Un nouveau marqueur de risque de démence

Science

Des lésions situées dans la partie temporale de la substance blanche cérébrale prédisent un risque de déclin cognitif dans les sept ans qui suivent. C’est ce que vient de montrer une équipe de l’Inserm après avoir passé plus de 400 séniors issus de la population générale à l’IRM.

Toutes les personnes âgées présentent des lésions au niveau de la substance blanche (1) cérébrale, mais les lésions situées dans la partie temporale du cerveau (2) seraient pathologiques. Selon une étude de l’Inserm, elles augmentent de façon majeure le risque de déclin cognitif, voire de démence telle que la maladie d’Alzheimer, pouvant survenir dans les sept ans.

Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont cartographié par IRM les lésions cérébrales de 426 personnes indemnes de troubles cognitifs, âgées de 65 à 80 ans.

Des lésions nombreuses et localisées

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© Inserm, Elisabeth Tournier-Lasserve IRM cérébrale normale

« L’apparition de lésions au sein de la substance blanche est un trait commun du vieillissement. Mais nous suspections que l’importance et la localisation de ces lésions pouvaient être des indicateurs du risque de déclin cognitif », explique Sylvaine Artero (3), co-auteur des travaux. Pour le vérifier, les chercheurs ont suivi cette cohorte pendant sept ans, en effectuant à plusieurs reprises des tests cognitifs et des expertises neurologiques.

« Les résultats indiquent que les personnes qui présentent une charge élevée de lésions de la substance blanche, associée à de nombreuses lésions dans la partie temporale, ont un risque accru de développer une démence », résume la chercheuse.

Ce lien n’a pas été retrouvé avec les régions cérébrales frontale, pariétale et occipitale. « Les lésions dans l’aire temporale pourraient donc constituer un biomarqueur de risque de la maladie d’Alzheimer », clarifie-t-elle.

Vers un seuil de risque unique

Au-delà de l’intérêt que représente la découverte d’une localisation spécifique de lésions associées à la démence, ce résultat est très important pour les études cliniques : « Actuellement, les essais thérapeutiques relatifs à la maladie d’Alzheimer sont menés sur des personnes atteintes d’une maladie débutante. Or il faudrait réussir à recruter des patients encore indemnes de la pathologie, à un stade pré-symptomatique, pour évaluer l’effet protecteur des candidats médicaments, explique la chercheuse. Disposer de ce nouveau marqueur de risque peut changer la donne en permettant d’identifier plus tôt les personnes à risque ».

En attendant, il est nécessaire d’effectuer un travail d’homogénéisation des méthodes de calcul des lésions cérébrales. « Chaque laboratoire utilise sa propre technique. Dans le cadre de cette étude nous avons par exemple travaillé avec une équipe newyorkaise de l’université de Columbia qui a mis au point une méthode de calcul semi automatisée. Sans cette homogénéisation, nous ne pourrons pas proposer un seuil de risque international permettant de corréler le risque de démence avec l’importance des lésions constatées », conclut-elle.

 

 

Notes :
(1) La substance blanche est un tissu du système nerveux central, principalement composé d'axones. Elle constitue la partie interne du cerveau et la partie superficielle de la moelle épinière.
(2) Les lobes temporaux du cerveau sont localisés dans la partie latérale et inférieure du cortex.
(3) Unité 1061 Inserm/Université Montpellier 1, « Neuropsychiatrie : recherche épidémiologique et clinique », Hôpital La Colombière, Montpellier

 

Source :
M. Mortamais et coll. Spatial distribution of cerebral white matter lesions predicts progression to mild cognitive impairment and dementia. PloS One, édition en ligne avancée du 14 février 2013