Laurent Fleury, Prix Science et société-Opecst 2021

Avec le pôle Expertises collectives qu’il dirige, Laurent Fleury est à l’interface entre la science et la société pour faire le point sur les connaissances scientifiques à un instant T sur un sujet de santé. L’objectif est double : aider à la prise de décisions politiques et informer les citoyens. Les expertises et leur valorisation sont aujourd’hui saluées par le Prix Science et société-Opecst.

Portrait de Laurent Fleury
Laurent Fleury © Inserm / François Guénet

Des expertises collectives pour éclairer politiques et citoyens

Portrait vidéo de Laurent Fleury, Prix Science et société-Opecst 2021 – 1 min 08

Après un doctorat en pharmacie et dix années passées dans la sécurité sanitaire à l’hôpital, Laurent Fleury intègre en 2000 l’Afssaps, devenue l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) en 2012. Il y développe notamment la communication vers le public ; un lien entre science et société auquel il est très attaché. C’est donc avec enthousiasme qu’en 2016 il devient responsable du pôle Expertises collectives de l’Inserm et endosse sa mission : apporter un éclairage scientifique indépendant sur des questions de santé afin d’aider à la décision publique. Un enthousiasme qui ne se dément pas. « Je suis entouré d’une dream team de huit personnes, extraordinaire et très professionnelle. En outre, nous avons la liberté de travailler, d’avancer, de proposer, souligne-t-il. Cela n’a pas de prix ! »

Phroto de groupe du pôle Expertise collective de l'Inserm
Le pôle Expertise collective de l’Inserm : Cécile Gomis, Jon Scott Harvey, Laurent Watroba, Chantal Rondet-Grellier, Marie Marquet, Anne-Laure Pellier, Rhéa Quenum, Catherine Chenu, Bénédicte Varignon et Laurent Fleury © Inserm / François Guénet

Une synthèse indépendante et validée

La force de ces expertises repose sur une méthodologie qui garantit indépendance et validité scientifique. « Une fois qu’on s’est mis d’accord avec le commanditaire de l’expertise sur les questions scientifiques posées, il disparaît des radars jusqu’au rendu des résultats, décrit Laurent Fleury. Ensuite, l’expertise se fonde sur la littérature scientifique. Cette bibliographie de plusieurs milliers d’articles permet en outre d’identifier le groupe multidisciplinaire d’experts qui, après une année d’échanges mensuels, rédigera l’expertise et fera ses recommandations. Ces dernières constituent une particularité des expertises publiées par l’Inserm. »

Depuis sa création en 1993, le pôle a ainsi réalisé 90 expertises avec une dizaine de recommandations chacune, qui ont contribué à des décisions plus ou moins rapidement. « La maladie de Parkinson a été reconnue comme maladie professionnelle pour les agriculteurs dans la foulée de la première expertise sur les pesticides en 2013 », illustre Laurent Fleury. En revanche, il aura fallu quatre ans pour que les écouteurs, oreillettes et casques audio soient interdits au volant. « C’est souvent une question de contexte favorable ou non, explique-t-il. Les recommandations ne sont donc pas systématiquement suivies. Il faut bien comprendre que les expertises ne sont là que pour éclairer des décisions qui restent politiques. »

Les expertises constituent en outre des outils au service de la réflexion citoyenne. C’est pourquoi Laurent Fleury a lancé le principe d’un colloque pour leur remise. « Les associations de malades doivent s’en saisir. Nous nous efforçons de travailler davantage avec elles. Par exemple, au début de l’expertise sur la fibromyalgie publiée en 2020, une réunion avec les associations nous a permis d’identifier certaines questions », complète-t-il. L’Inserm a par ailleurs le pouvoir de s’autosaisir sur des sujets qu’il jugerait importants.

Agir avec et pour la société

L’équipe met également ses compétences à la disposition de la société. Durant les six premiers mois de la pandémie de Covid-19, elle a trié et indexé près de 30 000 articles scientifiques. Après analyse, une synthèse était transmise chaque jeudi à la cellule interministérielle en charge du pilotage de la crise.

Enfin, malgré la pandémie, le pôle a bouclé quatre expertises et tenu les colloques en web-conférences interactives, avec plus de 800 participants pour certaines. « Maintenant, nous avons hâte que les réunions des experts, impossibles à tenir en distanciel, reprennent début 2022 », conclut Laurent Fleury.

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