AccueilDossiersAddictionsAddictions Du plaisir à la perte de liberté Modifié le : 23/07/2026 Publié le : 29/05/2017 Temps de lecture : 20 minLes addictions sont des maladies chroniques aux composantes cérébrales, psychologiques et sociales, caractérisées par une perte progressive de contrôle face à une substance ou un comportement. Malgré les conséquences négatives sur leur santé, leur vie sociale ou professionnelle, les personnes concernées ne parviennent plus à réduire ou arrêter leur consommation ou leur pratique. Les recherches actuelles visent à mieux comprendre les mécanismes impliqués dans l’apparition, le maintien et les rechutes des addictions, ainsi qu’à identifier les facteurs de vulnérabilité individuels, sociaux et environnementaux afin d’améliorer la prévention et la prise en charge.Dossier mis à jour en collaboration avec Mickael Naassila, directeur du Groupe de recherche sur l’alcool et les pharmacodépendances (GRAP, unité Inserm 1247, Amiens).Table des matièresEn brefComprendre les addictionsUne diversité d’addictions, dont certaines sont très répanduesDe la consommation à l’addiction : des facteurs de risque multiplesDes facteurs individuelsSur le plan neurobiologiqueSur le plan génétiqueDes produits/pratiques au potentiel addictif variableDes facteurs environnementauxL’addiction : un cycle entre comportement, émotions et neurobiologieLa recherche de plaisirUn état émotionnel négatifLa perte de contrôleLe cycle infernal des jeux de hasard et d’argentDes conséquences multiples, médicales, personnelles et socialesDes risques immédiats liés à la substance/pratiqueDes conséquences sur la vie quotidienneDes complications à long termeUn diagnostic très norméLa prise en charge : sevrage et accompagnementLes enjeux de la rechercheMieux comprendre les vulnérabilitésAméliorer la prise en chargeNos contenus sur le même sujetActualitésCommuniqués de presseÀ découvrir aussiPour aller plus loinEn brefPlusieurs millions de personnes sont concernées en France.Plus une consommation débute tôt, plus le risque d’addiction augmente.Les polyconsommations et les polyaddictions sont fréquentes.Plus de la moitié des personnes qui présentent une addiction souffre d’une maladie psychiatrique ou somatique associée.Comprendre les addictionsL’addiction est une pathologie qui survient après la consommation répétée de drogues (tabac, alcool, cannabis, autres produits addictifs…) ou la pratique répétée d’un comportement (jeux de hasard et d’argent, pratique sportive, usage du numérique…) et qui entraîne une souffrance significative et une altération du fonctionnement quotidien. Elle se caractérise notamment par : une perte de contrôle de la consommation ou de la pratiquedes envies intenses et difficiles à contrôler, appelées cravingla poursuite de la consommation ou du comportement malgré les conséquences négativesun intérêt croissant pour la substance ou le comportement, au détriment des autres activitésdes phénomènes d’anticipation, d’attente et de recherche de la substance ou de la situation addictiveun état émotionnel négatif, marqué par la dysphorie, l’anxiété ou l’irritabilitédes perturbations de la vie personnelle, familiale, professionnelle ou socialedes comorbidités (Maladie associée à une pathologie principale.) psychiatriques ou somatiques fréquentesUne diversité d’addictions, dont certaines sont très répanduesGlobalement, les addictions concernent plusieurs millions de personnes en France. Les addictions les plus fréquentes sont celles relatives aux psychotropes licites (tabac, alcool...), détournés de leur usage (médicaments, poppers, colles, solvants…) ou illicites (cannabis, cocaïne, ecstasy...). D’autres psychotropes à potentiel addictif ont émergé ces dernières années, comme le protoxyde d’azote, consommé notamment à partir de cartouches initialement destinées aux siphons à chantilly, ou certains nouveaux produits de synthèse tels que les cathinones ou les cannabinoïdes (Principes actifs du cannabis, qui activent dans l’organisme un récepteur cellulaire spécifique (CB1 ou CB2). Les plus étudiés sont le THC (delta 9‑tétrahydrocannabinol), qui a des effets psychoactifs, et le CBD (cannabidiol).) de synthèse. Tous provoquent un effet immédiat sur les perceptions, l’humeur et le comportement, à un degré variable, et exposent à un risque d’addiction plus ou moins rapide et