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Des microparticules inflammatoires circulant dans le sang pourraient bien être associées à l’apparition et à la sévérité de la maladie de Crohn. Les chercheurs Inserm à l’origine de cette découverte tentent d’ores et déjà d’identifier les mécanismes en cause.

Le taux de microparticules circulant dans le sang pourrait bien constituer un marqueur de gravité de la maladie de Crohn chez les personnes atteintes par cette pathologie auto-immune. C’est ce que suggèrent des chercheurs de l’Inserm qui s’intéressent depuis de nombreuses années à ces microparticules et à leur implication dans diverses maladies inflammatoires.

"Les microparticules sont des vésicules relarguées par des cellules dans certaines situations physiologiques et pathologiques, par exemple lors du processus de mort cellulaire que l’on appelle apoptose, décrit Ramaroson Andriantsitohaina*, coauteur des travaux.

Elles circulent dans le sang et contribuent à l’inflammation des vaisseaux sanguins dans diverses pathologies comme le choc sceptique ou l’hypertension artérielle. Or, la maladie de Crohn, une maladie inflammatoire chronique intestinale, débute par une inflammation du tissu vasculaire et mésentérique**. Il était donc logique de nous intéresser au rôle éventuel de ces microparticules dans cette maladie", précise-t-il.

Une culpabilité avérée

Dans un premier temps, son équipe a analysé le taux et la nature des microparticules circulant dans le sang de plusieurs patients. « Ces vésicules portent des marqueurs des cellules dont elles proviennent, cela nous permet de connaître leur origine », détaille Ramaroson Andriantsitohaina. Chez les personnes souffrant de formes actives de la maladie, les chercheurs ont observé la présence massive de microparticules pro-coagulantes provenant de cellules du sang (plaquettes, érythrocytes et leucocytes) ou de la paroi interne des vaisseaux sanguins (endothélium). Chez les patients présentant une forme inactive, les taux de microparticules étaient en revanche très bas, identiques à ceux de témoins non touchés par la maladie.

Dans un second temps, les chercheurs ont injecté ces microparticules à des souris pour en observer l’effet. Ils ont constaté l’apparition d’une inflammation des tissus vasculaires et de lésions au niveau de l’endothélium. « Ces microparticules semblent bel et bien liées à l’apparition et à la sévérité de la pathologie. Non seulement leur nombre augmente avec l’activité de la maladie mais elles ont une action inflammatoire et pro-coagulante caractéristique de la maladie de Crohn », décrit le chercheur.

L’objectif est maintenant de confirmer ces données sur une plus large cohorte. En parallèle, les scientifiques tentent déjà d’identifier les mécanismes en cause. « En regardant le contenu en protéines, en ARN et en microARN de ces microparticules, nous allons probablement mieux comprendre les phénomènes inflammatoires induits et identifier des cibles thérapeutiques pour les limiter », prévoit Ramaroson Andriantsitohaina.

 

Notes

* unité Inserm 1063, Institut de biologie en santé, Anger 
** localisé dans l’abdomen

Source

Leonetti et coll. Circulating Microparticles from Crohn’s Disease Patients Cause Endothelial and Vascular Dysfunctions. PloS One du 3 septembre 2013, 8(9): e73088. doi:10.1371/journal.pone.0073088