Rectocolite hémorragique, une appendicectomie peut démultiplier le risque de cancer du côlon

Science

Une appendicectomie réalisée en cas d’appendicite protège de la rectocolite hémorragique. Mais quand elle est pratiquée en l’absence d’appendicite, elle exposerait les personnes atteintes par cette maladie inflammatoire chronique de l’intestin à un risque majeur de cancer du côlon. C’est ce que suggèrent les travaux d’une équipe Inserm qui alerte sur les risques de cette chirurgie "préventive".

Difficile de démêler les relations entre rectocolite hémorragique - une maladie inflammatoire chronique du rectum ou du côlon -, cancer colique et appendicectomie… En effet, des données indiquent que l’appendicectomie semble protéger contre l’apparition de la rectocolite hémorragique et réduire les symptômes chez les personnes atteintes par cette maladie. Par ailleurs, la rectocolite hémorragique accroîtrait le risque de cancer du côlon. Il aurait donc été plutôt logique que l’appendicectomie réduise ce même risque de cancer. Pourtant, de récents travaux de chercheurs français suggèrent qu’une appendicectomie, lorsqu’elle est réalisée en l’absence d’appendicite, augmenterait d’environ 17 fois le risque du cancer du côlon chez les patients atteints de rectocolite hémorragique. Ce qui en ferait le facteur de risque le plus important pour ce cancer !

Le rôle bénéfique de l’appendicite !

Les chercheurs ont eu la désagréable surprise de découvrir cet effet inattendu et potentiellement désastreux en tentant d’évaluer l’impact de cette opération chez des souris développant spontanément une rectocolite hémorragique. Ils ont procédé à une appendicectomie précoce chez ces animaux après avoir induit une inflammation de l’appendice (appendicite) chez certains d’entre eux, ou sans appendicite préalable chez d’autres. Alors que les premiers étaient par la suite totalement protégés de la rectocolite hémorragique, les seconds ont présenté des symptômes de la maladie. Mais en outre, 70% d’entre eux ont développé un cancer du côlon quatre à cinq semaines après l’intervention.

Cet effet carcinogène rapide et totalement inattendu a incité les auteurs à rechercher ce risque chez l’homme, en associant deux centres hospitaliers : l’hôpital Beaujon (Clichy) et l’hôpital de Pontchaillou (Rennes). Les dossiers de 232 patients atteints de rectocolite hémorragique ont été analysés. Parmi eux, 15 avaient subi une appendicectomie au cours de leur vie, très probablement sans appendicite préalable puisque celle-ci les aurait protégés de la rectocolite hémorragique (sans que les raisons en soient bien connues). Parmi ces 15 patients, 5 avaient développé un cancer du côlon (33%) et 4 présentaient une dysplasie de haut grade, c’est à dire un état pré-cancéreux (27%). En comparaison le taux de cancer du côlon chez les patients ayant toujours leur appendice était de 5%, celui de dysplasie de 8%. "L’appendicectomie réalisée en dehors du contexte d’une appendicite pourrait donc multiplier par presque 17 le risque de dysplasie et de cancer colique chez les patients atteints de rectocolite hémorragique", constatent Eric Ogier-Denis* et Xavier Tréton, responsables de ces travaux.

Attention à l’appendicectomie prophylactique

Cette découverte incite à la prudence et pourrait remettre en cause certaines pratiques. D’une part, celle de l’appendicectomie pratiquée sans appendicite, pour soulager les symptômes de patients atteints de rectocolite hémorragique. Cette stratégie est actuellement évaluée dans le cadre de deux essais cliniques au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Au regard de ces nouvelles données, si elle peut entrainer une réduction temporaire des symptômes, elle risque aussi d’accroitre le risque de cancer colique chez ces personnes. "Un suivi endoscopique majeur et une prise en charge adaptée s’imposent", insistent les chercheurs. D’autre part, alors que cette opération est de plus en plus souvent réalisée à titre préventif chez les enfants, à l’occasion d’une opération à ventre ouvert, il paraît nécessaire de s’interroger sur la pertinence de cette pratique à long terme.

"La communauté scientifique a longtemps considéré que l’appendice ne servait à rien, et de fait, personne ne s’y intéresse. La réalité est que personne ne connaît le rôle de ce petit segment de l’intestin. Il se pourrait qu’il joue un rôle dans l’immunité et héberge certaines cellules spécialisées. L’inflammation générée lors de l’appendicite servirait à éduquer le système immunitaire en faveur d’un meilleur contrôle de l’inflammation, d’où l’effet protecteur contre la rectocolite hémorragique et peut-être contre le cancer. Supprimer l’appendice en l’absence d’inflammation priverait le côlon d’une partie de ses défenses anti-inflammatoires, et favoriserait un processus de cancérisation en partie lié à l’emballement de l’inflammation. Tout cela reste à prouver et à clarifier, y compris le rôle de l’appendice dans la survenue du cancer du côlon en l’absence de rectocolite hémorragique", conclut Eric Ogier-Denis.

Note

*Unité 1149 Inserm/CNRS/université Paris Diderot - Labex Inflamex, Faculté de médecine Xavier Bichat, Paris

Source

Y Harnoy et coll. Prophylactic appendectomy is associated with colorectal neoplasia in ulcerative colitis. British Journal of Surgery, édition en ligne du 8 août