Le système immunitaire produit naturellement des protéines antivirales en cas d’infection par un virus. Caroline Goujon étudie ce phénomène depuis près de quinze ans, pour découvrir ces fameux antiviraux et leur mode de fonctionnement. Elle vient d’obtenir un financement du Conseil européen de la recherche (ERC Starting Grant) pour poursuivre ces travaux prometteurs.

Caroline Goujon
Caroline Goujon

Il existe des antiviraux naturels puissants au sein même de nos cellules. Caroline Goujon le sait et les étudie depuis plusieurs années avec l’idée d’en faire un jour une arme contre les infections virales. Cette chercheuse à l’Institut de recherche en infectiologie de Montpellier (IRIM) ne s’était pourtant pas destinée à une carrière de chercheuse. Après un BTS d’analyses biologiques, c’est un stage dans un laboratoire de recherche en virologie, à l’Institut Cochin, qui a provoqué le déclic. Immédiatement passionnée par la vie des virus, fascinée par leur capacité à détourner la machinerie cellulaire à leur profit pour se multiplier, elle veut comprendre. Ce leitmotiv ne la lâchera plus.

Elle poursuit ses études scientifiques à l’Ecole normale supérieure de Lyon, obtient son DEA et y prépare son doctorat. Son sujet de thèse porte sur la résistance des cellules dendritiques au VIH-1. "Ces cellules sont naturellement très peu permissives à ce virus, et j’ai découvert qu’une protéine du VIH-2 était capable de les rendre sensibles à l’infection. En fait, nous savons maintenant que ces cellules produisent une protéine particulière qui restreint l’infection et qui est dégradée par le VIH-2", clarifie-t-elle. Un premier succès qui la porte à Londres, dans un laboratoire de rétrovirologie réputé du King’s College.

Une publication majeure qui lui ouvrira bien des portes

Une bourse européenne Marie Curie finance son post-doc, pour étudier la réponse des cellules immunitaires de l’hôte au VIH. Elle travaille notamment sur le rôle des interférons produits par les cellules infectées. Ces molécules induisent l’expression de centaines de gènes dans différentes cellules immunitaires et entrainent ainsi la production de protéines antivirales. En étudiant ces gènes activés par les interférons dans différents types cellulaires, elle découvre le rôle majeur de la protéine MX2, un puissant agent antiviral qui bloque une étape clé du cycle de réplication du VIH. Ce résultat, qui lui vaut une publication dans Nature en 2013, lui ouvre bien des portes. "Ce succès a clairement favorisé le fait de décrocher un poste de chargée de recherche à l’Inserm et une bourse ATIP-Avenir pour monter mon équipe, puis des financements de la part de l’ANRS et de Sidaction", clarifie-t-elle.

Depuis, elle continue à explorer la fonction de MX2 et de MX1, une autre protéine antivirale exprimée chez l’homme et capable d’inhiber le virus de la grippe. "Ces molécules ont été longuement étudiées mais personne ne sait comment elles fonctionnent ! En outre, je poursuis l’identification des gènes activés par les interférons pour découvrir d’autres protéines anti-infectieuses. Il faut bien comprendre que nous possédons tous ces antiviraux naturels, mais leur production ne se met en marche qu’après l’infection. S’ils étaient déjà présents avant l’arrivée du virus, ils permettraient de bloquer efficacement l’infection", entrevoit-elle.

Un sujet passionnant, une équipe compétente, Caroline Goujon dispose des conditions optimales pour décrocher un financement de l’ERC en 2017. Avec un million et demi d’euros financés sur cinq ans, elle va pouvoir renforcer encore ses effectifs pour travailler sur l’identification et la caractérisation des effecteurs antiviraux contre les virus de la grippe et le VIH. "Cinq années consacrées uniquement à la science sans avoir à chercher de nouvelle bourse : le bonheur !", conclut-elle.

En savoir plus sur Caroline Goujon

Caroline Goujon est responsables de l’équipe ATIP-AVENIR Interféron et restriction antivirale, au sein de Institut de recherche en infectiologie de Montpellier (IRIM, UMR 9004 CNRS)