plus ou moins sévère.L’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) relève une baisse de la consommation quotidienne d’alcool et de tabac depuis 2014 (données 2025). Cependant, une enquête réalisée en janvier 2024 (publication en anglais) auprès de plus de 5 000 personnes indique que 14,9 % des adultes ont une consommation d’alcool à risque et que 7,2 % présentent un risque élevé de trouble de l’usage. Concernant le tabac, plus de 3 personnes de 18–75 ans sur 10 déclaraient fumer en 2023. Pour près d’un quart, le tabagisme était quotidien. Les hommes (25,4 %) continuent à être plus nombreux que les femmes (20,9 %) à fumer quotidiennement.Le cannabis reste la substance illicite la plus consommée en France : toujours en 2023, 10,8 % des adultes de 18 à 64 ans – soit 5 millions de personnes – en avaient consommé au cours de l’année, dont 900 000 qui en faisaient un usage quotidien. L’usage de cocaïne poursuit également sa progression, avec 2,7 % des adultes déclarant une consommation dans l’année 2023, soit 1,1 million de personnes.Les addictions comportementales concernent également une part importante de la population. Dans le domaine des jeux d’argent et de hasard, près de 350 000 personnes déclaraient jouer quotidiennement en 2023. Chiffre stable depuis 2019, 4,9 % des joueurs, présentaient un usage problématique. Cela représentait environ 2,5 % de la population âgée de 18 à 75 ansLes données concernant d’autres addictions comportementales, telles que les jeux vidéo, l’usage des réseaux sociaux, les achats compulsifs ou les comportements sexuels compulsifs, demeurent encore limitées et nécessitent d’être davantage documentées.De la consommation à l’addiction : des facteurs de risque multiplesLa survenue d’une addiction repose sur trois composantes : l’individu, le produit et l’environnement.Des facteurs individuelsL’âge, le sexe, la maturité cérébrale, la personnalité et l’humeur d’un individu jouent un rôle important sur son risque individuel d’addiction. L’initiation précoce constitue un facteur de risque majeur. Par exemple, la pratique fréquente du binge drinking, généralement défini comme la consommation d’au moins 5 à 6 verres en une même occasion, augmente fortement le risque ultérieur de trouble de l’usage d’alcool. Le sexe masculin est associé à une fréquence plus élevée de certaines consommations, même si les femmes peuvent présenter une vulnérabilité accrue à certains dommages somatiques ou psychiques. Les troubles de l’humeur (anxiété et dépression), la recherche de sensations et l’impulsivité sont associés à un risque accru d’addiction. Les drogues peuvent, pendant un temps limité et chez certaines personnes, compenser les troubles de l’humeur, avant de les exacerber au long cours.Sur le plan neurobiologiqueCertains circuits cérébraux et systèmes de neurotransmission sont impliqués dans la vulnérabilité à l’addiction. Par exemple, une activation plus faible des régions du cortex préfrontal, associée à des altérations de la transmission du glutamate (Taux de glucose (sucre) dans le sang.), peut réduire les capacités de contrôle du comportement. Elle facilite ainsi la consommation de substances et les conduites dangereuses associées (les surdoses, les rapports sexuels non protégés et non consentis, les traumatismes ou les blessures). De même, une sensibilité accrue aux effets renforçants des drogues ou des comportements addictifs, notamment via le circuit de la récompense et la transmission dopaminergique, peut augmenter la probabilité de répéter l’expérience et donc le risque d’addiction.D’autres systèmes cérébraux jouent aussi des rôles importants dans les addictions, notamment ceux impliqués dans la motivation, les émotions, la mémoire. Ainsi, les processus de la mémoire interviennent en renforçant les associations entre des stimuli environnementaux (voir une enseigne de casino, se trouver à proximité d’un bar par exemple…) ou internes à l’organisme (stress, fatigue, souvenirs…) avec les effets des drogues ou des comportements addictifs. Ces stimuli peuvent alors déclencher à eux seuls une envie intense de consommer, voire une rechute, même après une longue période d’abstinence.Sur le plan génétiquePar ailleurs, le risque d’addiction est accru chez une personne dont un des deux parents souffre lui-même d’un trouble addictif. Les études