Science

Un vaccin contre le virus Nipah pourrait bientôt voir le jour. Avec un taux de mortalité de près de 70 % en cas d’infection, les populations du Bengladesh ou d’Inde touchées par ce virus sont en attente d’un moyen de se protéger contre ce redoutable virus.

Un vaccin contre le virus Nipah est en bonne voie. Si le nom de ce virus n’évoque pas grand chose en France, les Malaisiens et les Indiens le connaissent bien. Il s’agit d’un virus redoutable, associé à des taux de mortalité atteignant 40 à 70 % chez l’homme, qui entraine des complications neurologiques de type encéphalite chez les patients infectés.

Identifié pour la première fois en 1998, en Malaisie, le virus sévit depuis régulièrement au Bengladesh et en Inde. En outre, il n’est pas exclu qu’il se manifeste dans d’autres pays car son réservoir naturel, la chauve-souris frugivore, est présente de l’Océan indien à l’Asie du sud est, en Australie et dans les iles du sud ouest Pacifique. Le virus a été d’ailleurs été retrouvé chez ces chauves-souris au Cambodge ou encore à Madagascar.

Une efficacité remarquable

Plusieurs équipes travaillent sur la mise au point d’un vaccin mais à ce jour, aucun d’entre eux n’a dépassé le stade expérimental. Aujourd’hui, l’espoir renait avec les récents travaux d’une équipe de l’Inserm : les chercheurs ont développé un vaccin à partir du virus vaccinal de la rougeole dans lequel ils ont greffé une protéine du virus Nipah nécessaire pour sa pénétration dans la cellule hôte.

Testé chez une trentaine de hamsters, le candidat-vaccin a permis d’obtenir une protection totale contre l’infection, alors que les hamsters non vaccinés sont morts dans 90 % des cas. Encouragés par ces résultats, les chercheurs l’ont testé chez le primate et, là encore, la protection a été totale.

Un développement qui démarre

« Ce vaccin est tout à fait prometteur car nous sommes partis de celui de la rougeole dont on sait qu’il est bien toléré et immunogène chez l’homme, explique Marie-Claude Georges, co-auteur des travaux. Néanmoins il faut encore en vérifier la tolérance et l’efficacité chez l’homme. Le développement d’un vaccin est un parcours semé d’embuches et demande des années, rappelle–t-elle. En cas de succès, l’objectif est de l’administrer en prévention aux populations habitant dans les zones endémiques, notamment au Bengladesh et en Inde où le virus sévit dans des zones rurales de manière récurrente depuis plusieurs années », explique la chercheuse.

Le laboratoire P4, sous haute surveillance
L’étude d’agents infectieux hautement pathogènes comme ce virus Nipah demande des conditions particulières, pour éviter tout risque de contamination et de propagation. Telle est la vocation du laboratoire P4 (de classe 4) Jean Mérieux de l’Inserm, situé à Lyon. 
Les chercheurs y travaillent équipés d’un scaphandre maintenu en surpression pour les protéger de toute contamination, le laboratoire est maintenu en dépression afin de protéger l’environnement, tous les déchets produits sont totalement inactivés et l’air extrait est purifié par un système de double filtration absolue. 
Offrant la plus grande capacité d’expérimentation en Europe avec ce niveau de confinement, ce laboratoire est ouvert à la communauté scientifique. Actuellement, plus d’une dizaine d’équipes scientifiques, françaises ou étrangères, issues des domaines public et privé, l’utilise pour étudier des microorganismes tels que des virus responsables de fièvres hémorragiques comme les virus Ebola, Marburg, Lassa, Junin, Machupo, Guanarito, Sabia, Crimée-Congo, ou d’encéphalites comme les virus Nipah et Hendra.