La recherche en santé publique vise à comprendre l’influence des déterminants de santé, c’est-à-dire des facteurs (génétiques, environnementaux, sociaux…) qui déterminent la santé des populations. L’objectif est d’utiliser ces connaissances pour proposer des interventions et des politiques, fondées sur des preuves scientifiques, qui permettent d’améliorer la santé et le bien-être, et de réduire les inégalités de santé.

Concrètement, les chercheurs en santé publique étudient :

  • l’état de santé, de bien-être, de handicap et de perte d’autonomie des populations
  • les déterminants de ces états, qu’ils soient biologiques, comportementaux, sociaux ou environnementaux

D’autre part, ils mettent au point et évaluent :

  • des interventions visant à améliorer la santé des populations, à prévenir les maladies, à compenser les handicaps et de la perte d’autonomie…
  • des innovations en matière d’organisation des services de santé, services sociaux et services médico-sociaux

Plus de 110 équipes Inserm se consacrent à la recherche en santé publique. 

Une recherche pluridisciplinaire aux outils spécifiques

La recherche en santé publique est pluridisciplinaire et transversale. Elle fait appel à l’épidémiologie, aux biostatistiques, aux sciences humaines et sociales appliquées à la santé, à la biologie, à la génétique, à la toxicologie… Elle passe le plus souvent par l’analyse des données relatives à des échantillons de population, plus ou moins vastes selon l’objet de la recherche. Ainsi, les principaux "outils" des chercheurs en santé public sont :

Les études de cohorte

Elles consistent à suivre dans le temps un groupe de personnes partageant un certain nombre de caractéristiques communes, afin d’identifier la survenue d’événement de santé d’intérêt (maladie ou dysfonctionnement de l’organisme). Le suivi individuel permet de mettre en évidence des facteurs de risque ou de protection vis-à-vis de l’événement de santé étudié.
Par exemple, l’étude E4N a pour objectif d’étudier la santé en relation avec l’environnement et le mode de vie moderne chez des sujets d’une même famille, ayant un terrain génétique et un environnement communs. A terme, E4N rassemblera trois générations : les femmes de la cohorte E3N et les pères de leurs enfants constituent la première génération, leurs enfants, la deuxième, et leurs petits-enfants formeront la troisième génération. Au total, l’étude E4N devrait concerner près de 200 000 personnes.  

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Les études cas-témoins

Elles consistent à recruter, d’une part des personnes présentant l’événement de santé d’intérêt, et d’autre part des témoins ne le présentant pas. Des données relatives à l’ensemble des participants des deux groupes sont recueillies, dans le but de mettre en évidence des facteurs de risque ou de protection vis-à-vis de l’événement de santé étudié.

Ainsi, l’étude EGEA cherche à identifier des facteurs génétiques et environnementaux associés à l'asthme, l’hyperréactivité bronchique et l’atopie, pour développer des mesures de prévention et de nouvelles prises en charge des malades. L’étude se fonde sur l’analyse des données relatives à près de 400 asthmatiques et leurs familles, ainsi qu’à celles de 415 témoins non asthmatiques.

Les études transversales

Ces études d’observation permettent de décrire les caractéristiques et les expositions d’une population de personnes, au moment de leur recrutement dans l’étude. Elles peuvent être répétées au cours du temps, de manière à comparer les données obtenues et à étudier ainsi leur évolution au cours du temps.

Par exemple, les enquêtes nationales périnatales transversales sont régulièrement conduites en France, pour connaître les principaux indicateurs de l’état de santé de la mère et du nouveau-né, les pratiques médicales pendant la grossesse et l’accouchement, ainsi que  les facteurs de risque associés. Ces informations permettent notamment de guider les décisions en santé publique et évaluer les actions de santé dans le domaine périnatal (mesures publiques, recommandations professionnelles). Cinq enquêtes ont eu lieu, en 1995, 1998, 2003, 2010 et mars 2016. Concrètement, chaque enquête passe par le recueil des informations relatives à toutes les naissances enregistrées en France pendant l’équivalent d’une semaine.

Les registres de morbidité

Il s’agit de bases de données exhaustives, relatives à un ou plusieurs événements de santé survenus dans une population géographiquement définie. En France, il existe des registres s’intéressant aux cancers, aux maladies cardiovasculaires et neurovasculaires, aux malformations congénitales, aux maladies rares…

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Les bases de données médico-administratives

Créées dans un objectif autre que celui de la recherche, ces bases de données sont particulièrement intéressantes pour les chercheurs en santé publique. Par exemple, la base de données de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) leur permet de connaître le parcours professionnel d’individus, et ainsi d’obtenir des informations sur leurs expositions professionnelles, potentielles facteurs de risque. La grande base de données de l’Assurance maladie, qui enregistre l’ensemble des actes remboursés (médicaments, hospitalisations...), permet quant à elle, notamment, de travailler sur les parcours de soins des patients.

L’Inserm et le Système national des données de santé

La loi de modernisation de notre système de santé a notamment conduit à la création du Système national des données de santé (SNDS). Ce système est notamment composé :

  • des données de l'Assurance maladie (SNIIRAM)
  • des données hospitalières (PMSI)
  • des causes médicales de décès (CépiDc-Inserm)
  • des données relatives au handicap (en provenance des MDPH - données de la CNSA)
  • d’un échantillon de données en provenance des organismes d’Assurance Maladie complémentaire

Unique en Europe, voire au monde, le SNDS constitue une avancée considérable : couvrant la quasi-totalité de la population française, ces données représentent en effet une immense opportunité pour la recherche en santé.  Toute personne ou structure, publique ou privée, à but lucratif ou non lucratif, peut 2017 accéder aux données du SNDS sur autorisation de la CNIL, en vue de réaliser une étude, une recherche ou une évaluation présentant un intérêt public.

Il est prévu que la gouvernance de ce système inclue les producteurs de données, parmi lesquels l'Inserm. Plus concrètement, le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CepiDc), unité de service de l’Inserm, est chargé de jouer le rôle d’opérateur d’extraction et de mise à disposition des données pour le monde de la recherche.

Pour en savoir plus, consulter le site du Système national des données de santé (SNDS)

Portail Épidémiologie-France, le catalogue des bases de données de santé françaises

Mis en œuvre à l’Institut thématique multi-organisme Santé publique de l’alliance Aviesan, le portail Épidémiologie-France propose un catalogue en ligne des principales bases de données individuelles en santé de source française, utiles au développement de la recherche et de l’expertise en santé publique (hors essais cliniques).

Cet outil s’inscrit dans un mouvement du partage des données scientifiques (data sharing) : l’idée est de permettre à l’ensemble des chercheurs de tirer le meilleur parti des informations disponibles et d’accélérer ainsi la production de connaissances nouvelles.

Accéder au portail Épidémiologie-France