familiales, d’adoption et de jumeaux montrent que plus de la moitié du risque de développer une addiction est liée à des facteurs génétiques. Une vulnérabilité génétique commune entre les addictions est aussi révélée par le fait qu’une personne souffrant d’une addiction a sept fois plus de risque d’en développer une deuxième.Les recherches des 10 dernières années ont établi qu’il n’existe pas de « gène de l’addiction » en tant que tel, mais des centaines, voire des milliers de variants génétiques (Version alternative d’un gène.) dont chacun exerce un effet modeste en interaction avec l’environnement. Ces variants influencent notamment le métabolisme des substances et les effets qu’elles procurent. Ils peuvent favoriser l’émergence d’une addiction en renforçant les sensations agréables et les effets positifs sur le fonctionnement psychique (désinhibition, soulagement, amélioration des performances…) ou en augmentant la tolérance, ce qui favorise la répétition des consommations. Par exemple, des variants des gènes impliqués dans le métabolisme de l’alcool sont associés à un risque accru d’addiction. Une variation du gène codant la sous-unité alpha‑5 du récepteur nicotinique de l’acétylcholine (CHRNA5) est liée à une consommation plus importante de cigarettes, à une dépendance nicotinique plus sévère et à une plus grande difficulté à arrêter de fumer. De même, une variation du gène DRD2, associée à une moindre disponibilité des récepteurs dopaminergiques (Relatif à la dopamine ou au cellules sécrétant cette hormone.) D2, est reliée à une plus forte impulsivité, une vulnérabilité accrue aux addictions et un moindre contrôle comportemental.Des produits/pratiques au potentiel addictif variableDu côté du produit, l’addiction peut s’installer plus ou moins rapidement : après une ou quelques prises (crack, cocaïne...), plus progressivement, voire très lentement (alcool, jeux…). Tout dépend de la voie d’administration et du potentiel addictif de la substance ou de la pratique. Le tabac, l’héroïne, la cocaïne et l’alcool figurent parmi les substances qui présentent le potentiel addictif le plus élevé. Concernant les jeux vidéo, ceux en ligne, notamment en mode multi-joueurs, sont réputés plus addictogènes que les autres. Des facteurs environnementauxEnfin, l’influence de l’environnement – stress, contexte social et amical, présence de troubles psychiques, mais aussi disponibilité des produits, prix, marketing, normes sociales et exposition précoce – est déterminante. Par exemple, le principal facteur de risque d’addiction au tabac est d’avoir grandi au sein d’un foyer de fumeurs facilitant l’accès au tabac. De même que l’addiction au cannabis est fortement associée au fait d’avoir eu des amis fumeurs au moment de l’adolescence. Les traumatismes précoces psychologiques et physiques jouent un rôle déterminant dans la vulnérabilité à développer une addiction.L’addiction : un cycle entre comportement, émotions et neurobiologieL’installation d’une addiction peut être décrite comme un cycle évolutif qui implique trois grands processus : la recherche de plaisir, l’état émotionnel négatif et la perte de contrôle.La recherche de plaisirLe premier stade résulte de l’activation du circuit cérébral de la récompense par la drogue consommée (ou la pratique réalisée). Ce circuit fait intervenir la dopamine (Hormone sécrétée par certains neurones dopaminergiques, impliquée dans le contrôle de la motricité, dans la maladie de Parkinson ou encore les addictions.) dans le noyau accumbens, situé dans la partie ventrale du striatum, une structure présente dans chaque hémisphère cérébral. La répétition de cette consommation conditionne progressivement ce circuit à répondre aux stimuli internes et externes (voir une enseigne de casino, se trouver à proximité d’un bar…) associés à la substance ou au comportement addictif et leurs effets. Ce conditionnement conduit à ce que le circuit réponde directement aux stimuli qui prédisent l’arrivée de la récompense. Ainsi, la reproduction de la situation (environnement ou état mental) associée à la consommation ou à la pratique va favoriser une nouvelle consommation. C’est la phase de recherche de plaisir où les stimuli déclenchent l’envie de consommer. De nombreux autres systèmes de neurotransmission sont modifiés en parallèle, comme ceux qui mettent en jeu de la sérotonine