Comment agit la bactérie qui pourrait soulager les MICI ?

Alors que les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin touchent de plus en plus de personnes, les scientifiques cherchent à mieux comprendre leurs mécanismes afin de trouver des réponses thérapeutiques. Faecalibacterium prausnitzii, une bactérie qui abonde dans notre intestin, suscite leur intérêt. En effet, son abondance diminue chez les malades. Cette bactérie protègerait-elle de l’inflammation ? Une équipe Inserm du Centre de recherche Saint-Antoine tente d’y voir plus clair.

De nombreuses études menées in vitro et in vivo sur modèle animal montrent les bienfaits de Faecalibacterium prausnitzii, une bactérie naturellement présente dans notre microbiote intestinal et qui possède un effet anti-inflammatoire. Son utilisation dans le traitement de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), comme la maladie de Crohn, fait actuellement l’objet d’un essai clinique. Ce protocole s’appuie largement sur les résultats de travaux conduits dans l’équipe d’Harry Sokol et Nathalie Rolhion au Centre de recherche Saint-Antoine à Paris. Dès 2008, en collaboration avec des partenaires d’Inrae, l’équipe a observé que la bactérie était sous-représentée dans le microbiote des malades et a formulé l’hypothèse que ce déséquilibre pourrait jouer un rôle dans la réaction inflammatoire exacerbée qui caractérise leur trouble. Mais le mécanisme par lequel F. prausnitzii exerce son action protectrice reste à éclaircir

Afin d’en savoir plus sur cette question, l’équipe a comparé la réaction des cellules immunitaires de patients et de personnes en bonne santé à la présence de plusieurs bactéries, dont F. prausnitzii. Elle a alors observé que la bactérie d’intérêt stimule fortement la sécrétion d’interleukine-10, un médiateur anti-inflammatoire, par un sous-type de globules blancs : les monocytes. Les deux autres bactéries testées avaient quant à elles tendance à stimuler davantage la sécrétion d’interleukines pro-inflammatoires. Il y aurait donc un effet spécifique et direct de F. prausnitzii sur les monocytes.

La partie émergée de l’iceberg

L’équipe a ensuite analysé les gènes exprimés dans les monocytes en présence de F. prausnitzii afin d’identifier plus globalement l’impact de la bactérie sur ces cellules. Les résultats de cette expérience ont montré que les effets sur la production d’interleukines ne sont que la partie émergée de l’iceberg : il s’avère que F. prausnitzii modifie profondément le métabolisme énergétique des cellules. Une découverte qui a surpris les scientifiques parisiens car ce mécanisme n’avait jamais été documenté auparavant. « On a découvert tout un nouveau monde ! La bactérie fait beaucoup plus de choses que ce que nous imaginions. En reprogrammant le métabolisme énergétique, elle doit induire des modifications profondes dans l’activité cellulaire », explique Nathalie Rolhion, chercheuse Inserm, qui a dirigé ces expériences. En identifiant avec précision les autres mécanismes bénéfiques provoqués par F. prausnitzii, il pourrait être possible de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques.

D’ici là, ces travaux confirment l’intérêt de développer des approches fondées sur l’utilisation de la bactérie dans le traitement des MICI. En agissant contre la réaction excessive du système immunitaire et sur le métabolisme cellulaire, elle pourrait alléger les symptômes invalidants associés à ces maladies ainsi qu’étendre les périodes de rémission. Les premiers résultats de l’étude clinique conduite en vue de tester ses effets chez des patients sont attendus dans le courant de l’année 2026.


Nathalie Rolhion est chercheuse Inserm dans l’équipe Microbiote, intestin et inflammation dirigée par Harry Sokol et Philippe Seksik au Centre de recherche Saint-Antoine (unité 938 Inserm/Sorbonne Université), à Paris.


Source : C. Danne et coll. Faecalibacterium prausnitzii Induces an Anti-inflammatory Response and a Metabolic Reprogramming in Human Monocytes. Gastroenterology, 19 janvier 2026 ; DOI : 10.1053/j.gastro.2025.10.003

Sur le même thème : Maladies inflammatoires et chroniques de l’intestin : le rôle anti-inflammatoire d’une bactérie du microbiote intestinal ouvre la voie vers de nouvelles pistes thérapeutiques, communiqué de presse Inserm/Sorbonne Université du 3 mars 2026

Autrice : F. D.

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