Pierre Galichon, une vocation pour protéger les reins

Pierre Galichon est néphrologue à l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris. Grâce au programme Atip-Avenir, il a pu monter sa propre équipe de recherche au sein d’une unité parisienne Inserm dédiée à l’étude des maladies rénales à l’hôpital Tenon. Son but : apprendre à contrôler les mécanismes naturels de réparation des reins, pour améliorer la protection de ces derniers en cas de stress aigu, notamment lors d’une transplantation.

Pierre Galichon
Pierre Galichon

Pierre Galichon est médecin et chercheur. Son centre d’intérêt, c’est le rein : un organe qui peut être touché par des maladies chroniques ou aiguës et faire l’objet de traitements intensifs, voire même de greffe. « Le suivi rapproché des patients traités par dialyse ou greffés permet de former des cohortes qui constituent de formidables outils pour mieux comprendre les maladies rénales », explique l’intéressé. Néphrologue de formation, il exerce dans le service médico-chirurgical de transplantation rénale à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Et depuis deux ans, il a monté son équipe de recherche, Mécanismes de réparation rénale, au sein d’une unité Inserm* située à l’hôpital Tenon. 

Cet acharné de travail a toujours concilié médecine et recherche : il a préparé son master 2 pendant son internat puis, en 2013, soutenu une thèse de science sur la néphrotoxicité d’un traitement utilisé dans la prévention du rejet de greffe, la ciclosporine. Après quatre ans d’exercice de la médecine et d’enseignement à Sorbonne Université, il s’est rendu aux États-Unis, à Harvard, pour un stage post-doctoral au Brigham and Women’s Hospital. Il s’attèle alors à l’étude de l’équilibre énergétique des cellules. De retour en France, il obtient le statut de maître de conférence des universités-praticien hospitalier dans son service actuel. Mais cela ne lui suffit pas : il monte un projet de recherche et décroche un financement Atip-Avenir qui lui permet de réunir une équipe de cliniciens et de scientifiques pour le mener à bien. « L’aspect clinique de notre travail est vraiment un plus : l’expérience des patients, leur suivi à long terme, les besoins non satisfaits que nous identifions dans la pratique quotidienne nous aident à avancer. Et cette expertise est complémentaire à celle des scientifiques qui ont d’autres points de vue, d’autres approches. Associer médecins et scientifiques est un véritable moteur », souligne Pierre Galichon. 

Guider le rein dans sa réparation

L’objectif de cette équipe pluridisciplinaire, qui compte actuellement six personnes, est d’explorer les mécanismes de réparation naturelle du rein pour en dériver de nouvelles pistes thérapeutiques. « Lorsque cet organe est soumis à des agressions, par exemple lors d’une transplantation ou à l’occasion d’un traitement néphrotoxique, il déclenche des mécanismes de réparation, avec en particulier la prolifération de certaines cellules rénales appelées cellules tubulaires. Mais ce processus exige beaucoup de ressources, notamment en énergie, de sorte que l’organe est fragilisé et vulnérable en cas de seconde agression, avec à la clé le risque de développer une maladie rénale chronique. C’est un peu comme en temps de guerre, illustre-t-il, si une ville se fait bombarder, le mieux est de la reconstruire au plus vite pour mettre les habitants à l’abri. Mais commencer les réparations alors que le bombardement n’est pas terminé expose à encore plus de dégâts ! » L’objectif est donc d’apprendre à maîtriser ces processus pour les gérer dans le temps et les déclencher quand les agressions sont terminées, en fonction des situations personnelles. « Dans le cadre de la transplantation, le rein ne sait pas quand il est à l’abri. Nous si, et l’idéal serait de pouvoir le guider », explique le médecin chercheur. 

Pour cela, il s’appuie sur de précédents travaux au cours desquels il avait identifié un gène, Nupr1, exprimé en cas d’agression. Il code pour une protéine qui améliore la survie et l’équilibre énergétique des cellules, tout en retardant leur multiplication. Son action empêche ainsi l’aggravation des lésions lors d’un traumatisme durable. Pierre Galichon veut désormais caractériser les mécanismes moléculaires en jeu dans ce processus pour, à terme, développer une thérapie ciblée. Son équipe utilise à la fois des modèles cellulaires et des modèles animaux : des souris mais aussi des porcs, dont la physiologie du rein est très semblable à celle de l’humain.

Pour Pierre Galichon, ce n’est qu’un début : « Je sais bien que si ces travaux vont nous permettre de répondre à certaines questions, ils nous conduiront aussi à en poser d’autres. Je m’y prépare déjà ! », se réjouit-il. 

Note :
*Unité 1155 Inserm/Sorbonne Université, Maladies rénales fréquentes et rares : des mécanismes moléculaires à la médecine personnalisée, Hôpital Tenon, Paris.