AccueilActualitéScienceVitamine D, comme… décisive !Vitamine D, comme… décisive ! Publié le : 02/10/2025 Temps de lecture : 6 min Actualité, ScienceCette hormone essentielle à notre santé osseuse, ainsi qu’au bon fonctionnement de notre organisme en général, est scrutée de près par des chercheurs pour comprendre les conséquences d’une dérégulation de sa production dans le cadre de maladies rares. Mais la vitamine D a décidément plus d’une vertu : elle pourrait même jouer un rôle dans le traitement… du cancer de la prostate.Cet article est la retranscription de l’émission « Eurêka » diffusée sur l’antenne de RCF Alsace le 18 septembre 2025, en partenariat avec la Délégation régionale Inserm Est. Cet épisode est réécoutable en cliquant ici.Rentrée oblige, nous reprenons nos habitudes après avoir profité de l’été et rechargé les batteries au soleil. Cette exposition aux rayons ultraviolets, les fameux UV dont il s’agit de se protéger sur la plage, a entraîné la synthèse par votre peau d’une vitamine dont vous connaissez à n’en pas douter le nom : la vitamine D !On a l’impression de la connaître par cœur, cette vitamine D : il suffit de manger du poisson, des œufs et des produits laitiers et le tour est joué pour avoir des os en pleine forme. Et si elle n’était pas tout à fait celle que vous pensiez ? A commencer par le fait que la vitamine D n’est pas une vitamine… mais une hormone !Une hormone est une substance produite par le corps, tandis qu’une vitamine – bien qu’elle soit tout autant indispensable à l’organisme – est une substance que notre corps n’a pas la faculté de produire. Une vitamine doit donc être ingérée, généralement via l’alimentation, toutefois la vitamine D ne se retrouve que de façon assez limitée dans notre assiette. C’est plutôt notre exposition au soleil qui va déclencher une réaction en chaîne : notre peau chatouillée par les UV va produire un précurseur de la vitamine D, que l’organisme va ensuite convertir en vitamine D active. D’où la classification de la vitamine D parmi les hormones !Stockée dans le foie, la vitamine D joue deux rôles essentiels : elle assure une minéralisation optimale des os tout au long de la vie et elle module l’absorption intestinale du calcium pour en réguler le taux dans l’organisme. Or le calcium intervient dans de nombreux processus biologiques : la minéralisation de nos os, mais aussi la contraction musculaire, la coagulation sanguine, l’activation du système immunitaire, la libération de différentes hormones… La vitamine D est donc essentielle à notre santé osseuse mais pas seulement ; elle participe au bon fonctionnement de notre corps dans son ensemble. Vous comprenez donc aisément qu’en manquer – ou en produire excessivement – pose forcément problème. Car, comme pour beaucoup de choses, avec la vitamine D tout est question de quantité.Mais la vitamine D est surprenante, et elle pourrait même avoir des vertus thérapeutiques. Il a ainsi été découvert que la vitamine D participe à des processus anti-inflammatoires et à la régulation de la multiplication de certaines cellules : des propriétés à ne pas négliger ! Une molécule dérivée de la vitamine D est par exemple déjà utilisée dans le traitement du psoriasis, cette maladie inflammatoire chronique de la peau. Et, nous allons y revenir, la piste est actuellement explorée dans le domaine de la cancérologie.Pour autant, inutile de couper la radio pour se ruer immédiatement vers des compléments. Une supplémentation en vitamine D est un acte médical qui doit être strictement encadré par un professionnel de santé, au risque sinon de s’exposer à des conséquences particulièrement délétères. S’exposer quotidiennement à la lumière du soleil est suffisant pour la grande majorité des individus. Vitamine D et maladies raresÀ Illkirch-Graffenstaden, dans le réputé Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (Inserm/CNRS/Université de Strasbourg), Gilles Laverny s’intéresse de longue date à la vitamine D. Ce chercheur Inserm a un crédo : mener des travaux de recherches très fondamentaux pour comprendre les mécanismes à l’œuvre, puis pousser ces découvertes vers l’application clinique pour espérer parvenir à la mise au point de nouveaux procédés thérapeutiques au service des patients.Pour ce faire, il scrute la vitamine D et son récepteur : niché dans les cellules, celui-ci a vocation à transmettre le message reçu par l’hormone pour activer l’expression de certains gènes ; autrement dit, ils convertissent un signal en action, pour concourir au bon fonctionnement cellulaire, comme par exemple en l’espèce l’absorption de calcium. Nous l’avons évoqué, la vitamine D est impliquée dans de nombreuses fonctions de l’organisme, on trouve donc