Clément Papadacci : « Une nouvelle imagerie ultrasonore pour visualiser des organes avec une précision jamais atteinte » 

Lauréat d’un financement européen, Clément Papadacci, physicien et chercheur Inserm, développe une sonde échographique ultrarapide qui permettra d’observer en trois dimensions les microvaisseaux d’organes entiers. Ses premières applications seront dédiées à l’étude de maladies neurologiques et cardiaques, jusqu’ici difficiles à explorer précisément.

Clément Papadacci, institut Physique pour la médecine (unité 1273 Inserm/CNRS/ESPCI/Paris-PSL)

Clément Papadacci vient de concevoir une sonde d’échographie d’un genre nouveau : grâce à sa haute technicité et à ses dimensions – 10 cm par 10 cm – elle permet d’obtenir une image large, d’une sensibilité et d’une résolution sans commune mesure avec celles offertes par l’échographie conventionnelle ou d’autres méthodes d’imagerie. Réalisée après injection d’un produit de contraste formé de microbulles stables et biocompatibles, cette imagerie tridimensionnelle devrait offrir le moyen de visualiser les vaisseaux les plus fins (d’un diamètre d’environ 0,1 mm) à l’échelle d’organes entiers comme le cœur ou le cerveau. Pour en concrétiser le développement, le chercheur a obtenu un financement du Conseil européen de la recherche (ERC Starting Grant) en 2022.

Observer l’inexploré

Clément Papadacci anticipe déjà les premières applications cliniques et précliniques qui en seront faites. Pour l’heure, deux maladies sont dans le viseur. « Le glioblastome, une tumeur rare du cerveau, a besoin d’être nourri par des microvaisseaux sanguins pour se développer. Nous pensons que l’imagerie ultrasonore ultrarapide pourrait aider à repérer ces vaisseaux et, ainsi, à prédire de façon précoce les récidives qui surviennent après chirurgie. » D’autre part, dans le domaine de la cardiologie, le chercheur souhaite se pencher sur la dysfonction microvasculaire des coronaires :cette atteinte des petits vaisseaux sanguins du cœur qui peut engendrer des douleurs thoraciques voisines de l’angine de poitrine n’est pas observable par les méthodes d’imagerie actuelles : « En apportant aux cliniciens un premier moyen de l’étudier avec précision, nous pourrions aider au développement de traitements dédiés. »

Plus largement, la sonde développée par Clément Papadacci et son équipe pourrait constituer un tournant technologique dans le domaine de l’imagerie. « On peut s’attendre à ce que cette technologie suscite un large intérêt dans le domaine de l’échographie. Le financement européen nous permet de nous positionner en pionniers dans un contexte de forte compétition internationale. Il nous faudra conserver cette avance ! » Aujourd’hui, le chercheur travaille à la construction proprement dite de cette sonde, ainsi qu’à l’optimisation des algorithmes d’acquisition et d’exploitation des données qu’elle permet de collecter. « C’est une chance unique d’avoir obtenu un tel financement, et il n’y a qu’en Europe que l’on donne autant de moyens à un projet comme MicroflowLife, né de concepts de physique fondamentale, de physique des ondes et d’optique. »

À l’interface de la physique et de la médecine

Une somme de disciplines familière à ce physicien, chargé de recherche Inserm à l’institut Physique pour la médecine au sein de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris. Imprégné de l’historique scientifique de cet établissement, c’est dans ce « berceau de l’imagerie ultrarapide » qu’il a démarré sa carrière scientifique, dès son doctorat. « C’est un environnement avec un fort dynamisme et une vraie vision, à l’interface de la recherche en physique et de ses applications médicales. Les chercheurs du laboratoire conduisent beaucoup de projets communs : il y a une véritable culture d’équipe, très stimulante. Or c’est un des éléments clés pour faire de la bonne recherche. »

Si sa route semble pavée de succès, « il n’y a jamais d’acquis », met en garde Clément Papadacci. La difficulté est inhérente au métier : « Nous passons sans cesse par des montagnes russes émotionnelles, en particulier lorsque nos résultats ne sont pas ceux escomptés. Mais chaque difficulté est l’occasion de revoir nos théories et de progresser. » Un métier « parfois inconfortable » donc, mais « toujours créatif », qu’il a choisi après avoir suivi simultanément deux licences, l’une en physique, l’autre en cinéma ! « Dès mes premiers stages en laboratoire, j’ai compris que la recherche m’apporterait le moyen d’allier la rigueur et la complexité de la discipline fondamentale à la créativité que je recherchais. » Et MicroflowLife pourrait bien constituer l’une des futures scènes marquantes de l’imagerie médicale.


Clément Papadacci est chercheur à l’institut Physique pour la médecine (unité 1273 Inserm/CNRS/ESPCI/Paris-PSL), à Paris.


Auteur : C. G.

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