Covid-19 : "La crise sanitaire a remis sur le devant de la scène la nécessité d’une action collective"

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La crise Covid-19 a exigé de la recherche nationale et internationale une mobilisation sans précédent pour esquisser des réponses à des questions de santé publique pressantes. L’Inserm, notamment à travers son consortium REACTing, s’est fortement mobilisé pour structurer l’effort de recherche, tant dans les laboratoires que dans l’administration. Gilles Bloch, président-directeur général de l’Inserm, détaille les enjeux de la production scientifique au cours de cette période exigeante.

Un article à retrouver dans le n°47 du magazine de l'Inserm

Gilles Bloch, Président-directeur général de l'Inserm ©Inserm/François Guénet

Quels ont été les grands défis dans la réaction scientifique à la crise sanitaire ?

Gilles Bloch : Dès le début de l’épidémie, les pouvoirs publics et les citoyens ont été en demande d’informations scientifiques claires et précises sur le SARS-CoV-2, la manière dont il nous affecte et comment s’en protéger. Cette demande est parfaitement légitime, et l’Inserm s’est donné pour mission de mobiliser ses forces de recherche de la manière la plus efficace possible afin d’y répondre. Cependant, le temps des questions pressantes ne s’accorde pas au temps de la formulation et de la confirmation des hypothèses de recherche. Nous avons donc souhaité remplir notre rôle d’émetteur public et scientifique en proposant des informations et des recommandations rigoureuses – donc nécessairement mesurées – sur l’épidémie, au jour le jour. Du point de vue du public, nous avons mené un énorme travail d’information, par tous nos canaux de communication Inserm, afin de livrer les éléments fiables et adéquats que nous avions à notre disposition, dans un souci de clarté et de transparence vis-à-vis du citoyen.

Lorsqu’on travaille sur le repositionnement de médicaments ou sur des traitements nouveaux, les résultats positifs se font attendre pendant de nombreux mois. Est-ce à dire que la recherche avance lentement ?

G. B. : Bien au contraire ! En cas d’émergence d’un nouveau virus aux caractéristiques inconnues, les chercheurs partent de zéro : modes de transmission, symptômes, profil des personnes susceptibles, évolution de la charge virale, vitesse de propagation, immunité... tout est à découvrir. L’important est d’être systématique : après avoir posé les bonnes questions, il faut y répondre une à une, ce qui implique notamment d’écarter les pistes thérapeutiques non pertinentes. Et le défi est de savoir valoriser et diffuser correctement ces types de résultats, qui sont aussi des avancées, pour qu’ils contribuent aux connaissances partagées par la communauté scientifique internationale. Aucune équipe, aucun acteur de la recherche ne peut avancer seul, et la crise sanitaire a remis sur le devant de la scène la nécessité d’une action collective, où le partage des résultats tient une place centrale, mais aussi la nécessité d’une coordination efficace. Sans cette coordination, de nombreux moyens sont alloués à des essais cliniques redondants, aux effectifs et à la puissance statistique insuffisants, ou condamnés par avance.

La pandémie a montré que les idéaux de la science ouverte étaient désormais largement partagés. Comment l’Inserm se positionne-t-il à ce sujet ?

G. B. : Compte tenu du contexte épidémique inédit, nous avons observé une effervescence sans précédent de la diffusion des publications preprint, car l’on ne peut pas attendre des mois pour mettre à disposition les résultats de recherche en virologie, santé publique, épidémiologie, modélisation, immunologie... qui nous intéressent pour comprendre le Covid-19. Ces pratiques vont dans le sens de la politique de l’Inserm : l’ouverture et le partage des données. Ainsi nous ne pouvons que nous réjouir de ce phénomène. Cependant, nous en avons observé un nouveau : ces articles ont souvent été lus, repris et analysés par des non-spécialistes, ce qui a alimenté de nombreuses controverses inutiles et ajouté du bruit médiatique. Il faudra tenir compte de ce risque à l’avenir, et prendre garde à ce que ces preprint soient accompagnés de toute la transparence requise, en particulier sur les données primaires. Nous devons faire l’effort d’informer massivement, autant qu’il se doit, mais parfois aussi savoir être économes en communication quand les éléments scientifiques sont en cours d’élaboration. Grâce à ces précautions, la communication apporte sa valeur ajoutée : celle de montrer que notre science sait apporter les réponses qui sont attendues par chacun.