Sophie Ugolini : faire le lien entre neurones, douleur et immunité

21 mars 2017

Sophie Ugolini, directrice de recherche Inserm au Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy, réalise des travaux novateurs sur la régulation de la réponse immunitaire par le système nerveux. Ce projet a bénéficié d’un financement du Conseil européen de la recherche (ERC Consolidator Grant).

Sophie Ugolini, lauréate du Prix Recherche Inserm 2012. Directrice de recherche a l'unité 1104 Inserm. Centre d'immunologie de Marseille Luminy. Cérémonie des Prix Inserm 2012. Collège de France, décembre 2012 Paris. © Inserm, E. Begouen

Sophie Ugolini, lauréate du Prix Recherche Inserm 2012. Directrice de recherche a l'unité 1104 Inserm. Centre d'immunologie de Marseille Luminy. Cérémonie des Prix Inserm 2012. Collège de France, décembre 2012 Paris.

Sophie Ugolini et l’immunologie, c’est pour la vie !  La chercheuse a en effet décidé de consacrer sa carrière à décrire des mécanismes qui permettent d’en réguler le fonctionnement. Elle étudie depuis de nombreuses années les cellules Natural Killer (NK), des lymphocytes impliqués dans la réponse immunitaire innée, qui éliminent des cellules infectieuses ou tumorales. Après avoir découvert des voies impliquées dans leur régulation, la chercheuse a participé au développement de traitements anticancéreux qui sont actuellement l’objet d’essais cliniques. Des avancées qui lui ont valu un prix Recherche Inserm en 2012.

Comment le système nerveux influe sur la réponse immunitaire ? 

Sophie Ugolini se consacre désormais à l’étude des interactions entre le système nerveux et la réponse immunitaire. Une nouvelle thématique originale, pour laquelle elle a postulé à un financement de l’ERC en 2014 : "Plus jeune, j’ai hésité entre étudier l’immunologie ou la neurobiologie car les deux domaines me passionnaient. Aujourd’hui, je les réunis grâce à des collaborations avec des collègues neurobiologistes. En biologie, nous savons bien que les frontières entre les disciplines sont purement théoriques et que la compréhension du vivant nécessite d’observer l’organisme dans son ensemble. La question fondamentale que je pose aujourd’hui est la suivante : comment le système nerveux influe sur la réponse immunitaire ?".

Quand l’intégrité de l’organisme est atteinte, que la peau est lésée par exemple, des neurones appelés nocicepteurs sont activés et transmettent la sensation douloureuse au cerveau. En parallèle, le recrutement de cellules immunitaires a lieu sur le site de la lésion, pour réparer le tissu et éliminer d’éventuels pathogènes. Quel est l’impact des messages nerveux sur cette réponse immunitaire locale ? Comment ces voies interagissent-elles ? Quels sont les molécules impliquées ? 

Voilà le projet que la chercheuse murit depuis plusieurs années. "C’est un pan de recherche nouveau, qui ouvre par conséquent des possibilités de découvertes importantes et inattendues", clarifie la chercheuse.

Grâce à des résultats préliminaires prometteurs, son dossier scientifique a été sélectionné par les jurys de l’ERC. Elle dispose en effet de souris dénuées de ces neurones nociceptifs au niveau cutané, qui ne perçoivent pas de douleur lorsque leur peau est lésée ou infectée. "Les réponses immunitaires de ces animaux sont compromises par rapport à celles observées chez des rongeurs témoins qui perçoivent la douleur, établissant un lien direct entre neurones et immunité, explique-t-elle. Nous devons maintenant comprendre les mécanismes intimes qui sous-tendent ces interactions neuro-immunes".

La possibilité d’aller vers un domaine de recherche peu exploré

Avec ce financement européen d’un montant de deux millions d’euros pour cinq ans, Sophie Ugolini peut sereinement et pleinement se consacrer à ses travaux. "Ce financement est incroyablement important. Il m’apporte non seulement une certaine visibilité et une reconnaissance internationale, mais il m’a surtout permis de mettre en place autour de moi une équipe de chercheurs talentueux et motivés, prêts à vivre cette aventure avec moi. C’est grâce à ce financement que j’ai pu me lancer dans un projet aussi conséquent et novateur. Il autorise une prise de risque et donne la possibilité d’aller vers un domaine de recherche peu exploré".

Les premiers résultats ne devraient plus tarder à être publiés : "Nous avons déjà identifié des molécules candidates - impliquées dans ce lien entre les neurones, la douleur et l’immunité - qui pourraient ouvrir de nouvelles perspectives thérapeutiques dans certaines pathologies inflammatoires", se réjouit la chercheuse.

En savoir plus sur Sophie Ugolini et ses travaux

Sophie Ugolini travaille dans l’équipe Cellules Natural Killer et immunité innée au Centre d’Immunologie de Marseille-Luminy (CIML – unité 1104 Inserm/CNRS/Aix-Marseille Université). Elle a reçu un Prix recherche Inserm en 2012.

 

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