AccueilActualitéSciencePolluants éternels : l’exposition in utero favorise la prise de poids au cours de l’enfancePolluants éternels : l’exposition in utero favorise la prise de poids au cours de l’enfance Publié le : 20/07/2026 Temps de lecture : 4 min Actualité, ScienceLe suivi de plus de 3 000 enfants montre que le taux de polluants organiques persistants (POP) auquel ils ont été exposés au cours de leur vie utérine influence la trajectoire de leur prise de poids entre 0 et 12 ans, avec des différences selon leur sexe. Un résultat d’importance compte-tenu des liens entre surcharge pondérale et risques cardiaque et métabolique à l’âge adulte.Les polluants organiques persistants (POP) constituent une famille très large et diverse de composés chimiques utilisés dans de multiples applications industrielles, agricoles ou domestiques. Parce qu’ils se dégradent très lentement – certains sont même nommés « polluants éternels » –, ils sont devenus omniprésents dans l’environnement. Un phénomène qui a motivé les scientifiques à étudier leur impact sur la santé. De nombreux signaux ont rapidement émergé, suggérant notamment des propriétés cancérigènes et perturbatrices des fonctions de l’organisme régulées par les hormones : croissance, immunité, fertilité, prise de poids… L’utilisation de la plupart de la plupart d’entre eux a dès lors été progressivement interdite. Mais comme leur nom l’indique, les POP persistent dans les sols, l’eau et les aliments que nous consommons, et s’accumulent dans l’organisme au cours de la vie, dès la période in utero. Cela peut-il impacter le développement staturopondéral des enfants ? « Le surpoids et l’obésité sont en forte augmentation dans la population générale et pédiatrique, et exposent à des risques pour la santé à l’âge adulte, notamment d’ordre cardiovasculaire. Or certaines études épidémiologiques ont décrit une association entre le niveau d’exposition prénatale aux POP et la survenue d’une obésité », explique Charline Warembourg, chercheuse Inserm à l’Institut de recherche en santé environnement et travail de Rennes. C’est pour approfondir ce sujet qu’avec Nathalie Costet, ingénieure de recherche Inserm au sein de la même équipe, elle a analysé les données de la cohorte Pélagie, mise en place en 2002 pour étudier l’impact de l’exposition in utero à des polluants environnementaux sur la santé des enfants.Suivre les trajectoires au long coursConstituée de plus de 3 400 binômes mère-enfant, cette cohorte a permis de suivre les enfants jusqu’à l’adolescence. « Les données des cohortes mère-enfant sont particulièrement pertinentes pour appréhender quelle sera la traduction clinique d’une exposition aux POP durant la grossesse », souligne Nathalie Costet. Une quinzaine de POP ont été dosés dans des échantillons de sang de cordon ombilical prélevés lors de l’accouchement : des PCB (polychlorobiphényles), des PBDE (polybromodiphényléthers) et des PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées), ainsi que des insecticides organochlorés (HCB, β‑HCH, dieldrine).Plutôt que de s’appuyer sur des valeurs ponctuelles d’indice de masse corporelle (IMC (Définit la corpulence d’une personne. Il correspond au poids (en kg) divisé par le carré de la taille (en cm).)) à certains âges, les deux scientifiques ont travaillé sur l’évolution de celui-ci au cours du suivi de la cohorte. « C’est important de s’intéresser aux trajectoires, car la prise de poids au cours de l’enfance n’a pas la même valeur prédictive de risque cardiovasculaire et métabolique futur selon le moment où elle se produit », précise l’ingénieure. Par exemple, un enfant avec un petit poids de naissance et qui grossit rapidement a un risque cardiovasculaire plus élevé à l’âge adulte qu’un enfant qui naît avec un poids élevé et le maintient, même si ce profil présente lui aussi un risque. L’équipe a par ailleurs cherché à savoir si les expositions avaient des effets différents selon le sexe des enfants. « Certains POP agissent en effet comme des perturbateurs endocriniens et affectent le fonctionnement des hormones sexuelles, notamment via des propriétés œstrogéniques ou anti-oestrogéniques. »Des différences selon le sexeLeur étude confirme que l’exposition prénatale à certains POP et leur mélange est associée à des profils spécifiques de développement de l’adiposité (accumulation de graisse) entre 0 et 12 ans. Les deux types de trajectoires connues pour être associées à un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires à l’âge adulte cités plus haut ont été identifiés. Le premier type, caractérisé par un petit poids de naissance suivi d’une évolution vers un IMC élevé avant l’âge de 12 ans, est apparu associé à l’exposition prénatale aux PCB et aux pesticides organochlorés, chez les filles. Le second type, qui correspond à une adiposité élevée dès la naissance et maintenue au cours de la croissance, s’est avéré corrélé à une forte concentration totale de POP et un taux élevé de certains PFAS dans le sang de cordon, chez les garçons.« En matière de prévention, la plupart de ces composés sont déjà interdits, hormis certains PFAS, rappelle Charline Warembourg. Mais on peut formuler quelques recommandations pour les femmes enceintes, en particulier concernant leur alimentation qui est la source majoritaire d’exposition. » La consommation de produits d’origine animale et de la mer expose beaucoup aux POP, mais celle de poisson a néanmoins un intérêt nutritionnel avéré. Il est donc recommandé de continuer à en manger régulièrement, tout en privilégiant les poissons maigres et en alternant les espèces. Pour diminuer l’exposition aux PFAS, les contenants alimentaires en plastique (particulièrement lorsqu’ils sont chauffés) et les ustensiles de cuisson antiadhésifs (surtout lorsqu’ils s’usent) devraient être évités.« Nous poursuivons le suivi des enfants de la cohorte Pélagie qui ont aujourd’hui plus de 20 ans, indique Charline Warembourg. Les données recueillies en 2025 vont nous permettre de réitérer l’analyse de ces trajectoires et d’apprécier comment leur statut adipeux a évolué, de même que leur santé cardiométabolique. » Cette nouvelle analyse intégrera le dosage de POP dans les échantillons de sang prélevés lorsque les enfants avaient 12 ans, pour prendre en compte leurs expositions postnatales. Les autrices espèrent que d’autres cohortes plus larges et suivies au long cours viendront compléter ces observations.Charline Warembourg et Nathalie Costet travaillent dans l’équipe Inserm Épidémiologie et science de l’exposition en santé-environnement (Elixir) à l’Institut de recherche en santé environnement et travail (Irset, unité 1085 Inserm/Université de Rennes 1/Université d’Angers/EHESP) à Rennes.Source : N. Costet et coll. Prenatal exposure to persistent organic pollutants and body mass index trajectories from birth to age 13. Environmental Research, 14 mai 2026 ; 10.1016/j.envres.2026.124704Autrice : C.G.À lire aussi Polluants éternels – C’est quoi les PFAS ?C’est quoi La petite fille et les polluantsPodcast Perturbateurs endocriniensLes perturbateurs endocriniens regroupent une vaste famille de composés capables d’interagir avec le système…