Dopage et pratiques dopantes en milieu sportif

Ce document présente la synthèse et les recommandations issues des travaux du groupe d’experts réunis par l’Inserm dans le cadre de la procédure d’expertise collective pour répondre à la demande du ministère chargé des Sports concernant le dopage et les pratiques dopantes en milieu sportif.

Ce travail s’appuie essentiellement sur les données issues de la littérature scientifique internationale disponible en date de la fin décembre 2024. Plus de 3 800 documents ont été rassemblés à partir de l’interrogation de différentes bases de données bibliographiques (PubMed, Scopus, Web of Science, SocINDEX…). Le Pôle expertise collective, rattaché à l’Institut thématique Santé publique de l’Inserm, a assuré la coordination de cette expertise.

Dopage et pratiques dopantes en milieu sportif

Les questions soulevées par le dopage sont nombreuses et multidimensionnelles. Elles ne concernent pas seulement le milieu sportif, mais également les États mobilisés autour de la protection de la santé des populations et de la mise en place de dispositifs de prévention et de lutte contre le dopage. Ces questions sont à la fois d’ordre éthique, politique, sanitaire – qu’il s’agisse de la santé physique ou mentale –, sociologique ou économique. Elles concernent des populations sportives très diverses puisqu’elles touchent les sportifs de haut niveau engagés dans des compétitions de niveau national ou international, soumis aux contrôles antidopage, mais aussi des sportifs amateurs (ou récréatifs ou de loisir) qui peuvent être engagés dans des compétitions (niveau départemental ou régional…) ou ne pas l’être et pratiquer pour leur plaisir ou leur bien-être. De plus, les performances sportives, au cœur des enjeux du dopage, dépassent le cadre strictement sportif, et sont devenues des symboles d’affirmation identitaire aux multiples dimensions (identités nationales, locales, politiques, de genre…). Elles prennent d’autant plus d’importance que le sport est devenu une pratique emblématique d’une société qui promeut la performance en tant qu’idéal. En conséquence, étudier le dopage suppose de traiter des questions relatives aux choix individuels aussi bien qu’aux enjeux géopolitiques.

Face aux difficultés associées à la prévention et à la lutte contre le dopage, l’Inserm a été saisi par le ministère chargé des Sports pour faire un bilan de la littérature disponible sur le sujet du « dopage et des pratiques dopantes en milieu sportif », en particulier de faire un état des lieux des connaissances sur les effets sur la santé de la consommation de substances à visée d’amélioration de la performance. Le rapport d’expertise collective s’appuie sur les données issues de la littérature scientifique en se concentrant sur les dix dernières années. Il a été rédigé par un groupe de 12 experts de plusieurs disciplines : épidémiologie, sociologie, philosophie politique, psychosociologie, psychologie, science de la prévention, cardiologie, psychiatrie, physiologie de l’exercice et médecine du sport.

Le corpus révèle une grande hétérogénéité et une focalisation sur certaines questions, avec par exemple de nombreuses données sur la détection des substances et beaucoup moins sur les effets du dopage sur la santé. Le domaine de la détection des substances et celui des propriétés ergogéniques n’ont pas été abordés dans le cadre de l’expertise dont l’objectif principal est d’apporter des éléments pour améliorer la prévention du dopage.

Les différents chapitres du rapport d’expertise collective s’appuient sur l’analyse de la littérature effectuée par les experts dans chacune de leurs disciplines à partir de la bibliographie qui a été mise à leur disposition et discutée collégialement.

  • Les trois premiers chapitres portent sur la prévalence afin de mieux évaluer l’importance de la question du dopage : le premier analyse les méthodologies d’estimation de la prévalence, le deuxième examine les données de prévalence du dopage et des pratiques dopantes en milieu sportif, et le troisième s’intéresse spécifiquement aux données de prévalence dans le handisport.
  • Une deuxième série de chapitres est consacrée à l’analyse des dommages sanitaires et sociaux du dopage et des pratiques dopantes : quatre chapitres traitent des effets sur la santé des produits dopants sur la santé physique (systèmes cardiovasculaire, rénal, endocrinien, reproducteur, hépatique, cutanéo-muqueux, musculo-squelettique, risque de cancers ou d’infections) et sur la santé mentale, suivis d’un chapitre analysant les dommages sociaux liés au dopage.
  • Une troisième série de chapitres traite des déterminants du dopage et des pratiques dopantes par une approche psychosociale puis par une approche sociologique, et présente également l’analyse des programmes de prévention du dopage et des pratiques dopantes.
  • Enfin, la dernière série de chapitres expose l’analyse des politiques antidopage, de leurs conséquences sociales, et questionne les dimensions éthiques de la lutte antidopage.

Cette analyse de la littérature, alimentée par la réflexion collective du groupe d’experts, a permis de proposer une synthèse et des recommandations élaborées et validées collectivement par le groupe. Les premières, dites « recommandations structurantes », sont destinées à proposer une organisation et des grands principes facilitant la mise en œuvre des recommandations d’action de prévention et de lutte contre le dopage, et des recommandations de recherche qui les accompagnent.

Le groupe d’experts a auditionné des intervenants qui ont partagé leurs expériences, présenté leurs travaux de recherche ou leurs actions dans la prévention et la lutte contre le dopage. Ces apports complémentaires apparaissent sous la forme de « communications » en fin du rapport d’expertise complet.

Le groupe d’experts a souhaité ajouter un glossaire où sont définis les notions ou les termes essentiels à la compréhension du rapport d’expertise. À travers les différentes disciplines scientifiques et les nombreuses réunions et échanges au cours de ce processus d’expertise, il est apparu aux experts que certaines définitions réglementaires couramment utilisées dans ce domaine n’avaient pas d’équivalence directe avec les termes utilisés dans les articles scientifiques. Il a semblé important que cela soit précisé dans ce glossaire.