Olivier David : sonder le cerveau pour découvrir les médicaments de demain

Olivier David est directeur de recherche au Grenoble Institut des Neurosciences (GIN). Au sein de l’équipe Stimulation cérébrale et neuroscience des systèmes, il travaille à la description des mécanismes physiopathologiques associés aux les cellules nerveuses dans certaines maladies neurologiques et psychiatriques. Depuis plusieurs années, il se concentre sur la caractérisation des réseaux neuronaux du cortex de patients épileptiques, sur la base de stimulations corticales. Alors que ce travail colossal a déjà permis d’établir un atlas de l’ensemble de ces réseaux, Olivier David aborde une nouvelle étape qui permettra, à terme, de faciliter la mise au point de médicaments.

Quel est l’objectif du projet EXCITATOR pour lequel vous avez reçu un financement du Conseil européen de la recherche (ERC Proof of Concept Grant) ?

Alors que la plupart des Proof of Concept Grant (POC) vise à confirmer des résultats expérimentaux en clinique, le projet EXCITATOR a la particularité de faire le chemin inverse : notre idée est de transférer à la préclinique une méthodologie que nous avons mise au point pour étudier l’activité électrique neuronale de patients épileptiques. L’objectif est de disposer d’une approche innovante chez le petit animal, grâce à laquelle l’évaluation de médicaments expérimentaux ciblant le système nerveux serait optimisée. Ce modèle animal permettra à SynapCell, société grenobloise qui a émergée de l’Université en 2005, de valoriser nos travaux de recherche en exploitant les conclusions de nos travaux à des fins de développement pharmaceutique.

Concrètement, sur quelle technique repose cette approche ?

Son principe est de délivrer des microstimulations électriques à l’aide d’électrodes intracérébrales et d’étudier, via l’électroencéphalographie (EEG), le signal électrique qui parcoure les aires cérébrales étudiées en réponse à ces stimulations : ceci permet d’établir l’excitabilité et la connectivité des régions stimulées et enregistrées.

Dans le cadre de mon précédent projet - F-TRACT, qui a lui aussi bénéficié d’un financement européen en 2013 (ERC Consolidator Grant)- nous développons un atlas des connections corticales à partir des données obtenues  chez des patients épileptiques candidats à la chirurgie. Le financement POC va permettre une étape de mise en application de cet important travail méthodologique, à la découverte de nouvelles molécules. À terme, il devrait en effet pouvoir être adapté pour évaluer in vivo les modifications de l’activité cérébrale induites par un médicament ciblant le système nerveux central, comme un antiépileptique ou un médicament destiné à traiter la maladie d’Alzheimer.

Dans quelle mesure ce financement va-t-il vous permettre d’atteindre plus facilement votre objectif ?

Ce financement de 150 k€ sur 1 an va servir à mettre en place un plan expérimental et industriel permettant de valider notre modèle et de nous assurer qu’il offre une sensibilité suffisante pour être utilisé dans l’évaluation préclinique de médicaments du système nerveux central. Concrètement, il va principalement nous permettre d’investir du temps dans une étude de marché et de rendre nos développements scientifiques compatibles avec une exploitation industrielle par Synapcell.

Ceci permet d’ouvrir de nouveaux horizons à l’équipe qui est impliquée sur F-TRACT jusqu’en 2019. Sans le financement européen reçu pour ce projet en 2013 (2 M€), il n’aurait pas été possible de constituer une équipe suffisante pour établir notre atlas de façon aussi rapide et aussi robuste : il nous a en particulier permis de changer d’échelle en compilant les données, non pas de 200 ou 300 patients français, mais celles de près de 1 500, et au niveau international. Il est évident que le financement POC sera lui aussi facilitateur pour explorer le potentiel de transfert de F-TRACT.

En savoir plus sur Olivier David et ses travaux

Olivier David dirige l’équipe Stimulation Cérébrale et Neurosciences des Systèmes, au sein du Grenoble Institut des neurosciences (unité 1216 Inserm/Université de Grenoble Alpes).