AccueilActualitéScienceQuel est le vrai danger des ondes électromagnétiques ?Quel est le vrai danger des ondes électromagnétiques ? Publié le : 01/12/2025 Temps de lecture : 5 min Actualité, ScienceL’effet des ondes électromagnétiques issues de la téléphonie ou des lignes à haute tension sont source d’inquiétudes pour le grand public, mais aussi de forte désinformation. Des scientifiques du monde entier se sont rassemblés à Rennes pour faire le point sur ces risques, mais aussi sur leur intérêt technologique pour la santé.Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°66De nos jours, les ondes électromagnétiques sont quasiment ubiquitaires. Et pour cause : elles sont générées par chaque appareil électrique. Schématiquement, une lampe branchée mais éteinte génère un champ électrique car le courant passe dans le fil électrique. Un champ magnétique est produit en plus lorsque la lumière est allumée. Malgré cette omniprésence et le caractère indispensable de ces champs dans la vie moderne, les ondes électromagnétiques n’ont pas bonne presse. En effet, on leur attribue des effets néfastes, parfois en parfaite contradiction avec ce que montrent les études scientifiques depuis des années. Ces accusations trouvent leur source dans le fait que les systèmes biologiques sont potentiellement sensibles à ces ondes. « Le cerveau génère par exemple des courants électriques, et les principales cellules cérébrales que sont les neurones sont sensibles aux champs électriques, illustre Julien Modolo, chercheur Inserm à l’université de Rennes. Des interférences avec des ondes extérieures sont donc possibles. » Le scientifique breton a co-organisé en juin 2025 la quatrième conférence internationale sur le bioélectromagnétisme (BioEM2025). Elle a permis de faire le point sur les travaux les plus récents concernant la potentielle nocivité des ondes sur le corps humain. Mais les chercheurs ont aussi présenté les apports de ces ondes électromagnétiques pour la médecine, et ils sont nombreux.Pas d’effet montré de la 5GLes ondes de la téléphonie 5G sont l’objet de nombreuses interrogations du grand public. Mais avec leur fréquence élevée (26 GHz), elles ne peuvent pratiquement pas pénétrer plus loin que la peau. Les études portent donc majoritairement sur ce niveau. Les plus récentes ne montrent aucune élévation de la température cutanée chez des jeunes adultes exposés à ces ondes. De même, aucun dommage n’est à déclarer sur les cellules dermiques. L’activité cérébrale a également été scrutée. Les ondes alpha (activées lorsque le cerveau se repose) restent inchangées. « Pour l’instant, aucun effet n’a été mis en évidence, mais les études doivent être reproduites pour établir un consensus, et répondre à la désinformation qui entoure ce sujet », insiste Julien Modolo.Autre sujet d’inquiétude pour le grand public, les lignes à haute tension. « Il s’agit là de champs magnétiques de très basse fréquence (50 Hz), décrit Julien Modolo. Ils peuvent passer la barrière de la peau et pénétrer les organes. On étudie donc les potentielles conséquences du champ électrique induit dans le corps. » Mais heureusement, elles sont faibles voire inexistantes. Des travaux américains datant de 50 ans environ suggéraient que les enfants habitant à proximité de lignes à haute tension présentaient un surrisque de cancer. Les nombreuses études réalisées depuis peinent à converger vers la démonstration d’un quelconque effet. « Si un surrisque existe, il est très faible, de l’ordre d’un à dix cas par an en Europe, rapporte le chercheur rennais, avec la prudence qui caractérise les scientifiques. Et si ce surrisque était avéré, le mécanisme d’action serait complètement inconnu. » En effet, s’agissant de rayonnement non ionisant, donc pas assez énergétique pour modifier la structure d’une molécule, il est impossible pour ces champs d’endommager l’ADN.Des données pour des normesEn revanche, ce qui est bien documenté pour les courants électriques à 50 Hz, comme ceux qui circulent sur les lignes à haute tension, c’est leur capacité à déclencher chez les humains – mais à des niveaux plusieurs milliers de fois supérieurs à ceux d’une exposition quotidienne – un