ou les récepteurs aux endorphines. Ces derniers deviennent moins sensibles aux molécules endogènes habituellement impliquées dans la régulation de la douleur et la sensation de bien-être, et la production naturelle d’endorphines diminue. Système de récompense et addiction – animation pédagogique – 3 min – vidéo extraite de la plateforme Maad Digital (2016) Un état émotionnel négatifLorsque l’addiction s’installe, le système de récompense devient progressivement moins sensible aux plaisirs naturels. Cet état hypodopaminergique dans le striatum ventral favorise un état émotionnel négatif et conduit à consommer non plus pour rechercher du plaisir, mais pour soulager un mal-être. Cette transition représente une étape clé dans l’évolution de la maladie.Les consommations répétées entraînent des adaptations neurobiologiques importantes : les circuits associés aux drogues, aux habitudes et aux signaux environnementaux se renforcent, tandis que les capacités d’adaptation, de flexibilité et de contrôle peuvent s’affaiblir. Cette perte de plasticité limite les possibilités d’apprentissage de nouveaux comportements, réduit la flexibilité cognitive et rend plus difficile l’abandon d’habitudes devenues délétères. En parallèle, les activités auparavant gratifiantes perdent progressivement leur attrait. Une augmentation de la quantité de substance consommée, ou du temps consacré au comportement addictif, devient alors nécessaire pour activer suffisamment le circuit de la récompense et atténuer la dysphorie.Parallèlement, l’activité dopaminergique augmente dans le striatum dorsal, impliqué dans la formation des habitudes, les comportements automatiques et la compulsion. Ce déplacement progressif du contrôle comportemental vers des circuits plus automatisés contribue à rendre l’arrêt de la consommation particulièrement difficile, malgré la prise de conscience de ses conséquences négatives.La perte de contrôleÀ ce stade, les circuits de la récompense et des émotions sont profondément altérés, ce qui affecte les fonctions contrôlées par le cortex préfrontal, notamment l’autorégulation, la prise de décision et la capacité à résister aux envies de consommer. Ce stade de perte de contrôle explique les rechutes répétées, même lorsque le désir d’arrêter est fort.L’observation par imagerie (IRM ou PET-Scan) du cerveau de personnes dépendantes montre notamment une baisse des flux sanguins, une diminution de l’activation des régions corticales frontales et une augmentation de l’activation dans les régions impliquées dans la motivation, la mémoire, le conditionnement et les émotions.Il reste toutefois difficile de déterminer si ces modifications précèdent l’apparition de l’addiction, résultent de la consommation chronique ou correspondent à une combinaison des deux.Des études menées chez des personnes souffrant d’addiction comportementale montrent que les phénomènes cérébraux impliqués sont similaires à ceux observés chez les individus dépendants de drogues. L’interprétation des modifications observées reste délicate car les personnes qui ont une addiction consomment souvent plusieurs drogues.Le cycle infernal des jeux de hasard et d’argentLe jeu pathologique concerne en grande majorité des hommes, quadragénaires, souvent pères de famille. Ils pratiquent des jeux de hasard pur (roulette, machines à sous) ou des jeux mêlant hasard et stratégie (paris sportifs, poker, black jack). Le point de départ de leur pathologie est souvent un gain initial marquant qui génère une émotion très positive et incite à rejouer pour revivre ce moment. Puis le jeu et le gain s’imposent vite comme une manière de se sentir bien. Mais les pertes successives incitent le joueur à retenter inlassablement sa chance dans l’espoir de « se refaire », en augmentant les mises à mesure que les pertes s’accroissent. Les raisonnements deviennent erronés et vont à l’encontre des lois de probabilité que les joueurs connaissent pourtant généralement bien. Il s’écoule généralement plusieurs années entre le début du jeu et le moment où l’addiction est constituée.Des conséquences multiples, médicales, personnelles et socialesL’installation d’une addiction engendre de multiples conséquences qui s’installent dans un délai plus ou moins court et dont l’issue peut être sévère, voire tragique.Des risques immédiats liés à la substance/pratiqueLes