer progressivement les symptômes, mais aussi de rendre les personnes traitées tolérantes à l’allergène.

La désensibilisation repose sur plusieurs mécanismes complémentaires, au sein desquels les lymphocytes T régulateurs (Treg) jouent un rôle central : ces cellules de l’immunité agissent comme des freins naturels de la réaction allergique provoquée quant à elle par des lymphocytes pro-inflammatoires (lymphocytes T2). Chez les personnes allergiques, un déséquilibre entre ces deux activités favorise l’hyperréactivité du système immunitaire, l’aggravation des symptômes avec le temps et la sensibilisation à de nouveaux allergènes.

Lors du traitement par immunothérapie sublinguale, les doses d’allergène administrées régulièrement sous la langue sont généralement trop faibles pour activer la réponse inflammatoire allergique. Elles sont prises en charge par des cellules dites « présentatrices d’antigènes » qui, dans ce contexte, vont porter l’allergène aux lymphocytes T et permettre à une population de cellules Treg de se constituer et d’apporter une tolérance immunologique stable et persistante. Ce remodelage immunitaire est lent : il faut au moins 3 ans ou 3 saisons de traitement pour qu’il se complète durablement. La réussite de la désensibilisation repose donc sur la persévérance du patient.


Davide Caimmi est médecin allergologue et pédiatre au CHU de Montpellier, et chercheur à l’Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique (unité 1318 Inserm/Université de Montpellier).


Source : D. Caimmi et coll. Patient-Perceived Benefits of Named-Patient Product Sublingual Immunotherapy in Allergic Rhinitis and Asthma : Primary Results From the ERAPP Real-World Cohort Study. Allergy, 8 mars 2026 ; DOI :10.1111/all.70270

Autrice : C. G. 

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