En image – Focus sur l’utérus

Ces petits îlots fluorescents flottant au milieu d’un océan obscur donnent une impression d’immensité qui contraste avec la minuscule taille de ce que l’on observe en réalité sur cette image. En effet, elle nous dévoile la constitution cellulaire qu’abrite l’utérus, en l’occurrence, celui du macaque crabier.

Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°68

Image scientifique qui fait penser à une photo aérienne d'océan avec des ilôts.

Tous les mammifères ont un utérus, dans lequel l’embryon, qui deviendra fœtus, se développe au cours de la gestation. Sa composition cellulaire obéit à un cycle hormonal, qui peut être très court, quatre jours chez la souris, ou plus long : environ vingt-huit jours chez la femme. L’équipe de Camille Berthelot, directrice de recherche Inserm à l’Institut Pasteur à Paris, a bâti un projet destiné à mieux comprendre la trajectoire évolutive de la muqueuse utérine chez les mammifères, la couche de tissu appelée « endomètre ». « Il y a beaucoup de changements dans la façon dont la muqueuse se prépare à l’implantation de l’embryon, ainsi que dans la façon dont elle va se régénérer. Chez certaines espèces, elle se détache au cours de la menstruation, mais ce trait évolutif n’est présent que chez peu de mammifères », explique-t-elle.

En effet, tous les primates n’ont pas de menstruations, l’endomètre n’est pas forcément évacué en fin de cycle, de même que l’embryon ne s’implante pas toujours de la même manière dans le tissu maternel. Au début de leur projet, les scientifiques ont prélevé un échantillon de tissu utérin de macaque, afin d’observer sa structure en microscopie fluorescente. Le tissu se divise en plusieurs parties. En bleu nuit sont représentés à la fois le muscle utérin (autour de la zone fluorescente) et les cellules stromales, la « charpente » de la muqueuse utérine. Le grand tube noir horizontal, tout à droite, est (paradoxalement) une vue de la « lumière de l’utérus », c’est-à-dire l’ouverture entre les parois. Les autres morceaux sombres sont des glandes, entourées par les cellules épithéliales, qui tapissent la paroi interne de l’endomètre.

« Nous travaillons plus spécifiquement sur l’évolution de la réponse à la progestérone, l’hormone qui conditionne la façon dont l’embryon va s’implanter. L’image de ce tissu provient d’une collecte utilisée pour faire du séquençage ARN de six primates différents dont l’humain. » L’équipe de Camille Berthelot a ainsi pu identifier les gènes exprimés dans les tissus utérins selon les différentes populations cellulaires, épithéliales et stromales. En plus de constituer des réponses à certaines questions fondamentales de biologie évolutive, ces données pourront à terme permettre d’identifier précisément les mécanismes de la menstruation et des troubles associés chez l’humain comme l’endométriose, une maladie chronique inflammatoire qui touche près de 10 % des femmes.


Camille Berthelot est chercheuse Inserm, responsable du groupe Génomique fonctionnelle comparative à l’Institut Pasteur (unité 1351 Inserm/CNRS/Institut Pasteur) à Paris, lauréate du programme Impulscience 2025 de la Fondation Bettencourt Schueller.


Autrice : F. D.

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