AccueilActualitéSciencePourra-t-on hiberner un jour ?Pourra-t-on hiberner un jour ? Publié le : 26/05/2026 Temps de lecture : 3 min Actualité, ScienceC’est un classique des films de science-fiction : des astronautes se retrouvent dans des caissons d’hibernation le temps d’un voyage spatial qui dure parfois des années. Pourtant, aucun humain n’a la capacité d’entrer dans cet état où température corporelle et rythme cardiaque chutent drastiquement. Pourrait-on y arriver dans le futur ? Est-ce qu’il existe un intérêt pour la santé ? Éléments de réponse avec Guillemette Gauquelin-Koch du Centre national d’études spatiales (CNES), et Valérie Simonneaux, chercheuse en chronobiologie à Strasbourg.Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°68Dans le film Projet Dernière Chance sorti le 18 mars en France, le professeur Ryland Grace (joué par Ryan Gosling) se réveille après un long coma artificiel à bord d’un vaisseau spatial. Pourquoi cette scène relève-t-elle encore de la fiction ?Guillemette Gauquelin-Koch : C’est le rêve de toutes les agences spatiales de faire hiberner les astronautes ! Afin de diminuer leur consommation d’énergie et d’éviter les troubles psychologiques lors d’hypothétiques longs voyages dans l’espace. Mais c’est actuellement impossible sur la durée, les dégâts physiologiques seraient trop importants au réveil.Valérie Simonneaux : À l’heure actuelle, nos connaissances des mécanismes d’hibernation ne permettent pas d’envisager de provoquer un phénomène similaire chez l’humain. Néanmoins, des expériences réalisées sur la souris de laboratoire (qui n’hiberne pas) ont permis d’induire une diminution de la température corporelle significative. Des travaux récents ont notamment montré que l’activation de neurones appelés QRFP peut déclencher des phénomènes de torpeur pendant plus d’une journée avec notamment un ralentissement des fréquences cardiaques et respiratoires, et une baisse de la température de 37°C à 25°C, de façon réversible et sans dommage biologique. La connaissance de ces mécanismes permettrait à terme d’induire des épisodes d’hypométabolisme chez l’humain, c’est-à-dire un ralentissement du métabolisme.Des études sont-elles en cours sur ce sujet ?G. G.-K. : Au CNES, nous allons faire une expérimentation en juin 2026 pour mettre dix volontaires en état de métabolisme ralenti. L’intérêt est d’étudier la réaction de l’organisme en cas de problème dans le vaisseau nécessitant de diminuer les rations de nourriture. Pendant dix jours, ils consommeront une cuillerée de miel le matin et un bouillon la journée, pour un total de 250 kilocalories/jour. Ils seront alités avec les pieds légèrement relevés pour simuler la microgravité. Nous allons étudier les effets sur le cœur, les os, les muscles, l’immunologie, l’aspect psychologique… C’est la première fois qu’une telle étude est menée chez l’humain.Quels pourraient être les avantages de l’hibernation sur la santé ?V. S. : Réussir à induire des épisodes de torpeur chez l’humain pourrait conduire à de nouvelles applications thérapeutiques. Entre autres, le ralentissement du métabolisme général lors d’interventions chirurgicales majeures pour permettre de pratiquer des opérations plus longues, la réduction de lésions tissulaires consécutives à un infarctus ou à un accident vasculaire cérébral en diminuant le flux sanguin, voire, dans le futur, induire un état hypométabolique nécessaire à une exploration spatiale de très longue durée…Guillemette Gauquelin-Koch est responsable du programme Science de la vie et de la médecine spatiale au Centre national d’études spatiales (CNES). Valérie Simonneaux est chercheuse à l’Institut des neurosciences cellulaires et intégratives (INCI, CNRS/Université de Strasbourg).Propos recueilli par L. A.À lire aussi Inserm Magazine n°68Magazine Médecine spatiale : Une histoire sans gravitéReportages en labo Pop Science – Une épidémie de zombies ?Actualité, Science