Comment le VHC contribue au développement du cancer du foie

Une équipe internationale vient de découvrir un mécanisme grâce auquel le virus de l’hépatite C contribuerait à induire le développement du plus fréquent des cancers primitifs du foie : le carcinome hépatocellulaire. Une découverte qui ouvre la voie à de potentielles nouvelles stratégies préventives.

Se développant à partir des cellules du foie (hépatocytes), le carcinome hépatocellulaire constitue à lui seul 90% des cancers primitifs de cet organe, et la seconde cause de décès par cancer dans le monde. Principal facteur de risque ? Une infection chronique par le virus de l’hépatite C (VHC). Plusieurs mécanismes par lequel ce dernier contribue au développement de ce cancer du foie ont été proposés. Mais dans leur ensemble, ils ne sont pas entièrement compris. 

Une équipe internationale* vient de découvrir une nouvelle pièce de ce puzzle complexe : leurs travaux montrent en effet que le VHC agit en « réduisant au silence » une enzyme connue pour son action antitumorale. Mieux encore, les chercheurs ont découvert comment. 

Réactions en chaîne

© Inserm/Meunier, Jean-Christophe Particules du virus de l’hépatite C observée au microscope électronique

Dans la pratique, l’équipe a travaillé sur les biopsies du foie de 341 patients opérés pour un carcinome hépatocellulaire. Objectif : analyser l’expression de gènes codant pour des phosphatases, des enzymes impliquées dans la communication entre cellules et connues pour leur implication dans différents cancers. Ils ont ainsi découvert que l’expression du gène de la phosphatase PTPRD est deux à trois fois plus faible dans les hépatocytes infectés par le VHC et dans les lésions tumorales.

Mais l’équipe est allée plus loin dans la compréhension des mécanismes à l’œuvre, en mettant à jour toute une cascade d’acteurs impliqués. En effet, les chercheurs ont ensuite découvert que le VHC conduit au doublement de la production hépatique d’une petite molécule d’acide nucléique (miR-135a-5p) capable de bloquer l’expression du gène PTPRD. 

Au final, les chercheurs ont observé que ce bâillonnement du gène PTPRD stimule l’activité d’une protéine codée par un gène au pouvoir cancérigène bien connu : l’oncogène STAT3. Conséquence : les patients subissant ces effets en cascade du VHC présentent une espérance de vie moindre, avec un risque plus élevé de rechute après résection de la tumeur. 

Vers un traitement préventif ?

Cette découverte ouvre une nouvelle piste pour prévenir le développement d’un carcinome hépatocellulaire chez les patients infectés par le virus de l’hépatite C. L’idée ? Développer des molécules capables d’inhiber l’expression de miR-135a-5p, ou d’empêcher directement la suractivation de l’oncogène STAT3. De quoi susciter un certain espoir. 

Pour l’heure, Joachim Lupberger (principal auteur de l’étude) et ses collègues, ont lancé des études sur des souris normales et des souris sans PTPRD. L’objectif est de confirmer le rôle de ce dernier dans le développement du carcinome hépatocellulaire. Les chercheurs tentent aussi d’identifier les mécanismes complémentaires utilisés par le VHC pour induire ce cancer. Une fois identifié, ce(s) mécanisme(s) pourrai(en)t permettre d’identifier les patients à risque. A suivre...

Note

* Unités Inserm 1110, Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques (Strasbourg) et 1183 (Montpellier), CHU de Reims, Université de Bale (Suisse), Broad Institute et Icahn School of Medicine at Mount Sinai (USA), Hiroshima University et Riken (Japon).

Source

N. Van Renne et coll., miR-135a-5p-mediated downregulation of protein tyrosine phosphatase receptor delta is a candidate driver of HCV-associated hepatocarcinogenesis, Gut, édition en ligne du 3 février 2017, doi:10.1136/gutjnl-2016–312270