Cirrhose : un test pour mieux prédire l’évolution des malades

Science

Les maladies chroniques du foie peuvent évoluer vers une fibrose de l’organe puis une cirrhose, jusqu’à nécessiter une transplantation hépatique. Comment prédire l’évolution de l’état des patients atteints de cirrhose pour mieux gérer les urgences ? C’est à cette question que répondent les travaux d’une équipe Inserm du Centre de recherche cardiovasculaire de Paris, en collaboration avec le service d’hépatologie de l’hôpital Beaujon (AP-HP). Ces chercheurs ont en effet montré que les microvésicules libérées dans le sang par les organes en souffrance sont un bon marqueur pronostic de mortalité.

L’hypertension, le diabète, l’obésité, les hépatites virales ou la consommation excessive de boissons alcoolisées sont à l’origine de maladies chroniques du foie qui induisent une fibrose hépatique plus ou moins sévère, pouvant aller jusqu’à la cirrhose. A un stade avancé de la maladie, il est nécessaire d’envisager une transplantation de foie. Pour déterminer quel malade doit être transplanté en priorité, les médecins disposent d’un test, le MELD, qui permet de prédire l’évolution de la maladie et, par conséquent, l’urgence d’une transplantation. Malheureusement, ce test n’est pas totalement fiable et on déplore aujourd’hui 15% de mortalité sur les listes d’attente de transplantation hépatique.

Microvésicules libérées dans le sang par les cellules de foie, vues en microscopie électronique
Microvésicules libérées dans le sang par les cellules de foie, vues en microscopie électronique. © A Payancé et coll.

Les recherches réalisées par des chercheurs Inserm* et leurs collègues de l’hôpital Beaujon (AP-HP) pourraient très nettement améliorer ce score. Depuis plusieurs années, l’équipe Physiopathologie de l’endothélium et biomarqueurs vasculaires, dirigée par Chantal Boulanger développe en effet des techniques qui ont permis d’identifier et de mesurer le taux de microvésicules libérées dans la circulation sanguine par les organes en souffrance. En 2012, ces chercheurs ont caractérisé toutes les microvésicules présentes dans le sang des malades atteints de cirrhose et ont montré que celles libérées par les cellules du foie, les vésicules hépatocytaires, sont en plus grand nombre en cas de cirrhose que chez les autres patients. De plus, leurs taux sont d’autant plus élevés que la maladie du foie est grave.

Vers des applications cliniques

« Ces résultats suggéraient que le taux de microvésicules hépatocytaires pourrait être en mesure de prédire l’évolution des malades, notamment leur mortalité, explique Pierre-Emmanuel Rautou*, coordinateur du projet MICROSPY (financé par l’Agence nationale de la recherche), dont l’objectif était de tester cette hypothèse. Nous avons réalisé une étude prospective impliquant 250 patients, suivis pendant 6 mois en mesurant leurs taux de microvésicules dans le sang ». Les résultats sont très clairs : le taux de microvésicules hépatocytaires prédit beaucoup mieux le risque de mortalité des malades que le test classique. Un résultat si convaincant que le ministère de la santé finance aujourd’hui, à hauteur de 400 000 euros, une recherche clinique permettant d’avancer dans la mise en pratique de ce nouveau test (Programmes hospitaliers de recherche clinique PROMICE).

Mais les chercheurs voient déjà plus loin. « Nous envisageons également d’étudier l’intérêt des taux de microvésicules chez les malades asymptomatiques, poursuit Pierre-Emmanuel Rautou. Si la valeur de ce taux permet de prédire que tel ou tel de ces patients va développer des complications, il sera possible de leur administrer en priorité des médicaments actuellement en développement dans les maladies du foie. Dans cet objectif, nous allons appliquer ce test à une cohorte de 650 patients qui ont une cirrhose mais ne présentent pas de symptômes ».

Note

*unité 970 Inserm/Université Paris Descartes, équipe Physiopathologie de l'endothélium et biomarqueurs vasculaires, Paris - Centre de recherche cardiovasculaire (PARCC), Hôpital européen Georges Pompidou, Paris

Source

A Payancé et coll. Hepatocyte microvesicule levels improve prediction of mortality in patients with cirrhosis. Hepatology, édition en ligne du 30 mars 2018