phénomène bénin sur lequel Julien Modolo travaille depuis des années : les magnétophosphènes. Il s’agit d’une interaction du champ magnétique avec les cellules de la rétine (les bâtonnets), qui se traduit par la perception de flashs lumineux pour la personne qui y est exposée. Avec son collègue canadien Alexandre Legros, il a mis au point un dispositif permettant d’exposer des humains à des champs magnétiques de très forte intensité, environ 20 fois supérieure à celle des champs auxquels sont exposés les travailleurs sur les lignes haute tension. Grâce à cela, les chercheurs peuvent mesurer l’intensité à laquelle ces magnétophosphènes se déclenchent, et ainsi contribuer à renforcer les normes internationales d’exposition, afin de garantir la sécurité des travailleurs mais aussi du grand public.Les ondes au service de la santéDe manière générale, donc, les travaux scientifiques récents ne mettent pas en évidence d’effet néfaste des ondes électromagnétiques sur la santé. En revanche, ces ondes peuvent avoir un apport pour la médecine. Par exemple, les connaissances continuent de progresser concernant la technique de l’électrochimiothérapie. Elle consiste à administrer un champ électrique pulsé, grâce à une très fine électrode, au sein d’une tumeur cancéreuse. Cette impulsion entraîne l’ouverture temporaire des pores de la cellule – un phénomène appelé électroporation –, laissant entrer les molécules actives de la chimiothérapie. L’efficacité de cette dernière s’en trouve donc accrue, tandis que les effets secondaires diminuent fortement. Aujourd’hui, de nombreux travaux portent sur l’optimisation de cette technique, en faisant varier notamment la forme de l’onde, le matériel utilisé ou encore la nature de l’impulsion.Autre pathologie qui bénéficie des ondes électromagnétiques : l’épilepsie. Plusieurs résultats issus des travaux du projet Galvani, menés par le laboratoire Traitement du signal et de l’image, à Rennes, l’hôpital La Timone à Marseille et la société Neuroelectrics à Barcelone, ont été présentés lors du congrès. Cette thérapie s’adresse aux patients qui ne sont pas opérables car la région malade de leur cerveau est trop proche d’une région fonctionnelle, et pour lesquels les traitements habituels ne fonctionnent pas. L’objectif est de réduire la fréquence de leurs crises grâce à des stimulations électriques appelées tDCS. « C’est une méthode non invasive », décrit Fabrice Wendling, qui coordonne le projet. Les patients portent un casque d’électrodes qui délivre des courants électriques. « On réalise de la neuromodulation, détaille le chercheur Inserm, c’est-à-dire que l’on induit un changement de neuroplasticité cérébrale », ce qui modifie la force des connexions entre les différentes aires cérébrales. Concrètement, les courants administrés au niveau des nœuds épileptogènes vont réduire leur excitabilité. Pour cela, les patients doivent préalablement effectuer des examens pour déterminer la position précise des électrodes. Puis ils suivent des séances de tDCS à raison de cinq jours par semaine pendant trois mois. Un essai clinique a été lancé dans sept centres, sur 60 patients. Aucun effet secondaire n’a été recensé avec cette méthode. « Pour certains patients, c’est un changement de vie : la fréquence des crises diminue fortement », rapporte Fabrice Wendling.D’autres pathologies pourraient bénéficier de ce type de stimulation, comme la maladie de Parkinson, dont les tremblements sont atténués par ces impulsions. Preuve que les ondes électromagnétiques constituent surtout un bel espoir pour la médecine, qui croît en même temps que les craintes à leur sujet s’estompent.Julien Modolo et Fabrice Wendling sont chercheurs au laboratoire Traitement du signal et de l’image (LTSI, unité 1099 Inserm/Université de Rennes 1), à Rennes. Le projet Galvani bénéficie d’un financement européen, nommé ERC Synergy Grant, doté de 10 millions d’euros.Auteur : B. S.À lire aussi Ondes électromagnétiques : Faut-il craindre la 5G ?Actualité, Science Traitement du signal et de l’image : la modélisation au service de la santéReportages en labo Fabrice Wendling, un biomathématicien au service des patients épileptiquesPortraits