Sociologie des violences sexuelles au sein de l’Église catholique en France (1950–2020) – Septembre 2021

Depuis le milieu des années 1980, les cas de violences sexuelles impliquant des représentants religieux sont de plus en plus médiatisés. Cette couverture médiatique croissante s’est principalement concentrée sur les violences sexuelles sur mineurs au sein de l’Église catholique romaine et sur leur dissimulation par sa hiérarchie. Avec le mouvement #Metoo, cette couverture s’est élargie aux personnes majeures en commençant par les religieuses.

Dans ce contexte, plusieurs pays ont mis en place des commissions d’enquêtes (à l’initiative de l’État ou de la conférence épiscopale elle-même) pour évaluer l’ampleur et caractériser le phénomène. En France, la “Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église” (CIASE) a été mise en place le 13 novembre 2018 par Jean-Marc Sauvé, vice-président honoraire du Conseil d’État, à la demande de la Conférence des Évêques de France (CEF) et de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF). Elle a pour objectifs, selon sa lettre de mission, “l’établissement des faits”, “la compréhension de ce qui s’est passé”, “la prévention de la répétition de tels drames”.

La CIASE a sollicité Nathalie Bajos, sociologue-démographe, directrice de recherche à l’Inserm, directrice d’Études à l’EHESS, spécialiste des enquêtes sur la sexualité et le genre, et membre de la CIASE, pour conduire une recherche auprès des personnes ayant subi de telles violences. L’équipe de recherche qui a conduit cette enquête est composée de Julie Ancian et Josselin Tricou, chercheur.es en sociologie et Axelle Valendru, experte démographe.

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Nathalie Bajos, Julie Ancian, Josselin Tricou et Axelle Valendru (Inserm, IRIS, EHESS). Sociologie des violences sexuelles au sein de l’Église catholique en France (1950–2020) – Septembre 2021

La recherche s’est donnée pour objectif de caractériser la population des personnes ayant été abusées par une personne membre de l’Église catholique de 1950 à aujourd’hui et d’étudier les logiques sociales et institutionnelles qui favorisent la survenue de telles violences et permettent de rendre compte des réactions de l’Église catholique.

Les situations d’abus sexuels retenues dans ce travail sont celles envisagées par l’appel à témoignage lancé par la CIASE, à savoir : « toute agression, exploitation ou atteinte sexuelle, sous quelque forme que ce soit. De même, les victimes sont les mineurs au moment des faits, les majeurs protégés, et les personnes qui, dans le cadre d’une relation de hiérarchie, d’autorité, d’accompagnement spirituel ou d’emprise, se sont trouvées engagées dans une relation à caractère sexuel non librement consentie. »2 Nous y revenons dans la section suivante.

L’enquête comprend trois volets :

  • Un « appel à témoignage » qui s’est déroulé d’octobre 2019 à janvier 2020, qui a permis de collecter 1 627 questionnaires remplis par des personnes confrontées à une ou plusieurs situations d’abus sexuels dans l’Église (dont 1 448 personnes mineures au moment des faits et personnes majeures dites “vulnérables”) issues de toute la France.
  • Une enquête qualitative sur la base d’entretiens semi-directifs en face à face a permis d’explorer plus finement les relations de la personne agressée avec l’auteur de l’agression (confiance, rapports hiérarchiques...), les circonstances de survenue des violences, les réticences à parler, les réactions des personnes informées (famille, membres de l’Église) et les raisons du non-recours au droit. Au total, 69 entretiens ont été menés dont 45 avec des personnes mineures au moment des abus et 24 avec des personnes dites “majeures vulnérables” à ce moment-là, parmi lesquelles 17 religieuses, 2 séminaristes et 5 laïcs, victimes de violences sexuelles et/ou d’abus spirituels.
  • Enfin, une enquête sur les violences sexuelles en population générale, conduite entre le 25 novembre 2020 et le 28 janvier 2021 auprès d’un échantillon par quotas de 28 010 personnes de plus de 18 ans interrogées par internet. Cette enquête a permis d’estimer la prévalence des violences sexuelles perpétrées par un membre du clergé catholique, de la comparer à celles des violences commises dans d’autres sphères de socialisation (famille, école, activités sportives, autres religions,...) et enfin d’apprécier la spécificité sociale et démographique de l’enquête dite “Appel à témoignage”.

Ces volets font l’objet des trois parties de ce rapport qui résulte d’un travail collectif, de l’élaboration des hypothèses à l’analyse des matériaux.