Nicolas Gaudenzio : "Existe-t-il un contrôle neuronal de la réponse immunitaire dans la dermatite atopique ?"

La dermatite atopique est une maladie inflammatoire de la peau qui concerne jusqu’à 20% des enfants et 5% des adultes dans les pays occidentaux. La qualité de vie de ces personnes est altérée par des douleurs et de fortes démangeaisons. Nicolas Gaudenzio* souhaite créer une synergie entre plusieurs disciplines pour mieux comprendre leur maladie et évaluer comment leurs cellules immunitaires interagissent avec d’autres composantes, notamment avec les fibres nerveuses. Le chercheur vient pour cela d’obtenir un financement du Conseil européen de la recherche (ERC Starting Grant).

Nicolas Gaudenzio

Qu’ignore-t-on encore sur la dermatite atopique, une maladie si fréquente ?

La dermatite atopique est une maladie à composante allergique dont l’origine reste encore mal comprise. Depuis mon master, je me suis passionné pour la réponse immunitaire et j’ai consacré beaucoup de temps à l'étude des mécanismes régulant les réponses allergiques. Dans la dermatite atopique, parallèlement à l’exacerbation de la réponse immunitaire par les lymphocytes de type 2, propre aux phénomènes allergiques, on observe aussi des atteintes neuronales associées à de fortes démangeaisons. Il est important de comprendre s’il existe une interaction entre les mécanismes immunitaire et neuronal et, si tel est le cas, quelle en est la nature.

On pourrait imaginer que le dysfonctionnement immunitaire engendre l’apparition de démangeaisons. Mais on ne sait pas quel événement arrive en premier lors du développement de la pathologie. Des données récentes suggèrent qu’en dehors de leur fonction principale dans la transmission de sensations, les neurones sensoriels auraient un rôle méconnu dans la régulation des acteurs de l’immunité : on parle de "contrôle neuronal de la réponse immunitaire", un mécanisme qui commence à être décrit dans d’autres modèles expérimentaux, comme l’asthme. Nous souhaitons savoir si ce même mécanisme existe aussi dans les pathologies inflammatoires de la peau, comme la dermatite atopique.

Quelles approches allez-vous utiliser pour étudier cette question?

Beaucoup de pathologies humaines sont multifactorielles et sont cependant étudiée discipline par discipline. J’ai obtenu un financement du Conseil européen de la recherche pour développer une approche pluridisciplinaire de l'étude de la dermatite atopique. Mon projet se nomme IMMCEPTION, une contraction des mots "immunité" et "nociception". Il est consacré à la neuro-immunologie et intégrera des compétences en immunologie, en neurobiologie, en dermatologie clinique et en informatique. Nous allons étudier les interactions entre le système nerveux périphérique, notamment sensoriel, et le développement de la réponse immunitaire allergique au niveau de la peau. L’aspect génétique sera également intégré car certains gènes semblent intervenir dans la physiopathologie de cette maladie.

Si notre point d’entrée est la dermatite atopique, il n’est pas exclu que nous nous intéressions à terme à d’autres pathologies, afin de savoir si les mécanismes que nous aurons identifiés sont conservés dans d’autres maladies et d'organes. De nouvelles cibles thérapeutiques seront peut-être identifiées à partir de nos découvertes.

Dans quelle mesure le financement du Conseil européen de la recherche (ERC Starting Grant) va-t-il vous permettre d’explorer cette question ?

Nous travaillons en parallèle sur des modèles murins de la maladie et sur des échantillons de peau directement prélevés chez des patients atteints de dermatite atopique. Nos travaux combinent des analyses biologiques, génétiques et d’imagerie. Je suis pour ma part spécialisé en imagerie à fluorescence. Nous disposerons de données obtenues in vivo par microscopie biphotonique intravitale. C’est une approche innovante qui offre une résolution spatiale et temporelle primordiale pour la compréhension des mécanismes biologiques régulant le développement de la maladie.

Ce financement de 1,5 millions d’euros sur 5 ans m’offre la possibilité de constituer d’emblée une équipe de 5 ou 6 personnes et de rester en compétition avec les laboratoires internationaux qui travaillent sur ce sujet. Avec le label ATIP-Avenir que j’ai parallèlement obtenu, notre laboratoire disposera de marqueurs d’excellence reconnus internationalement, ce qui est important pour le recrutement comme pour la visibilité internationale de nos projets.

Note

*unité 1056 Inserm/Université Paul Sabatier Toulouse 3, Différenciation épithéliale et auto-immunité rhumatoïde,Toulouse