AccueilActualitéPortraitsVioletta Zujovic : les neurosciences sur plusieurs frontsVioletta Zujovic : les neurosciences sur plusieurs fronts Publié le : 14/09/2026 Temps de lecture : 5 min PortraitsVioletta Zujovic est neuro-immunologiste. Elle étudie le rôle de l’immunité dans la réparation et la protection du système nerveux et son influence sur le développement des maladies neurologiques. Son expertise en neurosciences lui permet également de servir une autre cause : celle de l’égalité femmes-hommes dans le domaine de la recherche.Un entretien à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°69Violetta Zujovic, chargée de recherche Inserm, est responsable de l’équipe Métabolisme, immunité et neurodégénérescence à l’Institut du cerveau à Paris. © Inserm/François GuénetVous travaillez au carrefour de la neurologie et de l’immunité. Quel est leur point commun ?Violetta Zujovic : Le fonctionnement cérébral est influencé par de très nombreux facteurs. L’immunité est l’un d’eux. Il a été montré que plusieurs maladies neurologiques sont associées à la nature et à la quantité de cellules immunitaires présentes dans le cerveau et aux produits qu’elles secrètent. Décrire ces associations est nécessaire pour prévenir ou lutter contre ces pathologies. C’est le travail auquel je me suis attelée depuis ma thèse en 1998. J’ai découvert qu’une molécule immunitaire, appelée fractalkine, préservait l’homéostasie (Processus physiologique qui permet de maintenir un équilibre nécessaire à un fonctionnement normal.) des cellules microgliales présentes dans le système nerveux central (Comprend le cerveau et la moelle épinière.). J’ai ensuite poursuivi par un postdoctorat en Floride sur le rôle de l’immunité dans la réparation des nerfs périphériques (Reliant cerveau et moelle épinière aux muscles et aux organes du corps.), puis par un second postdoctorat à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale.) sur le rôle de l’immunité dans la réparation de la myéline (Substance protectrice qui entoure les fibres nerveuses.), une gaine protectrice et nourricière autour des neurones. Cela m’a valu d’être recrutée par l’Inserm en 2011, avant de prendre la direction d’une équipe à l’Institut du cerveau (ICM) en 2019.Vous étudiez plus spécifiquement la sclérose en plaques. Qu’avez-vous découvert ?V. Z. : La sclérose en plaques se manifeste par la destruction spontanée de la myéline, avec pour conséquence différents symptômes, par exemple la faiblesse musculaire ou les troubles visuels. C’est une maladie neurologique auto-immune, donc le lien avec l’immunité est évident. Toutefois, les patients présentent différents niveaux de sévérité : chez certains les lésions sont immédiatement irréversibles et chez d’autres, il existe une certaine capacité d’autoréparation de la myéline. Nous recherchons le rôle des différentes populations de cellules immunitaires et des produits qu’elles sécrètent dans ces variations. Pour cela, mon laboratoire a développé un modèle humanisé de sclérose en plaques chez la souris. Il permet de déclencher des lésions sur la myéline de façon contrôlée dans le temps et dans l’espace, et d’observer l’impact de cellules immunitaires humaines sur l’étendue des lésions ou au contraire leur réparation. Nous avons déjà découvert le rôle délétère d’une molécule, CCL19, impliquée dans le processus inflammatoire : elle est exprimée chez les patients dont les cellules immunitaires inhibent la remyélinisation. Le but est de découvrir des marqueurs d’autoréparation et des cibles thérapeutiques. Nous élargissons également nos recherches à d’autres maladies qui touchent la myéline, en particulier des leucodystrophies (Type de maladies génétiques rares se caractérisant par une atteinte de la substance blanche du système nerveux central.) d’origine génétique.Pour en savoir plus sur la sclérose en plaques, consultez notre dossier d’informationEn parallèle, vous recherchez des gènes clés de la régulation immunitaire. Comment procédez-vous ?V. Z. : Mon équipe s’est associée à des mathématiciens pour modéliser des réseaux de gènes qui contrôlent l’immunité à partir de données moléculaires issues de sujets sains ou atteints de sclérose en plaques. Le but est d’identifier des points névralgiques, comparables aux influenceurs des réseaux sociaux qui façonnent les opinions. Certains gènes influenceurs jouent un rôle primordial dans certaines maladies et le but est de les moduler à des fins thérapeutiques. À cela, s’ajoute une variable, le sexe, puisque les gènes à l’origine des molécules inflammatoires, ou au contraire anti-inflammatoires, sont inégalement répartis sur les chromosomes sexuels.Parlons justement de votre engagement en faveur de l’égalité femmes-hommes…V. Z. : Au départ, je n’avais aucun a priori sur la question car je n’avais jamais ressenti personnellement de discrimination. Mais le conseil d’évaluation scientifique de l’Institut du cerveau a tiré la sonnette d’alarme en 2015, jugeant la situation d’équilibre femmes-hommes inacceptable en nos murs. En bonne scientifique, j’ai vérifié avec des collègues en collectant des données et la réalité m’a alors sauté aux yeux ! Les femmes devenaient absentes de l’organigramme au fur et à mesure que les niveaux de responsabilité augmentaient. J’ai décidé d’agir car les neurosciences – mon domaine de prédilection – permettent justement de mieux comprendre les mécanismes qui sous-tendent les inégalités de genre : biais cognitifs (Déviation de la pensée rationnelle due à des raccourcis mentaux. Ils permettent de traiter rapidement les informations à moindre coût énergétique, mais conduisent souvent à des erreurs de jugement.), mécanismes de prises de décisions…En quoi les neurosciences peuvent-elles aider à rétablir un équilibre ?V. Z. : Le cerveau prend des décisions sur la base de ce qu’il a acquis au cours des expériences passées. Ainsi, le fait d’être exposé, dès l’enfance, à des distorsions de genres en lien avec la culture et l’éducation influence durablement nos jugements et comportements. Aussi, il ne faut pas faire confiance à ses ressentis spontanés, il faut se forcer à penser autrement et aspirer au changement. C’est pourquoi j’ai créé l’association XX initiative puis le Comité pour l’équité entre les femmes et les hommes à l’ICM, destinés à lutter contre les biais de genre et les inégalités au sein de la communauté scientifique. Nous avons organisé des conférences et publié une charte avec des objectifs à atteindre sur la période 2019–2025 en y associant des moyens. Et nous pouvons être fiers du travail accompli avec les bénévoles : aujourd’hui, une femme assure la direction de l’ICM, le comité de pilotage est à égalité femmes-hommes, l’index d’égalité salariale est passé de 75 à 99 sur 100 et autant de femmes que d’hommes sont invitées aux événements scientifiques, ce qui favorise leur visibilité.Vous contribuez également à la science ouverte. De quelle façon ?V. Z. : De manière générale, je n’aime pas les barrières. C’est pourquoi je crée sans cesse des interconnexions pour partager compétences et expertises : immunologie et neurologie, biologie et mathématiques… il est donc logique que je contribue aussi à la diffusion large des connaissances scientifiques, notamment en tant que directrice scientifique de la plateforme Data Analysis Core de l’ICM. Avec l’équipe, nous avons créé une charte pour structurer, anonymiser et organiser les données des équipes. Notre ambition ? Partager avec la communauté scientifique les données de cohortes, de recherche fondamentale ou d’études (publiées ou non), afin d’accélérer la recherche sur le cerveau, au bénéfice de toutes et tous.Violetta Zujovic est chargée de recherche Inserm, responsable de l’équipe Métabolisme, immunité et neurodégénérescence à l’Institut du cerveau (unité 1127 Inserm/CNRS/AP-HP/Sorbonne Université) à Paris.Propos recueillis par A. R.À lire aussi Neuro-immunologie : le grand remue-méninges ! 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