David Klatzmann est l’un des codécouvreurs du virus du Sida et un pionnier de la recherche sur les lymphocytes T régulateurs, sujet de recherche pour lequel il a obtenu, en 2012, un financement du Conseil européen de la recherche (ERC Advanced Grant).

David Klatzmann
David Klatzmann

Quel ont été votre parcours et vos principales découvertes durant votre carrière ?

Après des études de médecine et en science, mes premiers travaux ont porté sur les lymphocytes T suppresseurs, un sujet très en vogue à l’époque. A cette période, j’ai eu l’opportunité de travailler sur le cas du premier patient atteint du Sida en France, en 1981. J’ai alors réorienté alors ma recherche sur ce sujet. Ma première grande découverte a été la mise en évidence du tropisme et de l’effet cytopathogène du VIH, en 1983, démontrant ainsi qu’il était la cause et non la conséquence du déficit immunitaire des patients. J’ai ensuite montré que la molécule CD4 est le récepteur du VIH, en 1984.

J’ai alors rejoint Richard Axel, aux Etats-Unis, qui a été mon mentor scientifique, avec comme projet d’identifier les corécepteurs potentiels du VIH. J’ai passé là-bas deux années extraordinaires et rencontré des chercheurs exceptionnels.

De retour à Paris, en 1989, je me suis intéressé à l’utilisation des rétrovirus comme outils thérapeutiques, tout d’abord pour la thérapie génique et ensuite pour la vaccination. Ma seconde contribution importante a été la mise au point d’un vaccin contre le cytomégalovirus. Il est aujourd’hui en développement clinique et pourrait être le premier vaccin préventif efficace.

Après avoir travaillé sur les élusifs "T suppresseurs", je me suis naturellement intéressé à leur renaissance comme "T régulateurs" (Treg) qui modulent la réponse immunitaire. Ma troisième découverte importante a été de montrer que l’Interleukine-2 à faible dose stimule les Tregs chez l’homme, ouvrant une voie thérapeutique très prometteuse.

Pour quel projet avez-vous obtenu une bourse ERC ?

J’ai obtenu cette bourse pour travailler sur ce que je considérais comme la principale question à traiter au sujet des Tregs : celle de leur spécificité antigénique. Autrement dit, le but était d’identifier ce que ces cellules reconnaissent. Répondre à cette question fondamentale permettrait d’identifier des récepteurs à l’antigène ayant des intérêts diagnostics (biomarqueurs d’évolution de maladies) ou thérapeutiques (pour générer des Tregs génétiquement modifiés). C’est un projet qui repose sur l’évolution récente des techniques de séquençage massif.

Depuis le début du projet, nous avons rencontré des difficultés concernant ces techniques. Cela nous a amené à monter un réseau d’experts internationaux pour comparer les différentes technologies et identifier les plus adaptées. Aujourd’hui nous avons répondu à ces questions, et nous avons débuté la campagne de séquençage massif qui générera les données à analyser. Ce sont ces données qui permettront d’obtenir les premiers résultats importants sur ce projet.

En quoi l’ERC vous a-t-il permis d’avancer dans vos recherches ?

L’ERC force à penser des projets de rupture, avec prise de risque importante, et donne les moyens nécessaires pour des projets dont les coûts ne sont pas compatibles avec la plupart des appels d’offre. Sans l’ERC je n’aurais pas mené ce projet.

Vous abordez des sujets très diversifiés dans vos travaux, est-ce quelque chose que vous recherchez ?

Oui, je me définis depuis toujours comme un immunologiste translationnel. Ce qui m’intéresse, c’est d’analyser une situation où le système immunitaire est impliqué, comprendre les mécanismes en jeu et en tirer des applications médicales. Ma double culture médicale et scientifique me permet d’aborder des thématiques de recherche très diverses, avec un recul et une vision d’ensemble nécessaires pour être original et productif. Cela demande aussi beaucoup d’investissement personnel, mais j’ai la chance d’être passionné par mon travail !

En savoir plus sur David Klatzmann et ses travaux

David Klatzmann dirige l’unité Immunologie - Immunopathologie – Immunothérapie (I3) à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris). Il est en outre responsable de l’équipe Immunopathophysiologie et du Centre d’investigation clinique Biothérapies et immunologie (CIC-BTi).