Francine Behar-Cohen, Prix Innovation 2021

Francine Behar-Cohen est chirurgienne ophtalmologue, chercheuse… et créatrice de start-up. Elle souhaite en effet avant tout que ses découvertes quittent son laboratoire et soulagent au plus vite les malades. Ses travaux et leur valorisation lui valent le Prix Innovation.

Portrait de Francine Behar-Cohen
Francine Behar-Cohen © Inserm / François Guénet

Des start-up pour soigner les maladies de l’œil

Portrait vidéo de Francine Behar-Cohen, lauréate du Prix Innovation 2021 – 1 min 10

Quand Francine Behar-Cohen assure : « Tout ce qui est innovant m’intéresse », on la croit sur parole ; en témoigne son parcours jalonné de créations de start-up, de traitements innovants et de nouveautés propres à l’Inserm.

Son premier fait d’arme : la mise au point, pendant son doctorat en biologie et son clinicat, d’une méthode d’administration des médicaments dans l’œil non invasive1–2. « Le projet n’étant pas assez mûr pour les industriels, j’ai créé en 1999 une start-up, Optis France, pour mener des essais cliniques3 ; soigner les souris n’est pas une finalité ! relate-t-elle. J’ai découvert un autre monde, celui du capital-risque, des investissements, des autorités réglementaires, et j’ai beaucoup appris sur le tas. »

Médecine ou recherche, l’impossible choix

Lorsque Optis France devient Eyegate Pharma aux États-Unis, elle quitte l’aventure, achève son clinicat, réussit le concours de chercheuse Inserm et doit choisir entre médecine ou recherche. Mission impossible ! « J’ai alors bénéficié en 2001 de mesures nouvelles à l’Inserm. Un contrat d’interface m’a permis d’être médecin et chercheuse. Et le programme Avenir m’a donné les moyens de monter mon équipe. Deux coups de pouce majeurs », souligne-t-elle. Trois ans plus tard, elle dirige une unité Inserm qui, en 2008, rejoint les seize autres équipes du Centre de recherche des Cordeliers (unité 1138 Inserm/Sorbonne Université/Université de Paris) à Paris, où elle travaille toujours.

L’équipe composée à son image, transdisciplinaire et multinationale, multiplie découvertes et brevets. « En la matière, Inserm Transfert est un soutien précieux, rapide et efficace », assure Francine Behar-Cohen. Cette filiale privée de l’Inserm accompagne ses chercheurs dans les démarches de valorisation de leurs travaux. « Et c’est entre autres grâce à Inserm Transfert Initiative, son fonds d’investissement dédié à l’amorçage des start-up issues de cette valorisation, que j’ai pu fonder Eyevensys en 2008. » Cette société développe une thérapie génique non virale – le gène thérapeutique est apporté aux cellules sans l’aide d’un virus – issue des travaux de l’équipe4–5 ; « deux anciens étudiants l’ont d’ailleurs rejointe », précise-t-elle. Aujourd’hui, Eyevensys mène des essais cliniques chez des malades atteints d’uvéite chronique non infectieuse, une maladie rare de l’œil, et en prépare d’autres dans la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) et des maladies de la rétine qui conduisent à la cécité.

Photo de groupe de l'équipe de Francine Behar-Cohen, avec Jenny Youale, Emilie Picard, Francine Behar-Cohen et Laura Bénichou
L’équipe de Francine Behar-Cohen : Jenny Youale, Emilie Picard, Francine Behar-Cohen et Laura Bénichou. Unité Inserm 1138 » Physiopathologie des maladies occulaires » au Centre de recherche des Cordeliers © Inserm / François Guénet

Serial entrepreneure

Conseillère d’Eyevensys, directrice d’unité, médecin, propriétaire de 26 familles de brevets… on pourrait croire Francine Behar-Cohen rassasiée. Il n’en est rien. Une nouvelle start-up est sur le feu pour repositionner contre des maladies de la rétine des molécules déjà prescrites dans d’autres indications6–7. « Aujourd’hui, j’attends l’application de la loi Pacte votée en 2019, qui permet aux fonctionnaires de créer une entreprise et/ou d’y avoir un statut actif, indique-t-elle. Plus largement, la France est facilitante pour la création de start-up et les chercheurs sont suffisamment habitués aux obstacles et à l’inattendu pour se lancer dans ce genre d’aventures. Néanmoins des formations rapides afin d’avoir les clés du monde de l’entreprise seraient bienvenues. » Un univers que Francine Behar-Cohen commence à bien connaître.

🔎 Pour en savoir plus sur la rétine, les pathologies qui peuvent l’affecter et les stratégies thérapeutiques développées pour y remédier, consultez la série « Rétine » coordonnée par Francine Behar-Cohen, publiée dans la revue médecine/sciences.

Notes :
1 : F. Behar-Cohen et al. Exp Eye Res., octobre 1997 ; doi : 10.1006/exer.1997.0364
2 : F. Behar-Cohen Med Sci (Paris)., juin-juillet 2004 ; doi : 10.1051/medsci/2004206–7701
3 : M. Halhal et al. Exp Eye Res., mars 2004 ; doi : 10.1016/j.exer.2003.10.017
4 : C. Bloquel et al. FASEB J., 13 décembre 2005 ; doi : 10.1096/fj.05–4737fje
5 : É. Touchard et al. Mol Ther., 17 janvier 2012 ; doi : 10.1038/mt.2011.304
6 : F. Behar-Cohen, Ophthalmologica, 28 juin 2018 ; doi : 10.1159/000489673
7 : M. Zhao et al. Diabetes, 23 août 2021 ; doi : 10.2337/db21-0099

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