Formaldéhyde : une exposition professionnelle associée à de moins bonnes capacités cognitives

Malgré des règlementations restrictives, le formaldéhyde reste utilisé dans de nombreux secteurs d’activité et beaucoup de travailleurs y sont encore exposés. Or cette substance, déjà classée comme cancérigène, pourrait aussi avoir un effet sur les fonctions cognitives. C’est ce que suggère une étude menée à partir de la grande cohorte Constances.

Gaz incolore dégageant une forte odeur, le formaldéhyde est le plus souvent commercialisé sous une forme liquide, le formol. Celui-ci est utilisé dans différents secteurs en tant que désinfectant, biocide, fixateur ou liant. Ainsi, de nombreux travailleurs y sont exposés : infirmiers, techniciens médicaux, travailleurs de l’industrie du textile, de la chimie et du métal, charpentiers, agents d’entretien, employés dans les soins funéraires... Cette exposition professionnelle constituait déjà un risque de santé, car la substance est classée comme cancérigène. Aujourd’hui, une nouvelle étude suggère un autre risque associé, relatif aux performances cognitives. Conduits par une équipe montpelliéraine*, ces travaux s’appuient sur des données de la cohorte Constances, qui inclut près de 200 000 adultes régulièrement suivis.

L’étude a porté sur 75 322 de ces volontaires, âgés au minimum de 45 ans et dont l’âge moyen était de 58 ans. Parmi eux, 8 % ont été exposés au formaldéhyde au cours de leur vie professionnelle. Cette exposition a été calculée à l’aide d’un outil appelé matrice emplois-expositions, construit par Santé publique France. La probabilité d’exposition à la substance, l’intensité et la fréquence de l’exposition des volontaires ont été estimées pour chaque emploi occupé et selon sa durée, permettant d’obtenir une dose d’exposition cumulée au formaldéhyde au cours de la vie. Par ailleurs, le niveau de performance cognitive des volontaires a été mesuré par des neuropsychologues à l’aide de sept tests cognitifs de rappel de mots, de mémoire, d’attention, de raisonnement et d’autres capacités de réflexion. Les fonctions cognitives des participants ont ainsi été évaluées de façon globale et par domaine.

Une association sur le long terme

Après avoir tenu compte de plusieurs facteurs susceptibles d’impacter les capacités cognitives (âge, niveau d’étude, statut socioéconomique ou encore conditions de travail), les chercheurs ont constaté que les personnes exposées au formaldéhyde au cours de leur vie professionnelle présentaient en moyenne un risque 17 % plus élevé que les personnes non exposées d’avoir de moins bonnes performances aux tests de raisonnement, d’attention, de langage et de mémoire. Ce chiffre atteignait 19 % chez les personnes les plus exposées au cours de leur carrière (doses d’exposition cumulées les plus élevées).

Les chercheurs ont par ailleurs observé un effet de la durée d’exposition, avec un risque de trouble cognitif global augmentant de 21 % en cas d’exposition pendant au moins 22 années. Néanmoins, même les expositions récentes étaient associées à un risque. Et le temps n’estompait pas totalement cet effet, comme l’indiquent les compétences moins bonnes observées chez les personnes qui ont été exposées de longue date, notamment à des doses importantes.

À noter que ces observations permettent d’établir une corrélation entre l’exposition au formaldéhyde et un risque de trouble cognitif, et non un lien de causalité. Elles établissent une photographie du risque à un instant donné, mais ne rendent pas compte de son évolution dans le temps. « On ne peut donc pas dire que le formaldéhyde réduise les capacités cognitives, nous constatons seulement une association entre l’exposition à ce produit et des capacités plus faibles, globalement ou pour certaines tâches et raisonnements, précise Claudine Berr*, responsable de ces travaux. Ces résultats fournissent cependant de nouveaux arguments relatifs à l’importance de limiter l’exposition à ce produit et de disposer de matériel de protection adéquat pour prévenir ses effets toxiques. » Grâce à des réglementations successives, l’utilisation de cette substance a déjà considérablement diminué depuis les années 1980, notamment avec son interdiction pour la désinfection des matériels et surfaces en centres de soins ou encore avec la diminution de son usage dans l’industrie textile. Toutefois, de nombreux travailleurs y restent exposés. « Il est important que les professionnels de santé interrogent leurs patients sur leur parcours professionnel lorsqu’ils avancent en âge, pour identifier ces risques et adapter les mesures de prévention à mettre en place », conclut Claudine Berr.

Note :
*unité 1298 Inserm/Université de Montpellier, équipe Cognition, Institut des neurosciences de Montpellier (INM)

Source : N Letellier et coll. Association Between Occupational Exposure to Formaldehyde and Cognitive Impairment. Neurology, édition en ligne du 22 décembre 2021. DOI : 10.1212/WNL.0000000000013146

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