premières conséquences sont spécifiques de l’addiction et sont immédiates. Euphorie, perte de contrôle, diminution du stress, désinhibition : elles varient selon la nature de la drogue ou de la pratique. Un risque vital immédiat lié à l’usage excessif existe dans certains cas (surdose, coma éthylique). Une étude coordonnée par l’OFDT estime en outre que la conduite après une prise excessive d’alcool multiplie par 8,5 le risque d’être responsable d’un accident mortel. Si le conducteur a également consommé du cannabis, ce risque est multiplié par 15. Dans un deuxième temps, s’installent les symptômes liés à l’exposition chronique et répétée, associés aux phénomènes de tolérance et de sevrage. Des conséquences sur la vie quotidienneSuivent des conséquences d’ordre comportemental : la consommation ou la pratique envahit progressivement la vie quotidienne de la personne dépendante et peut entraîner des répercussions délétères sur sa vie familiale, relationnelle et professionnelle. Elles engendrent un risque progressif accru d’isolement, de marginalisation, de stigmatisation, de perte d’emploi ou de déscolarisation… Des complications à long termeLes addictions entraînent des conséquences médicales, psychologiques et psychiatriques sur le long terme, en parallèle du processus addictif.Une modification du caractère (impulsivité, troubles de la mémoire, de l’attention…) et des troubles de l’humeur (notamment une anxiété) s’instaurent progressivement.L’addiction altère également la perception et le traitement des émotions, avec une tendance à surestimer les émotions négatives, ce qui peut favoriser des difficultés relationnelles et augmenter le risque de rechute lors de conflits.Des complications sont spécifiquement associées à certaines addictions : risque cardiovasculaire ou de cancer avec le tabac, risque cognitif ou tumoral avec l’alcool, troubles neurologiques et psychiatriques chez consommateurs réguliers de nombreuses drogues illicites, contamination par le VIH, et/ou les virus des hépatites B et C (VHB et VHC) chez les usagers de drogues injectables…Un diagnostic très norméLe diagnostic de l’addiction repose sur des critères bien définis, fixés par des instances internationales de santé mentale et répertoriés dans un manuel, le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM). Parmi ces critères, on trouve la perte de contrôle de soi, l’interférence de la consommation sur les activités scolaires ou professionnelles, ou encore la poursuite de la consommation malgré la prise de conscience des troubles qu’elle engendre. Un individu est considéré comme souffrant d’une addiction quand il présente ou a présenté, au cours des 12 derniers mois, au moins deux des onze critères suivants :Besoin impérieux et irrépressible de consommer la substance ou de jouer (craving)Perte de contrôle sur la quantité et le temps dédié à la prise de substance ou au jeuBeaucoup de temps consacré à la recherche de substances ou au jeuAugmentation de la tolérance au produit addictifPrésence d’un syndrome de sevrage, c’est-à-dire de l’ensemble des symptômes provoqués par l’arrêt brutal de la consommation ou du jeuIncapacité de remplir des obligations importantesUsage même lorsqu’il y a un risque physiqueProblèmes personnels ou sociauxDésir ou efforts persistants pour diminuer les doses ou l’activitéActivités réduites au profit de la consommation ou du jeuPoursuite de la consommation malgré les dégâts physiques ou psychologiquesL’addiction est qualifiée de faible si 2 à 3 critères sont satisfaits, modérée pour 4 à 5 critères et sévère pour 6 critères et plus. Dans la version la plus récente du DMS (DSM‑5), les troubles liés à l’usage de substances et le trouble lié aux jeux d’argent sont reconnus dans la catégorie des troubles addictifs. Le trouble du jeu vidéo est, quant à lui, identifié dans la classification internationale des maladies (CIM)-11 de l’OMS, mais reste classé dans le DSM‑5 parmi les conditions nécessitant davantage de recherches. Les usages intensifs du smartphone, les comportements sexuels compulsifs, l’hyperactivité professionnelle ou les achats compulsifs font l’objet de débats scientifiques. À ce jour, leur statut comme addictions à part entière n’est pas établi de manière consensuelle dans les classifications internationales.La prise en charge : sevrage et accompagnementLa prise