Comment diminuer le nombre de maladies cardiovasculaires ?

Les maladies cardiovasculaires, comme les accidents vasculaires cérébraux, les infarctus du myocarde ou encore l’insuffisance cardiaque, représentent la seconde cause de mortalité en France, et tuent davantage de femmes que d’hommes. Le nombre de décès s’était pourtant effondré au cours du 20e siècle grâce aux avancées thérapeutiques, passant d’environ 320 cas pour 100 000 habitants vers 1955 à une soixantaine en 2022. Mais aujourd’hui, la mortalité ne diminue plus et augmente même chez les femmes, alors que les principaux facteurs de risque sont connus : hypertension, obésité, stress, sédentarité ou encore hypercholestérolémie. Quelles stratégies mettre en œuvre pour diminuer le nombre de maladies cardiovasculaires ? Trois experts nous livrent leur vision.

Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°68

Pour Ludovic Gomez

Ludovic Gomez est chercheur Inserm dans le domaine des maladies cardiovasculaires, du métabolisme, de la diabétologie et de la nutrition au laboratoire Carmen à Lyon.

Une seule chose fonctionne pour diminuer le risque de maladies cardiovasculaires : l’activité physique ! Si elle était pratiquée par toutes et tous, tous les jours, cela ferait vraiment la différence. En comparaison, les autres facteurs de risque ont moins de poids. L’impact négatif d’une alimentation déséquilibrée ou encore du tabac est atténué par une activité physique très régulière. Je ne parle pas de marathon mais de tous les déplacements, les efforts, effectués au quotidien. Idéalement, il faudrait marcher entre trente minutes et une heure chaque jour. Nous voyons bien en laboratoire que nos modèles précliniques sportifs sont protégés des maladies cardiovasculaires et notamment de l’infarctus du myocarde. À l’inverse, ceux qui s’arrêtent de bouger, en raison d’une surcharge pondérale notamment, deviennent rapidement vulnérables.

En outre, il s’agit de la seule intervention facilement adoptable par tous. Les possibilités sont variées, elle peut être pratiquée en groupe et souvent gratuitement. Alors que modifier son alimentation est contraignant dans la durée et souvent synonyme de perte de plaisir. Évidemment, les collectivités ont un rôle important à jouer en développant des espaces verts et des aménagements urbains favorables à la promenade ou au vélo. Les femmes, notamment, en tireraient un bénéfice important car après la ménopause, elles sont plus nombreuses à mourir des maladies cardiovasculaires. Ces dernières sont un peu, et à tort, considérées comme des maladies masculines. Par conséquent, le dépistage est moins systématique chez les femmes, et la prise en charge est souvent trop tardive ou moins intensive. D’où l’importance pour ces dernières de rester très actives.

Pour Jean-Philippe Empana

Jean-Philippe Empana est directeur de recherche Inserm au Centre de recherche cardiovasculaire de Paris (Parcc).

Pour faire diminuer les maladies cardiovasculaires, il faut renforcer la prévention. Il n’y a plus le choix car tout le monde est concerné un jour ou l’autre, et c’est un véritable fardeau pour notre système de soins. Mais les messages classiques de prévention ont leurs limites : même si les gens savent ce qui est bien pour eux, ils ne le font pas pour autant. Depuis dix ans, mon équipe travaille sur les approches de « prévention primordiale » des facteurs de risque cardiovasculaire comme l’obésité, l’hypertension ou le diabète. L’objectif est de tendre vers une santé cardiovasculaire dite idéale. Cela demande à la fois l’engagement des individus via la promotion d’une hygiène de vie exemplaire, mais également des politiques de santé favorables. Nos enquêtes montrent qu’à l’âge de cinq ans, seulement un tiers des enfants en France a une santé cardiovasculaire optimale. Et à l’âge adulte, les hommes s’en écartent deux à trois fois plus souvent que les femmes.

Pour changer durablement les comportements, nous proposons d’intervenir dès l’enfance. Des travaux menés en école maternelle ont montré des résultats intéressants avec des comportements qui s’améliorent, mais il faut effectuer des piqûres de rappel. De notre côté, nous prévoyons de tester des interventions en classe chez les 12–17 ans avec des coachs et des jeux pédagogiques, ainsi que chez les 18–25 ans avec des outils numériques personnalisés, jouant sur l’estime de soi et la motivation. L’enjeu dépasse le cadre cardiovasculaire et concerne notamment la santé mentale, cognitive, ou encore la lutte contre le cancer.

Pour Martine Gilard

Martine Gilard est cardiologue et administratrice de la fondation Cœur et recherche.

La lutte contre les maladies cardiovasculaires a tendance à stagner car la recherche est en berne. Or, il y a beaucoup à découvrir par exemple sur l’inflammation ou le stress, et en particulier chez les femmes. Le nombre d’infarctus du myocarde a tendance à augmenter chez ces dernières sans que l’on sache pourquoi, or il est souvent pris en charge tardivement. Elles ne sont pas reconnues comme pouvant faire un infarctus, de sorte que les soignants sont insuffisamment sensibilisés à la recherche des symptômes chez ces dernières. Nous constatons aussi qu’elles sont plus vulnérables que les hommes face aux facteurs de risque comme l’hypertension ou le diabète. Nous savons aussi que celles qui ont des complications au cours de la grossesse, du diabète gestationnel, de la prééclampsie ou encore des fausse-couches, ont un risque multiplié par deux ou trois de maladie cardiovasculaire par la suite. Les femmes concernées ne le savent pas, et en dehors des gynécologues, les professionnels de santé l’ignorent le plus souvent, alors qu’elles doivent bénéficier d’un suivi régulier à partir de 45 ou 50 ans. En outre, les essais cliniques incluent essentiellement des hommes de sorte que, une fois sur le marché, les médicaments ne sont pas aux doses adaptées pour les femmes, qui interrompent plus souvent leurs traitements contre l’hypertension ou l’hypercholestérolémie. Toutes ces raisons font que les femmes sont moins efficacement prises en charge. Réduire les maladies cardiovasculaires passera donc par la recherche, un meilleur dépistage des facteurs de risque surtout chez les femmes, et une meilleure prise en compte des particularités de maladies cardiovasculaires chez ces dernières.

Propos recueillis par A. R., illustrations par Iris Hatzfeld

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