Le réchauffement climatique augmente la consommation de sucre

L’Organisation mondiale de la santé alerte : la consommation de boissons sucrées chez les adultes a augmenté de 16 % dans le monde entre 1990 et 2018. Avec la hausse des températures, ce phénomène devrait se renforcer, surtout chez les populations défavorisées, selon une nouvelle étude sino-américaine. Comment l’expliquer ? Et comment endiguer la surconsommation de sucres qui accentue les risques d’obésité ? Réponses avec Roland Govers, chercheur Inserm à Marseille.

Un article à retrouver dans le magazine de l’Inserm n°68

Que montre cette étude internationale ?

Roland Govers : Menée entre 2004 et 2019 auprès de 40 0000 à 60 000 ménages états-uniens, elle met en évidence une association entre hausse des températures et surconsommation de sucres chez les populations à faibles revenus et/ou peu diplômées. L’augmentation est exponentielle, surtout entre 24 et 30 °C, via la consommation des boissons sucrées réfrigérées. D’ici 2095, avec +5 °C en moyenne, ces populations pourraient consommer 3 grammes de sucre supplémentaires par jour, soit 10 % au-dessus des recommandations de l’American Heart Association. Cette tendance n’est pas observée chez les ménages les plus aisés. Coût des produits frais, absence de climatisation, travail en extérieur et manque d’informations expliquent ces écarts.

Une canette de boisson sucrée de 33 cl couvre les apports journaliers en sucre.

Pour lutter contre le surpoids et l’obésité et encourager les fabricants à diminuer la teneur en sucre de leurs produits, la taxe soda a été mise en place. Quels sont les impacts de cette mesure ?

R. G. : En France, la taxe sur les boissons sucrées instaurée en 2012 et renforcée à plusieurs reprises est actuellement appliquée selon trois taux de sucre croissants. À ce jour, 120 pays appliquent une taxe sur ces boissons. Elle a contribué à réduire leur consommation ainsi que l’obésité et ses maladies associées (métaboliques et cardiovasculaires, certains cancers et caries). Cependant, certaines industries ont remplacé le sucre par des édulcorants, y compris dans les boissons non light. Leurs effets sur la santé à long terme restent incertains et d’autres études doivent être menées.


À lire sur la salle de presse : Deux études de l’Inserm ont suggéré une association entre la consommation d’édulcorants et un risque accru de cancer et de maladies cardiovasculaires


Comment se prémunir face à ce risque de surconsommation de sucre ?

R. G. : Plusieurs pistes existent : renforcer la communication auprès de la population (savoir, par exemple, qu’une canette de boisson sucrée de 33 cl couvre les apports journaliers en sucre), étendre la taxation sur le sucre ajouté à un plus grand nombre de produits alimentaires, mieux indiquer sur les emballages la présence d’édulcorants et aussi renforcer l’accès à l’eau potable fraîche, gratuite ou à faible coût. Récemment, la proposition de loi Génération sans sucre vise à réduire l’exposition des enfants aux sucres ajoutés ainsi qu’aux aliments ultra-transformés. Le texte prévoit notamment des mesures de restriction de la publicité, à l’image de ce qui existe déjà au Royaume-Uni, ainsi que l’interdiction de l’ajout de sucres dans les préparations destinées aux nourrissons. La question de la réduction des sucres ajoutés s’inscrit dans un contexte complexifié par des problématiques liées aux inégalités sociales et aux effets du changement climatique, et constitue un véritable enjeu de santé publique.

C’est quoi un sucre ajouté ?

Les sucres ajoutés correspondent aux sucres et aux sirops adjoints aux aliments et aux boissons pendant leur transformation (dans un cadre industriel) ou leur préparation – ou encore au moment de leur consommation – pour augmenter le goût sucré. Ils incluent les ingrédients comme le sucrose (sucre de table), le glucose, le fructose, le miel et des concentrés de jus de fruits.


Roland Govers est chercheur Inserm dans l’équipe Micronutriments et maladies métaboliques au Centre de recherche en cardiovasculaire et nutrition (C2VN, unité 1263 Inserm/INRAE/Université Aix-Marseille), à Marseille.


P. He et coll. Rising temperatures increase added sugar intake disproportionately in disadvantaged groups in the USA. Nat Clim Chang., septembre 2025 ; doi : 10.1038/s41558-025–02398‑8

Propos recueillis par J. P.

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