SARS-CoV-2 : Un futur virus saisonnier ?

Science

Il n’est pas encore parti que l’on se demande déjà s’il va revenir : le SARS-CoV-2, virus responsable de la pandémie du Covid-19, fait actuellement l’objet de nombreuses études de modélisation pour déterminer s’il provoquera une deuxième, voire une troisième vague épidémique, alors même que la première n’est pas terminée. Deviendra-t-il à terme un virus saisonnier comme la grippe ? Parce que le SARS-CoV-2 n’a pas été étudié sous toutes les saisons et tous les climats, on tente de répondre à ces questions par analogie avec d’autres coronavirus. Pour l’instant, aucune étude n’y a apporté de réponse claire et tranchée, mais des hypothèses plus ou moins probables peuvent déjà être formulées. Un virologue et deux épidémiologistes s’essaient à l’exercice difficile de l’anticipation.

Un article à retrouver dans le n°47 du magazine de l'Inserm

L'avis de Bruno Lina

©Inserm/François Guénet

Aujourd’hui, nous n’avons que des hypothèses, et aucune certitude ! En effet, le virus n’a pas connu un cycle saisonnier complet. Toutefois, nous pouvons le comparer à des virus qui possèdent des caractéristiques similaires : la plupart des virus à infection respiratoire ont un comportement homogène et suivent une saisonnalité. Il est donc hautement probable que le SARS-CoV-2 soit saisonnier également, à terme. Pour l’instant, le SARS-CoV-2 est encore dans sa phase émergente. Lors de cette phase, les virus n’ont pas de saisonnalité car l’immunité collective n’est pas assez importante pour freiner leur diffusion. En quelque sorte, ils se propagent sur un terrain immunologiquement vierge. Quand l’immunité collective sera suffisante, le virus devra s’appuyer sur d’autres facteurs pour continuer de circuler, notamment la saisonnalité et les comportements humains qui y sont liés. Il existe 99,9 % de risque que ce virus ne disparaisse pas après avoir fait le tour de la planète.

Quand va-t-il à nouveau circuler en Europe ? Cela dépendra de nos comportements. Si les mesures sanitaires sont abandonnées, le virus circulera à nouveau à très court terme – à l’échelle de quelques semaines. Si elles sont maintenues, il est probable qu’il re-circulera lorsque les conditions climatiques lui conféreront un avantage. Selon ce raisonnement, il pourrait basculer dans sa phase saisonnière dès la fin de l’automne, à la faveur de la saison froide propice à la diffusion des virus. D’ailleurs, c’est sans doute la raison pour laquelle l’épidémie est actuellement si explosive dans les pays d’Amérique du Sud : l’introduction du virus a coïncidé avec la fin de l’automne et le début de l’hiver.

À titre de comparaison, l’épidémie de grippe de 1918, dont le virus affichait une contagiosité similaire au SARS-CoV-2, a connu trois vagues successives au cours de sa phase émergente, avant de devenir saisonnier. Avec le SARS-CoV-2, il est plus probable que nous n’ayons que deux vagues, notamment car il n’est pas associé à une surinfection bactérienne.

Bruno Lina est virologue au Centre international de recherche en infectiologie de Lyon.

L'avis de Chiara Poletto

©Chiara Poletto

Il est très difficile de modéliser la saisonnalité d’un virus car cette dernière dépend de nombreux facteurs. Dans le cas de la grippe par exemple, on dénombre des facteurs météorologiques (température et humidité en particulier) et des facteurs liés au comportement des individus : les écoles sont fermées l’été, les individus passent plus de temps en extérieur… Il y a également des facteurs indirects : l’exposition au soleil augmente la synthèse de vitamine D, ce qui est bénéfique pour le système immunitaire. Et parmi tous ces facteurs, il est également difficile de savoir lequel aura le plus d’influence sur la susceptibilité à l’infection. Des approches prédictives efficaces ont été développées pour la grippe, mais elles ne sont pas transposables au SARS-CoV-2, en raison des caractéristiques de la situation pandémique actuelle. L’immunité des individus est probablement très basse car le virus est nouveau. Il a donc une puissance de diffusion énorme. De plus, pour modéliser l’activité du coronavirus, déterminer la diffusion de la maladie et caractériser sa dynamique, il est nécessaire d’intégrer plusieurs données complexes : la mobilité des individus, la probabilité qu’ils entrent en contact avec d’autres, le nombre de contacts de chacun au cours de la journée, l’âge des individus avec lesquels ces contacts se font… À ce stade, il est difficile de proposer des scénarios car il reste beaucoup d’inconnues, qui auront une influence importante sur la dynamique de diffusion du virus. Par exemple, des études montrent que l’on acquiert une immunité si on est infecté par le virus, mais on ne sait pas encore pour combien de temps. Il est probable qu’il y ait une deuxième vague en automne ou, en tout cas, la diffusion ne va pas s’interrompre tout de suite. À l’heure actuelle, les modélisateurs ne se demandent pas encore si le virus est saisonnier, mais plutôt s’il est ou non sensible aux variations saisonnières !

Chiara Poletto est chargée de recherche en épidémiologie et systèmes complexes à l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique à Paris.

L'avis d'Éric D’Ortenzio

©Inserm/Patrick Delapierre

Il est très difficile de se projeter et de se prononcer sur une éventuelle saisonnalité car pour l’instant, nous ne savons pas grand-chose sur ce virus. Concernant l’immunité que procure une infection par le SARS-CoV-2, par exemple, il y a beaucoup d’inconnues, notamment parce que nous n’avons pas encore assez de recul. Si on effectue aujourd’hui des tests sérologiques sur des personnes qui ont été infectées, on pourra peut-être détecter des anticorps– car certaines personnes en développent, d’autres pas –, mais on ne pourra rien conclure quant à la durée de l’immunité ni à sa qualité. Des études suggèrent que la plupart des malades développent une immunité contre le virus, même s’il est encore trop tôt pour connaître sa durée et son efficacité contre une réinfection. Certes, l’immunité n’est pas le seul facteur à considérer : la température, l’humidité, les ultraviolets… pourraient également avoir une influence. Mais nous n’avons pas plus de certitudes concernant ces facteurs ! En outre, avant de parler de saisonnalité, il ne faut pas oublier que la pandémie bat toujours son plein, et que le virus est encore présent sur le territoire français même si sa circulation est faible :il se propage essentiellement par l’intermédiaire de clusters, des foyers épidémiques « explosifs » où une proportion importante d’individus sont contaminés en même temps dans des conditions similaires. Par ailleurs, étant donné que les mesures sanitaires les plus contraignantes ont été levées – comme le confinement par exemple – si on observe une recrudescence des cas à l’arrivée de la saison froide, il sera difficile de l’attribuer aux conditions climatiques et donc à un caractère saisonnier du virus. Il est très possible que les effets du confinement de la population soient plus importants que les variations saisonnières sur la diffusion du SARS-CoV-2. À ce titre, la prévention reste essentielle : lavage des mains, port du masque, gestes barrières… Ces comportements doivent être conservé et appliqués en toutes saisons !

Éric D’Ortenzio est médecin épidémiologiste, coordinateur du réseau REACTing.