Lionel Apetoh : "Nous faisons le pari d’une nouvelle voie d’immunothérapie anticancéreuse"

10 novembre 2017

Voilà à peine 10 ans que la recherche contre le cancer s’intéresse sérieusement à l’immunité comme vecteur potentiel de guérison. Si de premières immunothérapies sont d’ores et déjà utilisées contre le mélanome, beaucoup reste encore à découvrir et à comprendre dans ce domaine. Lionel Apetoh et son équipe ont choisi de s’intéresser aux propriétés des lymphocytes T CD4, afin de développer de nouvelles pistes thérapeutiques...

L’immunologie du cancer est un domaine de recherche relativement récent. Comment l’avez-vous intégré ?

Lorsque j’étais lycéen, j’étais fasciné par la façon dont fonctionne notre système immunitaire : c’est ce qui m’a incité à m’orienter vers la biologie. Concrètement, j’ai mis le pied à l’étrier en immunologie lors d’un stage de Master, à Québec. Ensuite j’ai poursuivi un parcours classique, en conduisant ma thèse de doctorat au sein du laboratoire de Laurence Zitvogel, spécialiste de l’immunothérapie, puis un post-doctorat à l’université de Harvard. J’ai pu m’intéresser à la fois à des questions fondamentales et à des questions plus appliquées à la cancérologie. À l’époque, l’immunothérapie antitumorale était encore un pari. Il a été validé depuis. Et grâce au financement européen que j’ai décroché avec mon laboratoire, en 2015, l’idée est même de développer une nouvelle voie d’immunothérapie : nous nous intéressons aux lymphocytes T CD4, une population cellulaire très importante pour nos mécanismes habituels de défense.

Pourquoi l’immunothérapie constitue-t-elle une voie originale dans la lutte contre le cancer ?

L’évolution naturelle des tumeurs montre que l’immunité n’est pas assez efficace pour combattre le cancer. Pour y pallier, l’approche la plus logique a initialement été de développer la chimiothérapie anticancéreuse. Il existait bien un rationnel scientifique ancien sur la capacité de l’immunité à lutter contre le cancer : dans les années 1970, des études ont par exemple montré qu’une chimiothérapie fonctionnait moins bien chez une souris chez laquelle on avait supprimé les défenses immunitaires. Mais si les ces observations suggéraient une coopération potentielle entre chimiothérapie et immunité, les connaissances en biologie cellulaire et moléculaire étaient à l’époque insuffisantes pour comprendre les fondements du succès de cette association. Aujourd’hui, on sait qu’il existe deux voies différentes : certaines chimiothérapies vont permettre de libérer des composés qui stimulent l’immunité à partir des cellules cancéreuses détruites. La deuxième voie est celle des composés aujourd’hui développés en immunothérapie : ils ciblent des cellules clés de l’immunité, pour les activer directement et booster la réponse contre le cancer.

Pourquoi les lymphocytes T CD4 concentrent-ils votre attention ?

Ces cellules fonctionnent comme un chef d’orchestre : elles n’ont pas nécessairement une action antitumorale directe, mais elles libèrent des messagers qui vont permettre la coopération cellulaire et ainsi la destruction des cellules cancéreuses. L’idée est donc de mieux comprendre la façon dont cette cascade biologique fonctionne, pour pouvoir ensuite la stimuler et développer une nouvelle classe thérapeutique d’immunothérapie. Le financement reçu de la part du Conseil européen de la recherche (ERC Starting Grant) nous permet de nous pencher en particulier sur la façon dont les lymphocytes sont activés par les acides nucléiques (ADN) environnants. En effet, l’ADN est physiologiquement présent dans le noyau des cellules de l’organisme. S’il est anormalement présent dans un autre compartiment biologique, l’immunité envoie un signal d’alarme dans lequel les lymphocytes CD4 interviennent. Or, en cancérologie, certaines cellules anormales meurent naturellement et la chimiothérapie accentue leur destruction. Leur ADN est donc libéré, et potentiellement repéré par les lymphocytes. Nous nous sommes donc attelés à décortiquer ces mécanismes.

C’est un projet à haut risque, mais à haut potentiel : typique des sujets éligibles aux financements de l’ERC. Outre son montant élevé, ce Grant nous offre 5 années de latitude, et non trois comme c’est le cas avec les financements habituels. Cela nous permet de ne pas travailler dans l’urgence et d’explorer des pistes que nous n’aurions pu envisager autrement. Sans oublier que l’ERC fonctionne aussi comme un label de qualité, ce qui nous permet de voir candidater sur nos offres d’emploi des scientifiques experts venant du monde entier….

En savoir plus sur Lionel Apetoh :
Lionel Apetoh est responsable de l’équipe Régulation de la différenciation lymphocytaire T CD4 par les acides nucléiques,  au sein de l'unité Lipides, Nutrition, Cancer (unité 1231 Inserm/Université de Bourgogne/Agrosup Dijon) 

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