en charge d’une addiction est proportionnelle à la sévérité de la maladie. Elle est multidisciplinaire et nécessite le plus souvent l’association d’un traitement médicamenteux, d’une prise en charge psychologique individuelle et/ou collective et d’un accompagnement social. La première étape consiste à définir avec la personne un objectif réaliste : réduction des risques, diminution de la consommation ou de la pratique, stabilisation ou abstinence. Le sevrage, c’est-à-dire l’arrêt de la consommation ou de la pratique addictive, peut être un objectif central, mais il n’est pas toujours la première étape. Le souhait du patient est primordial dans le choix des objectifs de réduction ou d’abstinence et il s’agit d’une décision conjointe entre patient et soignant.Sur le plan pharmacologique, il existe des traitements de substitution, qui aident au sevrage de différentes drogues. À ce titre, la cigarette électronique peut constituer un outil de réduction ou d’arrêt du tabac chez certains fumeurs. Parallèlement, différents médicaments dits addictolytiques sont disponibles, comme dans l’addiction à l’alcool : trois médicaments peuvent être prescrits dans le maintien de l’abstinence et deux autres dans la réduction de la consommation. Certains addictolytiques pourraient avoir une efficacité non pas spécifique d’une addiction mais transversale, commune à différentes addictions (voir plus loin). Ces dispositifs permettent de réduire les complications liées aux consommations tout en favorisant le maintien du lien avec le système de soins et l’accès à une prise en charge lorsque les personnes sont prêtes à s’y engager.Lorsque l’arrêt n’est pas possible ou souhaité, une démarche de réduction des risques et des dommages (RdRD) peut être proposée. Elle vise à limiter les conséquences sanitaires, psychologiques et sociales des consommations sans les banaliser.La prise en charge non pharmacologique des addictions repose sur un soutien psychosocial, qui permet de préserver ou de favoriser l’intégration sociale, et d’accompagner le patient dans les démarches éventuellement nécessaires pour atteindre cet objectif (accès aux droits, démarches socioprofessionnelles, soutien juridique…). Ce soutien permet aussi d’identifier d’éventuelles problématiques psychologiques, et les moyens à mettre en œuvre afin de les résoudre. Parallèlement, une psychothérapie est le plus souvent indispensable. Elle peut reposer sur différentes approches selon les spécificités de la personne et de son addiction : thérapie psychodynamique, thérapie multidimensionnelle familiale, thérapie cognitive et comportementale (TCC), thérapie systémique, thérapie comportementale... La prise en charge s’inscrit généralement dans la durée et nécessite une approche intégrée et intégrative avec une personnalisation dépendante des caractéristiques de la maladie, du patient, de son entourage et de ses comorbidités (Maladies associées à une pathologie principale.). Le succès dépend de la motivation du patient, puis de l’amélioration durable de ses conditions de vie et de son estime de soi : trouver un emploi, mener des activités, avoir des centres d’intérêt, trouver un rôle et une utilité dans la vie sociale. Les associations d’entraide (Alcooliques Anonymes, Croix Bleue, Addiction alcool Vie libre, Narcotiques anonymes, Camerup…) et les patients experts en addictologie ont une grande importance pour y parvenir. Ils offrent un soutien majeur, tout au long de la prise en charge, grâce aux échanges d’expériences de personnes qui ont vécu le même type de parcours. Les enjeux de la rechercheLa recherche dans le domaine des addictions porte sur les différentes drogues ou activités addictives, et vise à explorer plusieurs dimensions, notamment les mécanismes neurobiologiques et les susceptibilités individuelles. Les chercheurs tentent en particulier de clarifier certains points : Pourquoi, face à un même produit, certaines personnes deviennent dépendantes et d’autres pas ? Pourquoi l’addiction est-elle si difficilement réversible ? Quels sont les critères qui conditionnent la réponse aux traitements ? Quelles sont les conséquences à long terme des consommations de substances psychoactives sur le cerveau des adolescents ? Mieux comprendre les vulnérabilitésSur le plan de la compréhension des troubles addictifs, des liens bidirectionnels avec