Dominique Costagliola, Grand Prix 2020

Grande spécialiste du virus du sida et directrice adjointe de l’institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (iPLESP)*, Dominique Costagliola a été appelée sur le front de la lutte anti-Covid dès janvier 2020. Avec un but : éclairer de son, expertise la recherche sur la Covid-19. L’Inserm salue son travail et celui de son équipe en lui décernant cette année le Grand Prix.

Dominique Costagliola © Inserm/François Guénet
Dominique Costagliola © Inserm/François Guénet

Recrutée à l’Inserm en 1982, Dominique Costagliola s’est lancée dans la recherche sur le VIH dès 1986, au début de l’épidémie de sida, interpelée par « ce virus qui emportait souvent des personnes encore plus jeunes [qu’elle] » [elle avait alors 32 ans]. Salués par le prix Recherche de l’Inserm en 2013, ses travaux ont fortement contribué à faire reculer le VIH, en améliorant les connaissances sur les paramètres cachés de l’épidémie (@@@@incidence, transmission mère-enfant, temps d’incubation…), les stratégies de traitements antirétroviraux ou encore la prévention de l’infection. « Dans les années 1980 et 1990, l’Inserm octroyait d’importants financements à ses laboratoires, se remémore-t-elle. En faire partie a été déterminant pour tester – et confirmer ! – certaines hypothèses improbables. Telle l’idée que la transmission mère-enfant survenait non pas en début de grossesse, mais pendant les dernières semaines, voire à l’accouchement. »

Des expertises cruciales pour la compréhension des infections

Biostatistique, épidémiologie, santé publique, évaluation du médicament… : au fil des années, cette future retraitée en septembre 2021, « bien décidée à enchaîner sur un éméritat », a développé plusieurs expertises déterminantes pour la compréhension du VIH… et celle des infections en général. Pas étonnant qu’en janvier 2020, le consortium de l’Inserm REACTing, chargé de coordonner la recherche pendant les épidémies, l’ait appelée pour renforcer son comité scientifique dédié à la Covid-19. « Ses missions : identifier les axes de recherche prioritaires ; évaluer les projets qui candidatent pour un financement ; prioriser les approches thérapeutiques anti-Covid... », explique-t-elle. 

Mais ce n’est pas tout ! La directrice de recherche Inserm a également évalué des projets de recherche sur la Covid-19 pour d’autres structures (PHRC, ANR…) et d’autres pays (Belgique, Allemagne...), coprésidé le conseil scientifique de l’étude épidémiologique Epicov, et pris la coresponsabilité de l’un des quatre pans du projet européen EU-Response.

Tous les confrères de l’institut également sur le front

« Les équipes de mon laboratoire, l’iPLESP, sont elles aussi fortement impliquées dans la recherche sur la Covid-19″, souligne-t-elle. Et de citer « les travaux de l’équipe de Vittoria Colizza et de Pierre-Yves Boëlle, qui a proposé dès janvier un modèle qui suggérait un fort risque d’importation de l’épidémie en Europe depuis la Chine ». Ou encore « l’étude épidémiologique Sapris, mise en place par l’Inserm pour mieux comprendre l’épidémie et cocoordonnée par Fabrice Carrat, directeur de l’iPLESP ».

Parmi les chercheurs de l’iPLESP, de gauche à droite : Vittoria Colizza, David Hajage, Maria Melchior et Fabrice Carrat © Inserm/François Guénet
Parmi les chercheurs de l’iPLESP, de gauche à droite : Vittoria Colizza, David Hajage, Maria Melchior et Fabrice Carrat © Inserm/François Guénet

« Si le VIH a lui aussi provoqué une forte mobilisation de la recherche, il n’avait pas mené au confinement de toute la population. » D’où la nécessité de « travailler sans limite, plus et mieux aujourd’hui qu’hier. Il s’agit là de notre seule arme pour que chacun retrouve une vie sans Covid-19″. Son espoir : que la recherche se focalise plus sur la prévention de l’infection, et pas seulement sur ses traitements. 

Note :
* Unité 1136 Inserm/Sorbonne Université, Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique (iPLESP), Paris