Ralentir le vieillissement du sang et du système immunitaire

Le vieillissement du système sanguin n’est pas une fatalité. À Nice, une équipe Inserm de l’Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement montre qu’il est provoqué par une protéine de l’immunité appelée MDA5. Activée en permanence, cette protéine contribue à une inflammation chronique qui altère progressivement les cellules souches sanguines. En son absence, chez la souris, ces cellules restent plus saines et plus jeunes au cours du temps, et les animaux plus actifs. Une piste pour lutter contre le vieillissement ?

Les cellules souches hématopoïétiques donnent naissance à la plupart de nos cellules sanguines, notamment à nos cellules immunitaires. Elles résident au cœur de notre moelle osseuse à l’état quiescent, c’est-à-dire au repos, en attendant qu’un signal extérieur déclenche leur multiplication et leur différenciation en cellules sanguines fonctionnelles. Parmi ces signaux, les molécules impliquées dans l’inflammation jouent un rôle majeur.

Mais comme toutes les cellules de l’organisme, ces cellules souches hématopoïétiques vieillissent. Avec le temps, leur composition s’altère en raison d’anomalies dans la production, la maturation et la stabilité de leurs protéines internes, leur capacité d’autorenouvellement s’épuise, et leur capacité à se différencier en cellules lymphoïdes – en particulier en lymphocytes B et T – diminue. Ce phénomène favorise l’apparition de pathologies liées au vieillissement, de déficits immunitaires et de maladies auto-immunes.

L’équipe d’Eirini Trompouki, chercheuse Inserm à l’Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement à Nice, en collaboration avec le St. Jude Children’s Research Hospital aux États-Unis et plusieurs équipes allemandes, a cherché à comprendre l’origine de ce vieillissement. Elle s’est intéressée à une protéine appelée MDA5 qui joue un rôle important dans les défenses immunitaires, notamment en reconnaissant l’ARN de virus. Active dès la naissance et tout au long de la vie, elle provoque une inflammation continue qui finit par être délétère pour l’organisme avec le temps et sollicite en permanence les cellules souches hématopoïétiques. Un profil suggérant une possible contribution de la protéine dans le vieillissement de ces cellules.

Des fonctions motrices préservées

Pour le vérifier, l’équipe a étudié une lignée de souris qui ne produisent pas de MDA5 et présentent par conséquent un faible niveau d’inflammation chronique. Verdict : ces animaux vieillissent moins. Leurs cellules souches hématopoïétiques ne présentent pas les altérations associées à l’âge observées chez les souris contrôles. Le métabolisme des protéines et la capacité d’autorenouvellement de ces cellules sont préservés. Les souris qui ne produisent pas de MDA5 conservent par ailleurs de meilleures fonctions motrices que les animaux-contrôles au cours du temps. « En l’absence de MDA5, les cellules souches hématopoïétiques sont protégées du déclin fonctionnel lié à l’âge, observe Eirini Trompouki. La perte de MDA5 inhibe la signalisation inflammatoire, préserve la quiescence des cellules souches et leur intégrité. Cibler cette protéine apparait donc comme une stratégie potentielle pour atténuer le vieillissement du système sanguin », estime-t-elle.

L’équipe travaille actuellement à la mise au point d’un inhibiteur de MDA5 qu’elle aimerait par exemple tester contre des maladies auto-immunes. « Toutefois, MDA5 étant produite dans toutes les cellules de l’organisme, il serait également intéressant d’examiner si son inhibition favorise le maintien de la jeunesse d’autres tissus, par exemple dans le cerveau. »

Peut-on croire à la molécule de jouvence ?

Si ces travaux suggèrent que l’inhibition de la protéine MDA5 pourrait constituer un remède contre le vieillissement, inutile de s’emballer et de rêver à l’existence d’une molécule qui offrirait la jeunesse éternelle. Plusieurs autres, parfois présentées comme telles, ont déjà été mises sur le devant de la scène : le HMGB1 qui limite la dégradation cellulaire, des « sénolytiques » qui éliminent sélectivement les cellules vieillissantes, le NAD+ qui favorise la réparation cellulaire ou encore le resvératrol, un antioxydant puissant qui protège les composants cellulaires. Mais pour l’instant, aucune n’a confirmé son potentiel chez l’humain.

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Eirini Trompouki est chercheuse Inserm, responsable de l’équipe Hématologie moléculaire et signaux sanguins à l’Institut de recherche sur le cancer et le vieillissement (Ircan, unité 1081 Inserm/CNRS/Université Côte d’Azur) à Nice.


Source : V. Bergo et coll. Lack of MDA5 delays hematopoietic aging by modulating inflammaging and proteostasis in mice. Nature Communications, 12 février 2026 ; DOI :10.1038/s41467-026–69424‑x

Autrice : A. R.

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