d’autres maladies psychiatriques sont déjà décrits, comme celui entre psychose et cannabis, ou entre troubles de l’humeur et alcool/psychostimulants. Les recherches actuelles visent à mieux comprendre ces liens. En effet, ils semblent permettre à certaines vulnérabilités neurobiologiques de favoriser le développement d’addictions et, à l’inverse, à certaines addictions de faciliter l’apparition de troubles psychiatriques. La neurobiologie et la neuroimagerie constituent des outils particulièrement précieux pour ces travaux. La recherche de nouveaux gènes impliqués dans la susceptibilité individuelle au développement d’une addiction conduit également à des développements intéressants. Des équipes s’intéressent en outre aux modifications épigénétiques qui modulent le niveau d’expression de ces gènes et peuvent contribuer à l’apparition d’une addiction. Ces modifications peuvent survenir en réponse à la consommation de la substance addictive, à l’environnement (stress, traumatismes psychologiques…) ou avoir été héritées. Il apparaît aussi que la consommation chronique de drogues modifie l’état épigénétique des neurones et d’autres types de cellules cérébrales. Si la causalité entre ces modifications épigénétiques et la dépendance n’est pas parfaitement confirmée, ces pistes ouvrent toutefois des perspectives thérapeutiques, lointaines mais intéressantes, utilisant des techniques d’édition épigénétique. Améliorer la prise en chargeSur le plan thérapeutique, une trentaine de médicaments qui visent une ou plusieurs addictions sont à l’étude à travers le monde. Certains se fondent sur des approches innovantes, comme les addictolytiques ou même des vaccins en développement dans la lutte contre l’addiction à la cocaïne, la nicotine ou aux opioïdes. Leur principe est d’aider l’organisme à produire des anticorps (immunisation active) ou d’injecter des anticorps thérapeutiques spécifiques (immunisation passive) qui permettent d’empêcher la substance ciblée d’atteindre le cerveau et d’y produire ses effets. Certains des essais cliniques en cours sont encourageants. De nouvelles approches thérapeutiques concernent par exemple les substances psychédéliques, comme le LSD, les tryptamines (ayahuasca, ibogaïne et psilocybine) ou la mescaline. À leur mise au point, celles-ci ont été utilisées comme de véritables « boosters » des psychothérapies dans l’exploration du psychisme de personnes dépressives, souffrant de stress post-traumatique ou d’addiction. Après plusieurs décennies de quasi-arrêt de ces recherches, liées au durcissement du cadre réglementaire et aux représentations négatives associées à ces substances, on observe aujourd’hui un regain d’intérêt scientifique pour les thérapies assistées par psychédéliques. Plusieurs études cliniques sont en cours, notamment dans l’addiction à l’alcool, les troubles dépressifs et le stress post-traumatique. Ces approches ne correspondent pas à une automédication par psychédéliques, mais à des protocoles strictement encadrés, associant administration contrôlée, accompagnement psychothérapeutique et suivi clinique. Des études cliniques en cours.Parmi les nouvelles pistes thérapeutiques, les agonistes (Molécule activant un récepteur en s’y fixant à la place du messager habituel.) des récepteurs du GLP‑1, initialement développés pour le traitement du diabète et de l’obésité, suscitent un intérêt croissant. Des études précliniques et plusieurs essais cliniques suggèrent qu’ils pourraient réduire le craving et la consommation de certaines substances, en particulier l’alcool et le tabac, probablement en modulant les circuits cérébraux de la récompense. Ces résultats restent toutefois préliminaires et nécessitent d’être confirmés par des essais cliniques de plus grande ampleur avant d’envisager leur utilisation dans le traitement des addictions.Des approches non médicamenteuses sont également à l’étude, comme la stimulation cérébrale, qu’elle fasse appel à des électrodes implantées dans le cerveau (stimulation cérébrale profonde (Consiste à délivrer un courant électrique de faible intensité dans certaines structures spécifiques du cerveau, grâce à des électrodes directement implantées.)) ou à un champ magnétique avec la stimulation magnétique transcrânienne répétée (SMTr) et la stimulation transcrânienne à courant continu (STCC), ces deux dernières