Richard Tomasini : de nouvelles pistes pour améliorer la lutte contre le cancer du pancréas

Le cancer du pancréas est une des maladies tumorales au pronostic le plus sombre. Et malgré les avancées réalisées en oncologie depuis 30 ans, aucune d’entre elles n’a permis d’améliorer significativement la prise en charge de cette maladie. Richard Tomasini cherche à changer la donne : il s’intéresse à un marqueur dont le dosage sanguin pourrait améliorer l’efficacité de la chirurgie des tumeurs pancréatiques…

Voilà près de 20 ans que vous consacrez votre recherche au cancer du pancréas. Pour quelle raison cette maladie est-elle si difficile à combattre ?

Les cancers pancréatiques présentent en réalité de nombreuses particularités : alors que la plupart des autres tumeurs cancéreuses sont constituées de cellules anormales, celles-ci peuvent comporter jusqu’à 90% de cellules saines. Ces tumeurs sont aussi entourées d’épaisses fibres nerveuses qui se constituent progressivement et permettent à certaines cellules cancéreuses de migrer facilement pour former des métastases à distance. En réalité, on observe que les interactions entre la tumeur et son microenvironnement sont très nombreuses et que certains des messagers émis par les cellules environnantes, dites stromales, peuvent rendre la tumeur très agressive. Depuis 30 ans, alors que les traitements expérimentaux ont exclusivement ciblé les cellules cancéreuses, il semble clair aujourd’hui que les cellules stromales doivent l’être tout autant pour combattre efficacement la maladie. Mais une dernière difficulté réside dans le fait que toutes les cellules stromales n’ont pas une activité protumorale. Il faudra donc être capable de ne cibler que celles-ci, en préservant celles qui participent à la réponse immunitaire antitumorale.

Le biomarqueur PAP est le sujet d’étude pour lequel vous venez d’obtenir un financement du Conseil européen de la recherche (ERC Proof of Concept). Fait-il partie de ces médiateurs clés ?

En effet, PAP est une protéine qui est produite par les cellules stromales pour démarrer une réponse anti-inflammatoire. Or, elle peut être détournée par les cellules tumorales afin d’accroître leur développement et leur capacité à pénétrer les fibres nerveuses. C’est une protéine que nous avons identifiée dans le cadre d’un précédent projet, pour lequel j’ai obtenu un financement de l’ERC, en 2011. Dans le cadre du Proof of Concept Grant (POC), notre objectif est aujourd’hui d’évaluer si le dosage sanguin de PAP peut aider à améliorer la sélection des patients pouvant bénéficier d’une chirurgie efficace. Jusqu’à présent, seules la taille de la tumeur et la présentation clinique de la maladie permettent aux médecins de décider s’il y a un intérêt à opérer. En effet, classiquement, une tumeur volumineuse est associée à de moins bonnes chances de survie. Mais on s’est aperçu que certains cancers du pancréas sont de petite taille mais très agressifs, ce qui réduit les chances de succès de la chirurgie, alors que d’autres, bien que plus volumineux, ont moins de risque de récidive ou de métastase. Nous pensons que le dosage de PAP peut être utilisé comme biomarqueur dans ce cadre : nous avons pu établir un taux seuil permettant de déterminer s’il est pertinent d’opérer ou non, avec les meilleures chances de survie . Ainsi, prendre en compte la biologie de la tumeur permettrait d’aider à la décision de l’acte chirurgical, et donc d’améliorer le devenir du patient.

Que va vous permettre de réaliser concrètement ce financement ?

Les 150 000 euros du POC vont nous permettre de recruter un assistant de recherche clinique qui va démarcher les hôpitaux prenant en charge la maladie et disposant de biobanques sanguines. Nous pourrons alors établir, rétrospectivement, si les patients qui présentaient les taux de PAP les plus faibles sont bien ceux qui ont eu la meilleure survie moyenne après chirurgie. Les fonds de financement des recherches translationnelles sont peu nombreux et, en cela, le POC est une occasion unique pour transformer une découverte biologique en une avancée clinique, qui plus est dans le traitement d’une maladie où les innovations thérapeutiques sont encore rares.

En savoir plus sur Richard Tomasini et ses travaux

Richard Tomasini dirige le groupe Microenvironnement et tumorigenèse pancréatique, au sein de l’équipe Cancer pancréatique du Centre de recherche en cancérologie de Marseille (unité 1068 Inserm/CNRS/CLCC/Aix-Marseille Université).