son récepteur dans de nombreuses cellules du corps. Comment agit-elle dans ces différentes cellules ? C’est la question que se posent Gilles Laverny et son équipe dans le cadre de pathologies liées à une dérégulation de la production de vitamine D.Et cela n’a rien d’anodin : les hormones, lorsqu’elles sont présentes en quantités insuffisantes ou au contraire excessives, constituent des signaux d’alerte précieux pour détecter une pathologie ou mieux comprendre son facteur déclencheur par exemple.Gilles Laverny a ainsi travaillé sur plusieurs maladies rares, notamment avec sa collègue Natacha Rochel exerçant également à l’IGBMC, pour lesquelles ils ont mis en évidence des implications importantes de la vitamine D. Dans le cas du rachitisme, cette pathologie caractérisée par une mauvaise constitution osseuse et un retard de croissance chez l’enfant, parfois associée à une perte des cheveux, les deux compères ont par exemple identifié un rôle délétère joué par des récepteurs qui ne reconnaissaient plus la vitamine D. On les pensait alors inactifs, silencieux, mais en réalité ceux-ci avaient une activité néfaste sur l’expression des gènes, conduisant à une amplification de certaines caractéristiques de la maladie.Dans d’autres maladies, c’est non pas une insuffisance mais une surproduction de vitamine D qui vient semer la zizanie. On parle alors d’hypercalcémie, pouvant aller jusqu’à la perte complète de la fonction rénale. Face à cet excès de vitamine D entraînant des niveaux trop élevés de calcium sanguin, les deux chercheurs ont mis au point une molécule pour enrayer cette surproduction, en bloquant le récepteur en présence de vitamine D et normalisant les effets de cette dernière. La réaction en chaîne conduisant à l’hypercalcémie peut ainsi être neutralisée. Mais attention pour autant à ne pas totalement bloquer l’activité de ces récepteurs, au risque sinon de conduire… au rachitisme. Comme souvent, c’est un véritable numéro d’équilibriste que doivent accomplir les chercheurs !Par ricochet, des progrès en cancérologie pour contrer la chimiorésistance Cette découverte, publiée dans une prestigieuse revue scientifique, a d’ailleurs été l’occasion de mieux comprendre le passage du récepteur d’un endroit à l’autre de la cellule, en identifiant un facteur-clé dans cette migration. Et c’est là un des messages que martèle Gilles Laverny : la recherche sur les maladies rares est riche d’enseignements et permet d’accumuler des connaissances, qui pourront ensuite être mobilisées dans d’autres contextes et aideront à mieux comprendre des pathologies touchant un plus grand nombre de patients.Gilles Laverny et son chef d’équipe Daniel Metzger se sont ainsi rendus compte que recourir à la vitamine D pouvait présenter un intérêt thérapeutique dans le cadre du cancer de la prostate, cancer le plus répandu chez les hommes. Plus précisément, ils y voient une façon de remédier à certaines résistances aux chimiothérapies, qui se développent fréquemment avec le temps.Grâce aux années d’expertise accumulées et aux équipements de pointe dont dispose l’institut, il leur a été possible d’identifier des analogues, c’est-à-dire des versions modifiées de la vitamine D qui maximisent les effets anti-inflammatoires ou anti-tumoraux déclenchés par son récepteur.Dans une étude récemment publiée, les chercheurs montrent qu’associer la substance anticancéreuse utilisée dans le cadre de ces chimiothérapies à un analogue de la vitamine D qu’ils ont mis au point, permettrait d’agir directement sur les cellules cancéreuses, alors que ces dernières étaient devenues résistantes au traitement. La vitamine D ne constitue donc pas le traitement en tant que tel, mais permet à la molécule anticancéreuse d’atteindre sa cible. Les chercheurs vont s’attacher à comprendre plus finement la synergie qui se met en place entre ces deux acteurs, mais quoi qu’il en soit le travail de Gilles Laverny est le premier à décrire l’intérêt d’un analogue de la vitamine D pour rétablir la chimiosensibilité dans le cancer de la prostate.Le chemin est encore long et la prochaine étape consistera sans doute à mettre en place un essai clinique pour comparer l’efficacité d’un traitement conventionnel et d’un traitement en association avec de la vitamine D ou un analogue, auprès de patients atteints d’un cancer de la prostate et présentant une chimiorésistance. Les avancées scientifiques comme celle-ci prennent du temps, en dépit de la taille des équipes qui y travaillent et des équipements sophistiqués et coûteux qui les rendent possibles. Alors envoyons toute notre énergie à Gilles et ses collègues pour qu’ils continuent de révéler les potentiels thérapeutiques de la vitamine D, comme… « décisive » !