techniques présentant l’avantage d’être non invasives. Dans tous les cas, l’idée est de moduler l’excitabilité neuronale dans des régions précises du cortex cérébral et du circuit de la récompense dont le fonctionnement est altéré par l’addiction. De nombreux protocoles sont en cours d’évaluation ou sur le point d’être évalués. On espère qu’ils permettront de réduire le craving et l’impulsivité, notamment dans les addictions au tabac ou à l’alcool.La piste de la modification du microbiote intestinal est également à l’étude. En effet, la consommation d’alcool altère le microbiote intestinal et la communication intestin-cerveau. De premières études ont montré que le transfert de microbiote fécal d’un donneur sain à un patient alcoolodépendant diminue l’envie de boire et améliore performances cognitives et le bien-être.Au-delà des progrès attendus dans la compréhension des mécanismes neurobiologiques et dans le développement de nouveaux traitements, un enjeu majeur reste celui de la prévention. Celle-ci ne peut reposer uniquement sur l’information ou la responsabilité individuelle. Elle implique aussi des mesures collectives visant à limiter l’exposition précoce, réduire l’accessibilité des produits ou des pratiques à risque, encadrer les prix et le marketing, agir sur les normes sociales et créer des environnements favorables à la santé. Prévenir les addictions, c’est donc intervenir à la fois sur les vulnérabilités individuelles et sur les contextes sociaux, économiques et environnementaux qui favorisent leur apparition.Nos contenus sur le même sujetActualités13 janvier 2025 – Nicotine : l’exposition pendant l’adolescence perturbe le développement cérébral chez la souris9 janvier 2023 – Alcoolodépendance : la dopamine comme piste thérapeutique10 janvier 2022 – Thérapies psychédéliques : une panacée ?13 septembre 2019 – L’abus d’alcool altèrerait le circuit de la récompense dans le cerveau des ado30 juin 2016 – Dépendance aux jeux en ligne : des données personnelles qui en disent long...Communiqués de presse24 juin 2026 – Les risques potentiels du binge drinking sur la santé des jeunes étudiants22 mai 2024 – Des champignons hallucinogènes pour traiter l’addiction à l’alcool7 mai 2021 – L’évaluation scientifique confirme l’intérêt des salles de consommation à moindre risque (SCMR)8 juillet 2020 – Des cellules cérébrales en forme d’étoile éclairent le lien entre consommation de cannabis et sociabilité10 septembre 2018 – Éteindre l’addiction à la nicotine grâce à la lumière ?7 mars 2018 – Vulnérabilité à l’addiction : une mauvaise production des nouveaux neurones en cause18 mai 2017 – Consommation précoce de cannabis et influence sur les résultats scolaires : le lien se précise ?À découvrir aussiCocaïne – Expertise collective Inserm (janvier 2026)Du paradis à l’enfer – C’est quoi le chemsex ?Quand le tabac part en musique – un épisode du podcast Les Volontaires (2024)Pour le plaisir : C’est quoi la dopamine ? Alcool et santé – dossier d’informationJeux vidéo, jeux d’argent, sexe, travail : Des addictions comme les autres ? – magazine Science&Santé n°19 (mars/avr 2014) Conduites addictives chez les adolescents – expertise collective (2014) Médicaments psychotropes, consommations et pharmacodépendances – expertise collective (2012) Réduction des risques chez les usagers de drogues – expertise collective (2010)La santé mentale et les addictions chez les personnes sans logement personnel d’Île-de-France – rapport d’enquête (2010) Jeux de hasard et d’argent : Contextes et addictions – expertise collective (2008)Pour aller plus loinMAAD Digital – site d’information scientifique sur les addictions construit avec et pour les jeunes, conçu par la Mildeca et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale.) en collaboration avec l’association l’Arbre des connaissances Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les conduites addictives (MILDECA) Addict’Aide, le village des addictions – portail d’informations sur les addictions, à destination des patients, de leurs proches, des praticiens, des aidants et des chercheurs.ACS | Alcool Conso Science – site d’information scientifique sur l’alcool conçu par la Société française d’alcoologie et d’addictologieAddiction – dossier du ministère de la Santé Drogues Info Service Tabac Info Service Alcool Info Service Joueurs Info Service